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Mort d’un inventeurEn plus de sa cote, la cassette audio a perdu son géniteur

Le décès de l’ingénieur Lou Ottens permet de rappeler un support qui lui survit à peine.

Lou Ottens avait toujours précisé que l’élaboration de la cassette audio avait été le fruit d’un travail d’équipe.
Lou Ottens avait toujours précisé que l’élaboration de la cassette audio avait été le fruit d’un travail d’équipe.
EPA/JERRY LAMPEN/keystone-sda.ch

Heureuse époque où la mort d’un créateur intervient après celle de son œuvre… Le décès à 94 ans de Lou Ottens, père de la cassette audio élaborée pour Philips au début des années 1960 et commercialisée dès 1963, survient en effet bien après la perte de popularité de ce support. La «K7», qui commençait déjà à souffrir commercialement lors de l’apparition du CD au début des années 1980, puisque l’édition des «musicassettes» accompagnait alors toute sortie de disque vinyle, accéléra son extinction au début des années 2000 avec l’apparition des baladeurs numériques remplaçant alors un walkman historique que les lecteurs de CD portables n’avaient pas encore totalement supplanté.

La culture cassette et la mixtape

En quarante ans, la cassette a connu la grandeur et la décadence, s’inscrivant dans l’histoire culturelle non seulement comme un moyen pratique d’emporter de la musique partout – le walkman (initié par Sony et occasion ratée de Philips) ou l’autoradio – mais aussi comme un support que chacun pouvait modeler à sa guise en copiant et en éditant ses propres listes de musique. Dès les années 1980, des taxes actèrent l’usage principal de ce support, qui servait le plus souvent à copier des albums entiers, en redistribuant une part, certes infimes, aux sociétés de droits d’auteur.

Mais la «mixtape», cassette confectionnée soi-même avec sélection personnelle des titres, a ouvert des perspectives multiples que ce soit dans le partage de ses goûts musicaux dans un cercle privé ou dans l’autoédition. À la fin des années 1980, un artiste comme le DJ drum’n’bass LTJ Bukem vendait ainsi ses propres «mixtapes» dans les rues londoniennes pour se faire connaître. Un exemple parmi d’autres d’une pratique où le hip-hop a fait figure de précurseur, dès les années 1970, tout comme la mouvance post-punk du début des années 1980.

«Rien ne peut égaler le son du CD.»

Lou Ottens, inventeur de la cassette audio

Il est intéressant de noter que, dans la succession des supports sonores, la cassette – dernier avatar analogique avec le vinyle –, se distingue surtout par sa malléabilité et par ses avantages pratiques, des qualités que l’on retrouvera par la suite dans le MP3, format qui, lui non plus, ne se soucie pas beaucoup d’audiophilie. Pour être juste, il faut admettre que cette petite bande magnétique qu’il fallait parfois réenrouler avec un crayon pour la remettre dans son boîtier n’est pas tout à fait morte.

Le duo Daft Punk a ressuscité la cassette pour la promotion de son album «Random Access Memories».
Le duo Daft Punk a ressuscité la cassette pour la promotion de son album «Random Access Memories».
Robyn BECK / AFP

Certains labels continuent à la promouvoir dans des marchés underground et des artistes se piquent parfois de la ressusciter, comme Daft Punk, qui l’avait utilisée à des fins promotionnelle lors de la sortie de l’album «Random Access Memories». Et, en 2019, une société française spécialisée dans les bandes magnétiques (notamment pour les tickets de métro), Mulann Industries, a relancé la production de cassettes audio qui commençaient à se faire très rares. Quant à Lou Ottens, il aura œuvré dès les années 1970 contre son rejeton en travaillant à l’élaboration du compact-disc et, en 2018, au quotidien néerlandais «NRC» qui attirait son attention sur la fascination vintage que pouvait encore exercer la cassette, il déclarait: «Rien ne peut égaler le son du CD.» Et il incluait le vinyle dans sa critique.

1 commentaire
    Jacques Gaillard

    La "K7" reviendra, ne jetez pas vos lecteurs de ce support. Vous souvenez-vous de l'appareil photo jetable?

    Eh bien, il revient à la mode! Et le "sommet du blues": il existe maintenant pour votre smartphone une "application" vous permettant de prendre votre photo avec un résultat comparable à l'argentique. Sommet du sommet, cette "appli" ne vous délivre votre photo que 24 heures après la prise de vue, vous obligeant à patienter, "comme au bon vieux temps" (quand on faisait développer). Une fois en marche, on n'arrête pas le progrès 😊!