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L’invitéEntreprises responsables: ne pas se laisser séduire par l’émotionnel!

Jean-Pierre Grin s’oppose à l’initiative «Entreprises responsables» soumise au vote le 29 novembre.

L’initiative «Entreprises responsables – pour protéger l’être humain et l’environnement» va dans le bon sens mais pas avec les bons moyens. Ses auteurs, les partisans ainsi que les faîtières religieuses nous martèlent avec des articles et des propos populistes, photomontages sur le travail des enfants dans des champs de coton d’Afrique ainsi que d’autres courriers pas toujours honnêtes.

Isabelle Chevalley, conseillère nationale qui connaît bien les paysans africains, est profondément surprise par ces affirmations populistes. L’initiative aide peut-être la conscience de certains, mais elle ne va pas aider les agriculteurs du Burkina Faso ou du Zimbabwe, car certains perdraient leurs acheteurs de matière première.

«Les opposants soutiennent un contre-projet éthique, réaliste et surtout applicable immédiatement.»

C’est comme si le monopole du cœur était du seul côté des initiants, tout en laissant planer un gros doute sur l’humanisme des opposants. Ces derniers soutiennent pourtant un contre-projet éthique, réaliste, qui va dans la même direction que l’initiative, surtout applicable immédiatement et sans complication administrative.

L’initiative, qui vise un objectif légitime, va beaucoup trop loin. Elle permet d’attaquer en justice des petites et grandes entreprises suisses pour des fautes commises à l’étranger par des fournisseurs. Cela va les conduire vers des batailles juridiques interminables qui profiteraient aux avocats spécialités, tout en faisant courir à nos entreprises de grands risques, qui les rendraient responsables en Suisse pour des actes commis à l’étranger par des firmes tierces.

Cavalier seul

Le contre-projet élaboré par le parlement vise comme l’initiative à encore mieux protéger l’homme et l’environnement. Il ne contient pas d’éléments dommageables et ne laisse pas la Suisse faire cavalier seul en la matière. Aucun État n’a une loi similaire à cette initiative. France et Allemagne, ces deux pays vont dans le sens du projet conçu par les Chambres.

L’autre avantage de ce contre-projet, c’est qu’il entrera en vigueur déjà le 1er janvier 2021, alors que si l’initiative est acceptée, sa mise en œuvre prendra plusieurs années et suscitera certainement des remarques et des oppositions au niveau international.

Donc l’adage qui dit «le mieux est l’ennemi du bien» est tout à fait applicable à cette votation. Le 29 novembre prochain, un non dans les urnes sera garant de la mise en œuvre rapide du contre-projet indirect, ce qui renforcera les contrôles et l’obligation faite aux entreprises de rendre des comptes sur leurs différentes activités, cela coordonné au niveau international.

2 commentaires
    Jacques Gaillard

    Le patronat lui-même a déjà avoué qu'il est loin d'être sans reproche. Dans une tribune libre rédigée ici le 3 novembre par Hubert Reymond, directeur du Centre Patronal Vaudois: «Qui prendrait la place des sociétés suisses dissuadées de poursuivre des activités dans ces pays? […] Diminuerait-on ainsi la corruption ou le travail des enfants?».

    Il admet donc ouvertement que des entreprises suisses pratiquent la corruption et bénéficient du travail des enfants. Soit dit au passage, ce ne sont pas toutes les entreprises. Mais à celles qui sont "vertueuses", les autres font une concurrence déloyale: l'irrespect des normes permet d'être moins cher. C'est aussi pour ça que de nombreux entrepreneurs voteront "oui": rétablir l'équilibre dans la concurrence.