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Reprise de la vie culturelleEnfin! Retour (masqué) des spectateurs dans les théâtres

Après des mois de fermeture et malgré les aléas sanitaires, les salles accueillent enfin leurs spectateurs… qui trépignaient. Zoom sur Lausanne et environs.

Le spectacle «Elle pas princesse, lui pas héros», de la Cie Push Up, à découvrir au Petit Théâtre de Lausanne
Le spectacle «Elle pas princesse, lui pas héros», de la Cie Push Up, à découvrir au Petit Théâtre de Lausanne
Félicie Milhit
Le «Cyrano de Bergerac» signé Jean Liermier, à voir au TKM, à Renens.
Le «Cyrano de Bergerac» signé Jean Liermier, à voir au TKM, à Renens.
Mario Del Curto
Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre emmènent les spectateurs de Vidy «Dans la forêt», dans les bois du Jorat.
Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre emmènent les spectateurs de Vidy «Dans la forêt», dans les bois du Jorat.
DR
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Partout, le même sentiment. Cette émotion partagée au moment où les portes s’entrouvrent, enfin. Derrière, des gradins, parfois en partie condamnés. Peu importe. Après des mois de fermeture, les théâtres accueillent à nouveau leur public. Malgré les aléas sanitaires (le port du masque est désormais obligatoire dans toutes les salles), les spectateurs trépignaient.

Bien sûr, les arts de la scène ont appris à se réinventer pour exister pendant l’été. Des spectacles en extérieur, dans l’herbe, sur une place au cœur de la ville, sous les balcons. Les artistes ont tricoté des formes ondoyantes, revisité leurs créations sur un mode Covid-compatible. Mais l’incertitude planait sur la reprise de la vie culturelle dans les institutions scéniques.

Voici un pot-pourri des menus de saison (jusqu’à décembre) des théâtres de Lausanne, dotée d’une offre aussi foisonnante qu’hétéroclite, et de ses environ (le TKM à Renens et l’Octogone à Pully). Nous présentons les saisons des autres salles vaudoises dans notre formule «Un théâtre, une saison».

Théâtre de Vidy

Cette année, Vidy butine. Le théâtre au bord de l’eau se refait une beauté, les spectacles se déploieront donc tantôt dans les deux salles épargnées par les travaux, tantôt hors-les-murs. Tout au long de l’automne, Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre emmènent le public en balade «Dans la forêt», dans les bois du Jorat. Nous avions déjà dévoilé la saison en juin, mais quelques perles sont venues se greffer, dont une «Conversation» entre le metteur en scène Mohamed El Khatib et le cinéaste Alain Cavalier (au MCBA), et une vraie-fausse conférence donnée par le comédien Aurélien Patouillard, qui se glisse dans le costume de l’astrophysicien Aurélien Barreau dans «Auréliens», mis en scène par François Gremaud.

Arsenic

Déployant toutes ses potentialités, la danse sera reine en cette première partie de saison de l’Arsenic, à Lausanne. L’expression chorégraphique se fera quête de l’altérité avec Simone Aughterlony dans «Remaining Strangers», hypnotique avec Alex Baczynski-Jenkins dans «Untitled (Holding Horizon)», tellurique avec le «Sitting» de Gregory Stauffer, militante avec le «Yes» de la Suédoise BamBam Frost et l’«Amour Grenade» de Daya Jones, postapocalyptique avec Marie-Caroline Hominal et sa «Sugar Dance». Le plateau verra naître aussi de belles propositions théâtrales, dont le diptyque «Sans Grâce»/«Avec Grâce» de Kayije Kagame, «C’est le silence qui répond» d’Yves-Noël Genod et «Animaux» de Julien Mages.

