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L’invitéEncore un effort en faveur des places d’apprentissage

Lucien Rentznik s’inquiète de l’effritement de notre système de formation professionnelle.

Il faut saluer les incitations financières prévues par nos autorités fédérales (le programme Places d’apprentissage Covid-19) pour motiver les employeurs à maintenir l’engagement d’apprentis. Cependant, indépendamment de la crise du coronavirus, il y a lieu de s’interroger sur les raisons structurelles et sociales de l’effritement de notre système de formation professionnelle, plus particulièrement dans le secteur industriel.

La recherche permanente de la diminution des coûts de production a conduit à une délocalisation progressive vers des pays moyennement développés puis à des transferts toujours plus importants vers la Chine, pour ensuite vendre nos produits sur des marchés à fort pouvoir d’achat. Cette stratégie commerciale a conduit à renoncer à des activités à faible ou moyenne valeur ajoutée jugées peu rentables. Il en a résulté des situations telles que manque de masques respiratoires ou déficits en fournitures destinées au secteur des médicaments.

«Favoriser des activités s’appuyant sur des secteurs nécessitant un personnel issu des apprentissages»

Nos activités à forte valeur ajoutée sont aujourd’hui plutôt à rechercher dans les secteurs des technologies connectées, des marchés financiers, des groupes internationaux, ou alors dans des start-up, plutôt que du côté des PME, traditionnellement formatrices d’apprentis. De plus, les pressions économiques et les objectifs de rationalisation et d’optimalisation à l’intérieur des entreprises ne permettent plus de consacrer beaucoup de temps aux apprentis.

Dès lors, une prise de conscience économique et politique sur les limites de la mondialisation permettra peut-être de favoriser des activités s’appuyant sur des secteurs nécessitant un personnel issu des apprentissages.

Les conditions exigées pour devenir entreprise formatrice devraient aussi être momentanément allégées pour favoriser l’entrée en apprentissage avec niveau CFC (certificat fédéral de capacité) ou AFP (attestation fédérale de formation).

Un effort commun

Il s’agit également de mieux faire connaître les aides apportées. Le canton de Vaud dispose notamment de la Fondation cantonale pour la formation professionnelle, Fonpro, qui pourrait être plus sollicitée.

Il faut aussi soutenir le projet national Lift, qui vise à diminuer les risques de non-insertion professionnelle des jeunes en fin de scolarité obligatoire. Cette démarche a pour objectif de faire prendre conscience au jeune que les acquis scolaires sont importants pour son avenir et sa future vie professionnelle, au travers de stages en entreprises. La rencontre entre des écoliers en fin de scolarité et des employeurs a souvent débouché sur des motivations réciproques et convaincu des sociétés non formatrices à engager à leur tour des apprentis. Il s’agit alors souvent d’une prise de conscience de la part de professionnels établis. Ils se rappellent qu’eux aussi ont pu bénéficier d’un maître d’apprentissage qui leur a permis de progresser dans la vie.

Ces réflexions, et les mesures déjà en place, devraient inciter les acteurs de notre économie à un effort commun pour maintenir en Suisse une formation professionnelle forte, en grande partie garante de notre cohésion sociale.