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La valeur travailEt Homo sapiens s’est assis à son bureau

Dans son livre qui vient de paraître, l’ethnologue français Pascal Dibie s’intéresse au bureau, sous les angles historique, sémantique et surtout politique.

L’ethnologue français Pascal Dibie.
L’ethnologue français Pascal Dibie.
DR

Dans «Ethnologie du bureau, brève histoire d’une humanité assise», l’intellectuel français Pascal Dibie fait les constats suivants: Homo sapiens est devenu un Homo sedens. Le bureau, dans toutes ces variantes, est un outil du capitalisme qui ne cherche pas à rendre le travailleur heureux. Lethnologue rappelle néanmoins qu’il fût un temps où travailler assis était un privilège. «C’est en imitant le monde monacal qu’on a développé le bureau, illustre Pascal Dibie au téléphone. Le développement de l’écriture a impliqué une transformation ergonomique de l’espace de travail qui n’existait pas en tant que tel.»

«Le télétravail? Une catastrophe!»

Pascal Dibie remet en question jusqu’à l’idée même de travail. «J’ai longtemps vécu chez les Indiens d’Amazonie, qui ont décidé de ne jamais travailler par obligation mais par nécessité. Ils ne travaillent pas s’ils n’en ont pas le besoin vital!» Open space, coworking ou télétravail: rien ne trouve grâce aux yeux de l’ethnologue. «Le télétravail, c’est une catastrophe: vous habitez votre propre boutique, vous essayez de la faire marcher le plus possible… et de l’autre côté il y a une défiance à votre égard: on part du principe que, si vous êtes chez vous, vous n’allez rien faire!» Le début du livre évoque d’ailleurs beaucoup la discipline et la position déjà assise de l’élève au pupitre, qui comprend très vite comment être présent sans être là. Une faculté au présentéisme qui lui sera utile plus tard… «L’open space fait partie des dispositifs qui permettent de surveiller les abeilles dans la ruche. Or elles peuvent très bien butiner ailleurs tout en étant là!»

«L’open space permet de surveiller les abeilles dans la ruche. Or elles peuvent très bien butiner ailleurs tout en étant là!»

Pascal Dibie, ethnologue

Pascal Dibie n’hésite d’ailleurs pas à comparer les espaces ouverts de bureau, avec la hiérarchie à l’étage dotée d’une vue, d’un contrôle, sur les espaces de travail en contrebas, au panoptique carcéral. Mais alors que faire, quelles alternatives donner au bureau? «Je n’en sais rien! On est sorti de l’artisanat pour entrer dans une production constamment assistée par l’informatique. La perte de sens est évidente, et il va bien falloir qu’on revoie la notion de travail, car c’est ça qui est en train de changer radicalement.»

«Ethnologie du bureau», brève histoire d’une humanité assise, de Pascal Dibie, Éd. Métailié.