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Entretien avec Gerhard Pfister
«Mieux vaut cinq Romands compétents que quatre Alémaniques médiocres»

Il exclut tout jeu tactique de la part de son parti: le président du Centre, Gerhard Pfister, en interview le 21 novembre 2023 à Berne.
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Gerhard Pfister, connaissez-vous le titre que vous a attribué le «Nebelspalter» (ndlr: le plus ancien titre satirique au monde, créé en 1875 à Zurich)?

Oui. Je lis tous les médias.

Le titre est: «Imperator Helvetiorum».

La Suisse ne connaît pas d’empereur. Et le seul que nous admettons est le roi de la lutte.

Le titre sous-entend que vous réunissez beaucoup de pouvoir en tant que chef d’un Centre renforcé après les élections. Quels sont vos objectifs concrets?

Nous devons prendre les devants plus qu’auparavant. Nous devons aussi développer davantage nos propres idées et chercher des majorités. Nous ne devons plus attendre que la gauche et la droite viennent avec des idées.

Vous évoquez «un troisième pôle» dans la politique suisse.

Je pense qu’en Europe, l’époque des systèmes bipartites classiques – un centre-droit, un centre-gauche – touche à sa fin. La bipolarité devient une tripolarité. Le PLR a décidé de se rapprocher fortement de l’UDC, le pôle de droite. Entre les Verts et le PS, il n’y a plus de différence: il s’agit du pôle de gauche. Une brèche s’ouvre ainsi au centre.

Comment ce «pôle du centre» est censé se former au sein du gouvernement national? D’après ces calculs, une seule personne y siège aujourd’hui: la centriste Viola Amherd, ministre de la Défense.

Une majorité de droite au Conseil fédéral n’est plus légitimée par les rapports de majorité au parlement et au sein de la population.

Vous parlez des deux représentants de l’UDC et des deux représentants du PLR. Demandez-vous un deuxième siège pour Le Centre?

Les élections doivent avoir un effet. Les conseillers fédéraux en exercice qui se représentent devraient toutefois être confirmés. Six sortants se représentent, et la prétention du PS à succéder à Alain Berset est réelle. La Suisse n’a pas du tout profité de l’éviction de Mme Metzler en 2003.

«Hier soir, j’ai revisionné d’anciens reportages du téléjournal sur la destitution de Ruth Metzler.»

Vous voulez parler de Ruth Metzler, la première conseillère fédérale de l’ancien PDC?

Et cela n’a pas non plus profité à la Suisse lorsqu’en 2017, Christoph Blocher a été écarté du Conseil fédéral. Les élections doivent avoir des conséquences à moyen terme, pas sur-le-champ.

Christoph Blocher a été élu au Conseil fédéral en 2003 à la place de Ruth Metzler. Après sa victoire électorale d’alors, l’UDC a réclamé un deuxième siège avec une pression maximale.

Avec le soutien du PLR. C’était ma première session à l’époque; je ne l’ai pas oubliée.

Un traumatisme politique?

La situation était très difficile. Je peux vous dire que la période entre ce dimanche d’élection et l’élection du Conseil fédéral le 10 décembre… J’ai revisionné hier soir les anciens reportages du téléjournal sur la destitution de Ruth Metzler. C’était une épreuve extrêmement difficile pour notre parti, avec une pression énorme. Cela a marqué le groupe et conduit à la formation de camps en son sein. Ça laisse des traces.

Monsieur Pfister, pourquoi regardez-vous des enregistrements du téléjournal vieux de 20 ans?

En ce début de législature, d’importantes discussions sont à nouveau prévues, semblables à celles d’il y a vingt ans. Et je dois m’y préparer mentalement. C’est pourquoi je voulais simplement me remémorer tout cela. Comment s’était déroulé le dimanche des élections? Qui avait dit quoi et quand? Dès le dimanche des élections, le PLR avait soutenu la revendication de l’UDC pour un deuxième siège.

«La nomination du parti est sacro-sainte.»

On s’est moqué des Verts il y a quatre ans lorsqu’ils n’ont pas profité de leur élan politique pour revendiquer un siège au Conseil fédéral. Aujourd’hui, cet élan est du côté du Centre.

Je l’avoue: j’ai moi aussi reproché aux Verts d’avoir commis des erreurs stratégiques. Mais regardez: nous en sommes à un tout autre stade. Nous ne pouvons pas attaquer un conseiller fédéral en fonction alors que l’écart entre le PLR et nous est de 0,2% de part électorale et de quelques «petits sièges». C’est peut-être aussi pour cette raison que j’ai à nouveau visionné les anciennes éditions du téléjournal: déjà à l’époque, je n’avais pas trouvé justes les jeux tactiques qui conduisent à la destitution de membres du Conseil fédéral.

Et aujourd’hui?

Je l’exclus pour mon parti. Je trouve que c’est un manque de respect envers les institutions.

Qu’entendez-vous par «respect envers les institutions»?

Je suis d’avis que nous aurions dû résoudre l’affaire différemment en 2003. À l’époque, nous avions discuté au sein du groupe parlementaire pour savoir si l’un de nos deux conseillers fédéraux n’aurait pas dû démissionner volontairement. La revendication de l’UDC pour le deuxième siège était claire. Ce n’est que parce que personne parmi nous n’a démissionné que l’UDC a choisi la tactique de l’attaque.

Est-il vrai qu’à l’époque, vous avez inscrit le nom de Christoph Blocher sur votre bulletin de vote?

J’ai soutenu Ruth Metzler parce que j’estimais que si quelqu’un devait démissionner, cela aurait dû être Joseph Deiss.

Vous critiquez sévèrement le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis (PLR), depuis des années. Ne serait-il pas plus honnête d’exiger sa démission et de demander une deuxième représentation pour votre parti?