Grange de Dorigny

Des récits percutants, incisifs, des personnages engagés, captivants, des textes intenses ou poétiques. Éclectique, le début de saison de la Grange de Dorigny promet de belles rencontres. Le rideau se lèvera avec une histoire d’amour brûlante, «Lisbeths», de Fabrice Melquiot, mise en scène par Valentin Rossier. Puis viendra la fascinante «Christine, la reine garçon» de Michel Marc Bouchard. Cédric Dorier, lui, nous entraînera dans la «Danse Dehli» du Russe Ivan Viripaev, pièce chorale dont l’action se déroule dans la salle d’attente d’un hôpital. Dans «Formula 1», de Lina Prosa, la route et la vitesse dévoilent leurs ressorts funestes. Du rire, enfin, avec «La curiosité des anges», duo de clown plein de tendresse.

TKM

Pour nous faire oublier, le temps de parenthèses enchantées, les turpitudes de la pandémie, le TKM va raconter, susurrer, chanter des histoires. Le Teatro Malandro, fondé il y a trente ans par le mage Omar Porras, ensorcellera les spectateurs avec «Le conte des contes». Des histoires, encore, avec Thierry Romanens et Alexandre Voisard, qui animeront «Le jeu des questions et de l’embarras» — création imaginée comme une «endoscopie incisive au cœur de nos vies». Des histoires, toujours, dans «Cendrillon…avec ma sœur», doux tricotage de «notes avec les mots», dans «L’analphabète», souvenirs d’Agota Kristof racontés par Catherine Salviat, ou dans le célébrissime «Cyrano de Bergerac», mis en scène par Jean Liermier.

Octogone

La saison de l’Octogone démarre sous des couleurs flamboyantes: Niels Arestrup prête ses traits à Mark Rothko dans «Rouge», de John Logan. Décidément, les grands noms de la scène française se succéderont dans la salle pulliérane: Édouard Baer dans «Les élucubrations d’un homme frappé par la grâce», l’immense Jacques Weber «La crise de nerfs», de Tchekhov, dans une mise en scène signée Peter Stein. Sans oublier Éric-Emmanuel Schmitt, de retour à l’Octogone avec un monologue, «Madame Pylinska et le secret de Chopin». Dans un registre plus intime, la chorégraphe Kaori Ito a brodé un spectacle tout en finesse autour des «téléphones du vent» qui, au Japon, invitent les vivants à converser avec leurs défunts.

Petit Théâtre

Depuis trente ans, le Petit Théâtre fait rêver les jeunes spectateurs, les accompagne dans leur éveil à l’art et leur raconte des histoires aussi touchantes que rocambolesques. Bien garnie, la malle à spectacles promet de belles pépites pour tous les âges: une ode au sommeil réparateur dans «L’enfant Do», imaginée par Pierre Deveaud et Tamaé Gennai (dès 1 an), une invitation à bousculer les stéréotypes dans «Elle pas princesse, lui pas héros», par la Cie Push-up, et même de la danse contemporaine avec «Wouah!» création de Nicole Seiler tressée autour du thème de «l’utilité de l’inutile». En fin d’année, quoi de mieux qu’un conte pour se réchauffer? Dans «Alice, retour aux merveilles», l’héroïne se découvre… enceinte.

Théâtre 2.21

Le titre du premier spectacle du Théâtre 2.21, «Après la vague» n’a rien à voir avec un quelconque pic épidémique. Ce texte signé Mélanie Chappuis conte la rencontre d’un homme et d’une femme frappés par la crise économique en Argentine, dans une mise en scène d’Anne Vouilloz. Deux autres belles propositions théâtrales garnissent l’affiche de cette première partie de saison: «On s’en ira», pièce conçue par le collectif CLAR à partir d’enregistrements réalisés lors de repas avec des inconnus, et «Neil», de Benjamin Knobil, imaginant une crise existentielle d’Armstrong au moment de poser le pied sur la lune. Au rayon musique, Pierre Audétat nous emmènera dans les explorations sonores et visuelles de son «Odeta TV» et AbSTRAL compost donnera un «Récital de la mistoufle».

