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Alpes vaudoisesEn quête de fraîcheur, la végétation grimpe toujours plus haut

Les plantes migrent des basses altitudes et se mettent à coloniser la pelouse située à 2500 mètres, ce qui à terme représente une menace pour la biodiversité. Reportage au-dessus des Diablerets.

Sur les hauteurs du massif des Diablerets, le 22 septembre 2020. Afin d’établir un inventaire floristique, Pascal Vittoz, biologiste, définit un périmètre d’étude dans la pelouse alpine.
Sur les hauteurs du massif des Diablerets, le 22 septembre 2020. Afin d’établir un inventaire floristique, Pascal Vittoz, biologiste, définit un périmètre d’étude dans la pelouse alpine.
Chantal Dervey

Les premières neiges sont tombées et déjà on entend les sceptiques remettre en doute le réchauffement climatique. Et pourtant, même sur les sommets des Alpes vaudoises, là où se sont posés les flocons, les indicateurs de changement sont présents. Peu perceptibles à l’œil nu ou de mémoire d’homme, mais bien visibles si l’on compare les relevés botaniques d’il y a cinquante ans à ceux d’aujourd’hui.

Le biologiste Pascal Vittoz est maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, spécialiste de l’écologie végétale et de la répartition des plantes dans le paysage. Il nous emmène sur les hauteurs vaudoises en dessus du col du Pillon, à près de 2500 mètres, pour constater, au niveau de la pelouse alpine, ces marqueurs du changement climatique. «Regardez comme le terrain alterne entre des zones exposées au soleil et au vent, et les dépressions longuement enneigées», indique-t-il en désignant en contrebas la saillie des rochers où poussent des herbes de près de 10 centimètres et les creux où se développe un tapis dense et ras, riche en mousses et petites espèces hautes de 2 centimètres.

Les graminées font partie des espèces montées en altitude pour trouver de la fraîcheur et qui à terme mettent en danger les plantes plus petites.
Les graminées font partie des espèces montées en altitude pour trouver de la fraîcheur et qui à terme mettent en danger les plantes plus petites.
Chantal Dervey
Afin d’établir un inventaire floristique des pelouses alpines, Pascal Vittoz, biologiste, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, définit une zone d’environ 25 mètres carrés. Il lui faudra ensuite près de deux heures pour noter toutes les espèces qui s’y trouvent.
Afin d’établir un inventaire floristique des pelouses alpines, Pascal Vittoz, biologiste, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, définit une zone d’environ 25 mètres carrés. Il lui faudra ensuite près de deux heures pour noter toutes les espèces qui s’y trouvent.
Chantal Dervey
Massif des Diablerets. En hiver, la combe est une piste de ski.
Massif des Diablerets. En hiver, la combe est une piste de ski.
Chantal Dervey
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«On le voit: sous l’effet du vent, les graines ont été soufflées des crêtes jusque dans ce creux, et à présent, avec un enneigement plus court, on observe la présence de grandes graminées au milieu des petites espèces», détaille-t-il en caressant la pelouse alpine. Ces longues tiges n’ont pas toujours été là. Elles font partie des espèces qui, sous l’effet du réchauffement climatique, ont migré vers les hauteurs en quête de fraîcheur. Bien adaptées, elles menacent à présent de coloniser tout l’espace à disposition et de faire de l’ombre – au propre comme au figuré – à la petite végétation.

Le futur de la flore alpine

«Pour étudier l’influence du changement climatique sur la couverture des plantes dans le paysage, je pars de données répertoriées par mes prédécesseurs et je les compare à ce qui se trouve au même endroit à présent. Comprendre les changements en cours permet d’esquisser l’avenir de la flore alpine.» En pratique, le scientifique procède à un inventaire des espèces poussant dans les pelouses alpines. Cela en délimitant une zone d’environ 25 m2, puis en notant chaque plante s’y trouvant. Cette opération lui prend en moyenne deux heures. «On obtient ainsi des données précises qui permettent de noter la disparition ou l’apparition de nouvelles espèces ou la progression de certaines plantes dans la pelouse alpine.»

«Ces cinquante dernières années, on a observé une avancée des événements saisonniers de deux à cinq jours par décennie»

Pascal Vittoz, biologiste

Pour survivre au changement climatique, les plantes peuvent soit migrer vers des hauteurs aux températures plus frches, soit s’adapter physiologiquement en modifiant leur comportement saisonnier aux nouvelles conditions. «Ces cinquante dernières années, on a observé une avancée des événements saisonniers de deux à cinq jours par décennie», apprend Pascal Vittoz. La hausse des températures printanières couplée à la fonte plus précoce du manteau neigeux en altitude permet, pour la majorité des plantes, un développement plus précoce. La saison de végétation est plus longue et la productivité meilleure.» Une bonne nouvelle? Pas si sûr… «Pour la biodiversité, on peut avoir l’impression que c’est bénéfique, puisque les espèces alpines sont rejointes par d’autres moins adaptées aux conditions rudes des plus hautes altitudes. Mais cela ne durera qu’un temps.»

Indicateurs de changement

Les biologistes ont observé que, durant le XXe siècle, dans les Alpes les plantes forestières sont remontées d’environ 30 mètres en raison du réchauffement climatique, profitant de conditions maintenant plus favorables. «Lorsqu’on voit un épicéa isolé sur les hauteurs, c’est un marqueur du changement climatique. Revenez quelques années plus tard et il aura été rejoint par d’autres de ses congénères. C’est de cela très concrètement qu’on parle lorsqu’on évoque la remontée des forêts.»

Et là où ça pose problème, c’est que ces plantes qui proviennent des plus basses altitudes sont plus grandes que les espèces alpines depuis longtemps adaptées mais mauvaises compétitrices. «Les espèces nouvellement arrivées en altitude menacent les espèces alpines de petite taille, illustre Pascal Vittoz. À l’ombre des épicéas mais aussi des graminées que nous voyons ici, les petites plantes ne peuvent pas survivre. À terme, la végétation arrivée en hauteur colonisera tout l’espace et réduira drastiquement la biodiversité alpine.»

2 commentaires
    Didier D

    Ok mais si les arbres et grandes végétations montent, le permafrost ne sera-t-il pas mieux stabilisé ? Lui qui descend et crée des glissement de terrain en se décrochant ? Un mal pour un bien ? Est-ce qu'on augmente pas ainsi le territoire des insectes et qui plus est en les éloignant des terres cultivées et traitées ? Tout à votre écoute.