Je ne l’ai pas attaqué en tant que personne, mais parce qu’il est ministre des Affaires étrangères. Monsieur Cassis est conseiller fédéral à une époque où la Suisse est beaucoup plus sollicitée qu’auparavant en matière de politique étrangère. Sur certaines questions, je suis politiquement très éloigné de lui: par exemple, sur la manière dont la Suisse ne s’est pas positionnée après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Mais associer de telles divergences de fond à la destitution d’un conseiller fédéral est à mon avis une erreur.

«Les règles actuelles peuvent empêcher que des personnalités marquantes soient élues au Conseil fédéral.»

Vous pouvez mettre les choses au clair, ici et maintenant: si Ignazio Cassis démissionne, nous voulons son siège.

Ce n’est pas aussi simple que cela. À l’Assemblée fédérale, ce sont toujours d’autres partis qui décident quel parti obtient le siège. Nous verrons ce qu’il en sera le moment venu.

Bon, restons dans le scénario où, le 13 décembre, il ne s’agit «que» de la succession du ministre de la Santé socialiste Alain Berset. Quels critères un candidat du PS doit-il remplir à vos yeux?

En Suisse, lors de l’élection d’un chancelier fédéral, on se demande toujours: qui en est capable? Et pour les conseillers fédéraux, on se demande simplement: qui veut le faire? La question de l’aptitude joue un rôle beaucoup moins important que pour le chancelier fédéral, où il existe un profil de l’emploi très précis. Je trouve cela remarquable.

Est-ce mal?

Depuis l’éviction de Christoph Blocher, les partis affirment que la nomination du parti est sacro-sainte. Tous sont marqués par la peur que leur désignation ne soit pas acceptée. C’est possible. Mais dans ce cas, les partis doivent au préalable clarifier la question de l’aptitude de manière beaucoup plus approfondie qu’ils ne le font aujourd’hui.

Voteriez-vous pour quelqu’un qui ne figure pas sur le ticket?

Je constate qu’il y a eu d’excellents conseillers fédéraux qui ont été élus contre la volonté de leur groupe parlementaire, et cela n’a pas nui à la Suisse. Otto Stich a été un excellent conseiller fédéral. Mais avant que vous ne fassiez la une en disant que le Centre flirte avec les candidatures sauvages, je vous le dis: j’exclus cette possibilité.

Aha!

Vraiment. Sinon, j’aurais directement droit à un coup de fil de Mattea Meyer ou de Cédric Wermuth.

Mais vous venez d’évoquer les qualités des candidats sauvages.

Oui, les règles actuelles peuvent empêcher que des personnalités marquantes soient élues au Conseil fédéral. Je ne sais pas vraiment si Daniel Jositsch est le bon candidat ou non. On dit partout qu’il n’a aucune chance au sein du PS parce qu’il a fait une erreur au sein de son groupe parlementaire il y a un an. On peut se demander si le groupe parlementaire utilise les bons critères?

Et à présent, la main sur le cœur, allez-vous mettre Daniel Jositsch sur votre bulletin de vote, s’il n’est pas sur le ticket du PS et que vous n’êtes pas convaincu par les candidats?

Non. Je dis simplement que dans ce système, la qualité des candidats est déléguée aux groupes parlementaires. Ils doivent assumer leur responsabilité plus qu’auparavant.

Que doit donc savoir faire un conseiller fédéral ou une conseillère fédérale?

Deux choses. Premièrement, ils doivent savoir diriger. Et deuxièmement – paradoxalement – ils doivent pouvoir s’intégrer dans une autorité collégiale.

Qui, parmi les six conseillers fédéraux qui se représentent, en est capable?

Je ne tombe jamais dans le piège de critiquer quelqu’un personnellement.

«Après plus de 150 ans de domination masculine, une majorité de femmes ne ferait pas sombrer l’Occident. Au contraire.»

Faut-il de l’expérience dans un Exécutif?

Cela aide beaucoup. Il faut une expérience de direction qui peut aussi venir de l’économie. J’ai considéré Christoph Blocher comme un très bon chef de département. Le problème était l’intégration au sein de l’autorité collégiale.

Encore une Bernoise ou un Bernois au Conseil fédéral, c’est possible?

Si elle ou il est bon: oui.

Une Romande, un Romand?

Si elle ou il est bon: oui. J’attends d’un Romand qu’il sache parler allemand et inversement. L’anglais aide aussi, mais c’est une question de génération qui se pose encore surtout pour les boomers. Je préfère cinq Romands compétents à quatre Suisses alémaniques médiocres. Et après plus de 150 ans de domination masculine, une majorité de femmes ne ferait pas sombrer l’Occident. Au contraire.

Le départ d’Alain Berset libère le Département de l’intérieur: celui de l’assurance maladie et de l’AVS, où des décisions très importantes pour la Suisse sont attendues. Viola Amherd pourrait changer de poste. En parlez-vous avec elle?

Oui, j’en parle avec elle. Mais ce sont de brèves conversations. Je lui dis toujours: fais ce que tu penses être juste.

Vous n’ajoutez pas de «mais» après?

Non. Cela doit pouvoir être discuté au sein du gouvernement.

Monsieur Pfister, que ferez-vous si, lors de l’élection du Conseil fédéral le 13 décembre, des parlementaires commencent à inscrire votre nom sur les bulletins de vote? Monterez-vous à la tribune pour expliquer votre renoncement?

Premièrement, je ne pense pas que cette situation se produira. Et deuxièmement, je tiens parole. Et si quelqu’un n’y croit toujours pas et a besoin de l’entendre explicitement, nous trouverons un arrangement.

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