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L’invitéEt si l’Europe devenait suisse?

Enzo Santacroce interroge les notions de fédéralisme, de démocratie directe et de neutralité à l’aune des prochaines votations.

Dans la torpeur de l’été, les questions politiques semblent en suspens. La levée progressive des restrictions sanitaires autorise quelques distractions qui mettent entre parenthèses les sujets complexes. Cette impression est probablement trompeuse, car dans quelques semaines deux votations majeures sont à l’ordre du jour: celle sur l’initiative de l’UDC exigeant une immigration modérée et celle sur l’achat de nouveaux avions de combat. Ces deux objets couvent déjà des débats passionnels, la définition de la souveraineté helvétique étant en jeu.

Un bref retour historique nous montre que, depuis le refus en votation populaire, le 6 décembre 1992, d’accéder à l’EEE, les négociations bilatérales ont vu le jour selon une gamme argumentative bien huilée: la prospérité économique, la sécurité, les mesures d’accompagnement, la qualité de vie, l’ouverture et le nationalisme sont les notes à partir desquelles les partis traditionnels jouent leur partition quand il s’agit des relations avec l’Europe.

«L’adhésion de la Suisse à l’UE, véritable épouvantail qui secoue des peurs profondes ainsi que les velléités souverainistes les plus vigoureuses»

Comment comprendre alors qu’un nouveau texte du parti agrarien sur l’immigration nous revienne, alors même que son initiative du 9 février 2014 l’ait emporté? Ce qu’exprime l’UDC, c’est, schématiquement, que le thème du libre établissement des personnes dissimule celui de l’adhésion de la Suisse à l’UE, véritable épouvantail qui secoue des peurs profondes ainsi que les velléités souverainistes les plus vigoureuses.

Cette question d’une hypothétique adhésion de la Suisse à l’UE fait craindre une perte de l’autonomie nationale dont les piliers sont le fédéralisme, la démocratie directe et la neutralité. Mais il y a, à mon sens, une contradiction dans la posture du parti agrarien, dans la mesure où une initiative est un instrument de démocratie directe typiquement suisse, et la possibilité de prétendre changer la Constitution n’est certes pas un acquis civilisationnel dans les pays limitrophes.

Donc, d’un point de vue du discours, c’est un non-sens de proclamer que la libre circulation menace notre souveraineté alors même que le lancement d’une initiative pour la modérer en témoigne! Il en est de même pour la votation sur l’achat d’avions de combat, permise par le droit de référendum.

Liberté et sécurité

Par ailleurs, les deux thématiques se rejoignent: nous pouvons refuser l’initiative de limiter la libre circulation des personnes en vue de préserver la prospérité économique, tout en voulant sauvegarder le territoire en assurant à notre armée les équipements capables de défendre notre espace aérien. Les libertés civiles, dont celle de se mouvoir au sein d’un espace réglementé et celle de négocier avec nos voisins, dépendent de notre sentiment de sécurité, que les autorités se doivent d’entretenir.

Je dirai enfin que la Suisse n’a pas à avoir peur de l’Europe. Le fédéralisme est son ossature, la neutralité son souffle, la démocratie directe sa force. La crise sanitaire nous a par ailleurs enseigné que le fédéralisme, tout en respectant la diversité institutionnelle du pays, sait organiser une solidarité nationale. Et si l’Europe devenait suisse?

8 commentaires
    Jacques Gaillard

    La seule possibilité d'un fonctionnement commun harmonieux de l'UE et de la Suisse, c'est l'adhésion progressive, par régions (d'abord Bade-Wurtemberg, Bourgogne, Piémont, Vorarlberg, puis Bavière, Savoie etc.) de l'Europe à la Confédération. Car nous avons déjà résolu la majorité des problèmes auxquels se trouve confrontée l'UE. Évidemment, je ne verrai pas ça de mon vivant.