Pulloff

Après le succès de «Les bras m’en tombent» de Véronique Montel, l’affiche du Pulloff est sertie de trois belles propositions, jusqu’à décembre. Marie Probst et Pascale Vachoux ressuscitent une légende du théâtre dans «Sarah Bernhardt, monstre sacré!» dans une mise en scène d’Anne-Shlomit Deonna. La Cie Marin s’empare du thème dur, sombre, des abus sexuels dans l’Église, dans «Grâce à Dieu» de François Ozon. Le cinéaste a écrit cette pièce à partir de témoignages récoltés lors de la préparation de son film (Grand Prix du Jury au Festival de Berlin en 2019). Plus léger, «Où est Charlie», imaginé par Tania De Paola, raconte la quête (désespérée) d’âme sœur d’Ingrid Cornavin, célibataire endurcie, dotée d’un fort caractère et d’un humour burlesque.

Terreaux

Blaise Bersinger et ses acolytes (Florence Annoni, Laura Guerrero, Aude Gilliéron, Frédéric Brodard et Pascal Vincent) déboulent à nouveau sur les planches des Terreaux avec leur revue, baptisée cette année «Confinage», clin d’œil à la drôle d’expérience que nous avons vécue au printemps. Les trublions parleront du Covid, «mais pas que», assurent-ils. Avant ces réjouissances de fin d’année, les Terreaux accueilleront un seul et unique spectacle: les avocats Me Hayet et Me Bonnant se lancent dans une joute oratoire dans «Le procès de Chessex». La salle invitera également plusieurs auteurs dans le cadre des Dimanches du Livre: le sociologue Jean Ziegler, le bédéaste Zep et l’écrivain et journaliste Sorj Chalandon. Et bien d’autres en seconde partie de saison.

CPO

Envie de vous fendre la poire? Le CPO a mitonné un menu composé de brochettes d’humour. Salé et piquant. Audrey Vernon se glisse dans la peau de l’épouse d’un milliardaire qui attend son premier enfant dans «Billion Dollar Baby», Bruno Peki se clame «Innocent», Marie-Eve Musy s’amuse à déranger dans «Dégenre!» Renaud de Vargas se demande «Comment on va l’appeler?» et Thomas VDB nous invite à son «Avant Première». L’humour se déclinera aussi sous la forme de l’impro avec «La familiomédie bricozicale improrimée» et «La comédie musicale improvisée a 10 ans», de la prestidigitation avec «Un spectacle de type magie» de Julien Sonjon, et de la chanson (osée et grivoise) avec «Les petits chanteurs à la gueule de bois chantent Noël».

TML

À fils, à tringles ou à gaine, les marionnettes s’animent et vivent des aventures extraordinaires au TML, le Théâtre des marionnettes de Lausanne installé dans l’aula de l’école des Bergières. Mêlant théâtre et acrobatie, le premier spectacle de la saison, «Comme suspendu», lancent les artistes de L’Articule dans un parcours aérien et vertigineux, entre l’apesanteur et la gravité. Les airs, toujours, avec «Du vent dans la tête», balade philosophique, de la Terre à la lune, guidée par le Bouffou Théâtre. Retour sur Terre avec «La Brouille», une querelle de voisinage entre Monsieur Purple, le lapin violet, et Monsieur Yellow, le lapin jaune, racontée par le Théâtre de Marionnettes de Belfort. Que se passera-t-il quand débarquera un goupil affamé?

Mais encore…

Les petites salles ont elles aussi dévoilé leur menu de saison. À l’affiche de Contexte Silo, à Renens, «Trois Femmes autour de mon lit», comédie du Polonais Przemyslaw Nowakowski, «Sur les ailes de Leprest», spectacle musical d’Allain Leprest, et «Rêver Peut-être» de Jean-Claude Grumberg. Pour le jeune public, ZIGZAG (théâtre itinérant, en vadrouille dans les communes de l’Ouest lausannois), invite les enfants à découvrir deux pièces imaginées par le Théâtre l’Articule: «Pop-up Cirkus» (à Écublens, dès 2 ans) et «Après l’hiver» (à Bussigny, dès 3 ans). À Lausanne, le Théâtre des Lutins créera cet automne un spectacle de marionnettes, «Les mésaventures de Tibougon» (dès 4 ans).