Protection de l’environnementAttaque contre les plastiques au parlement
Pneus, semences, santé, recyclage… De nombreux thèmes sont abordés. Premiers débats aux États lors de la prochaine session.

C’est une véritable offensive antiplastique qui a été lancée au parlement fédéral. Une vingtaine d’interventions ont été déposées sur le sujet à mi-mars. Et plusieurs sont au programme de la prochaine session du Conseil des États.
L’action a été orchestrée par la conseillère aux États Céline Vara (Les Verts/NE), avec l’aide de l’association Earth Action (EA), qui publie ce vendredi un rapport sur le sujet (lire l’encadré). Ces motions, postulats et interpellations émanent surtout de la gauche, en particulier des écologistes. Un PLR, un UDC et un MCG participent toutefois à l’opération.
Le 28 mai, le Conseil des États se penchera ainsi sur un postulat de Mathias Zopfi (Les Verts/GL) qui dénonce la contamination des surfaces agricoles par les microplastiques contenus dans les enrobages des semences.
Le 10 juin, les sénateurs traiteront six autres objets. Il sera notamment question des microplastiques issus de l’abrasion des pneus sur les routes nationales (intervention de Céline Vara), de conception d’emballages qui favorisent le recyclage (Benjamin Mühlemann, PLR/GL), des effets des microparticules de plastique sur l’environnement et la biodiversité (Simon Stocker, PS/SH) et sur la santé humaine (Mauro Poggia, MCG/GE) ou encore de la promotion de récipients réutilisables (Maya Graf, Les Verts/BL).
Le corps et l’environnement
Le 13 juin, les États s’intéresseront encore à une interpellation de Franziska Roth (PS/SO) sur l’exposition des fœtus et des nourrissons aux microplastiques. Ajoutons que des interventions ont été déposées au Conseil national. Il y est entre autres question des phtalates, des impacts sur la santé des emballages alimentaires, du lien entre l’infertilité et les microplastiques, des additifs contenus dans les plastiques, de la lutte contre les déchets sauvages ou des microplastiques ajoutés dans certains produits comme les cosmétiques.
Le but étant d’embrasser les principales questions soulevées par la thématique, le menu est large. Céline Vara insiste notamment sur les questions liées à la santé. «Ces produits sont mauvais pour l’environnement. Mais on oublie trop souvent qu’ils finissent dans le corps. Or, ce sont des perturbateurs endocriniens puissants.»

Dans sa réponse au postulat de Fabien Fivaz demandant un rapport sur l’impact sur la santé des microparticules de plastique en suspension dans l’air, le Conseil fédéral relève pour sa part que, si les effets toxiques des microplastiques et les dangers de ceux-ci pour la santé sont connus, il reste «à établir définitivement si ces effets se produisent également aux concentrations actuellement rencontrées dans l’environnement». Il ajoute que des études sont menées, et qu’il faut attendre les résultats des recherches avant d’élaborer des nouveaux rapports.
«L’État n’a pas réponse à tout»
Reste à savoir si ce tir groupé permettra d’obtenir des résultats. «Pour l’instant, les réponses du Conseil fédéral à nos interventions sont négatives, et c’est pour moi une déception», admet Céline Vara. Elle aurait aussi aimé que le camp bourgeois s’associe davantage à l’opération. La suite? Elle se montre pessimiste: «Vu les majorités au parlement, je doute que nous obtenions des résultats. C’est aussi pour cela que nous devons sensibiliser l’opinion publique.»
Le conseiller national Philippe Nantermod se montre critique concernant cette opération. «Je suis très sceptique face à l’idée que l’État a réponse à tous les problèmes de notre société, commente le vice-président du PLR (VS). On vivra peut-être mieux avec moins de plastique, mais cette évolution se fera petit à petit.»

Pour le Valaisan, ce n’est pas une question de législation, mais de changement de la société et de la demande des consommateurs. «On voit d’ailleurs que les produits sans plastique sont de plus en plus prisés», note-t-il. La question de santé publique? Il rétorque que les statistiques ne montrent pas de hausse de la mortalité, que ce soit chez les nouveau-nés ou les adultes.
Cette action contre le plastique s’inscrit dans un contexte particulier. Des négociations ont lieu pour développer un traité mondial visant à réduire la pollution plastique à l’échelle planétaire. Un quatrième round de négociations vient de se terminer à Ottawa et un dernier round doit avoir lieu en novembre. «Toutes les options restent ouvertes. Il y a donc de nombreuses incertitudes sur l’issue de ces discussions», précise Sarah Perreard, codirectrice d’Earth Action.
Dans ce cadre, la Suisse fait partie des pays ambitieux. «Il y a une volonté d’agir au niveau international, mais on ne la retrouve pas au niveau national, juge Céline Vara. Ce sujet me préoccupe depuis que j’ai commencé à faire de la politique il y a vingt-trois ans, et il n’y a pas eu de grande avancée.»
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