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Artistes suisses à LausanneErika Stucky, une reine à Label Suisse

Le festival lausannois accueille la chanteuse américano-suisse, Grand Prix suisse de musique 2020. Interview.

La musicienne haut-valaisanne recevra son Grand Prix à Lausanne, le 17 septembre prochain, en préambule au festival Label Suisse.
La musicienne haut-valaisanne recevra son Grand Prix à Lausanne, le 17 septembre prochain, en préambule au festival Label Suisse.
Anne Morgenstern

Parmi les musiciens de cette belle cuvée de Label Suisse (lire encadré), manifestation qui fait partie des pionniers de la relance culturelle et coronavirale, Erika Stucky se pose en majesté, auréolée de son Grand Prix suisse de musique. Entre cow-girl d’un flower power californien tardif et yodleuse en costume traditionnel haut-valaisan, la fantasque musicienne jouera à Lausanne avec la fanfare balkanique du Traktorkestar, formation qui a déjà accompagné Stephan Eicher.

Votre principale actualité est votre Grand Prix suisse de musique. Comment avez-vous reçu cette distinction institutionnelle?

Ma «grande actualité»… Cela me retourne le cerveau, mais c’est sûr que c’est vrai! Et je le répète volontiers: cette reconnaissance me procure beaucoup de joie. Alors que le monde tombe en plein délire, je suis très fière. C’est un grand honneur d’avoir été choisie parmi tous ces représentants du classique au punk en passant par la country et le folk. L’argent qui l’accompagne (ndlr: 100’000 francs) tombe aussi à pic après cette période de huit mois sans concerts.

Cette mise en lumière vous a-t-elle surprise?

L’art, c’est aussi ça. On peut rester secret toute sa vie – un peu comme Tom Waits – et se donner ainsi la chance d’être découvert par le public n’importe quand. Michael Jackson ne le pouvait plus! Même après trente-cinq ans de tournée, j’adore cette idée de pouvoir faire irruption chez un auditeur, même futur.

Hors de Suisse, avez-vous un public, justement?

Oui, en Allemagne, il y a des villes où je remplis toujours les salles, à Vienne ou à Amsterdam aussi. En Finlande et en Suède, je suis un peu dans la même situation qu’en Suisse. C’est déjà plus dur en Italie ou en France, un si grand pays… Il y a parfois un avantage à être un artiste de niche: peu de gens vous connaissent mais ils vous suivent avec gourmandise.

On vous catalogue volontiers dans la «Neue Volksmusik», cela vous convient aujourd’hui que l’on en parle de plus en plus?

Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais je sais que ma musique est le miroir de mon trajet – de mon enfance à San Francisco à la danse et au yodle des Alpes. Mixer Zappa et le yodle suisse ne devait rien au hasard en ce qui me concerne. On n’a jamais très bien su où me classer – jazz, rock, folklore? J’ai l’habitude, je m’en fous. Aujourd’hui, je pense que les traditions attirent un autre regard, notamment de la part des jeunes, soumis à tant d’influences dans leur chambre d’enfant traversée par les innombrables routes d’internet. On ne sait plus très bien d’où l’on vient, il y a une envie de retrouver ses racines…

«J’avais tellement besoin d’un congé, mais je pense que je vais en avoir besoin d’un autre pour digérer celui-ci!»

Erika Stucky, musicienne

Qu’avez-vous fait ces derniers mois de coronavirus?

Cela fait dix ans que je dis à mon agent que j’ai besoin d’une pause, mais il y a toujours quelque chose qui pointe, un festival, un concert. Ou peut-être que c’est moi qui n’avais pas le courage de la prendre. J’avais tellement besoin d’un congé, mais je pense que je vais en avoir besoin d’un autre pour digérer celui-ci! Je n’ai rien fait de spécial, j’ai dormi 12-13 heures par jour comme une marmotte, vu peu de monde, et dès que c’était possible j’allais nager dans le lac de Zurich.

Label Suisse est votre première date depuis l’interruption?

Oui, la première depuis janvier. J’en ai encore cinq ensuite, mais j’essaie de ne rien presser. L’idée des masques, de devoir donner ses coordonnées lors de soirées où l’on allait habituellement plutôt pour se perdre un peu, me dérange. Je trouve ça bizarre, contre-productif, surtout pour nous qui aimons que le public chante, danse, transpire. Mais je ne suis pas inquiète pour les musiciens. Nous n’avons pas besoin d’audiences de 10’000 personnes. La musique n’a souvent pas besoin de plus qu’un chant et une petite assemblée de gens assis en cercle.

Erika Stucky joue avec le Traktorkestar, Docks, ve 18 sept. (20h).