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ÉditorialEt si Micheline Calmy-Rey abandonnait?

C’est un massacre à la tronçonneuse. En me les faisant tailler, les poils de mon menton n’ont fait qu’un tour. Et mes oreilles aussi. Chez mon barbier, les haut-parleurs crachaient (sur) le «Don’t give up» de Kate Bush et Peter Gabriel. Un «N’abandonne pas» défiguré à coup de boum-boum tchac-tchac, voilà le tube qui a creusé pistes et planchers des discomobiles des années 90 à force de slows adolescents soudain technopopisé, torpillé. Et le droit à l’oubli alors? Laissez nos chansons tranquilles, ai-je envie de crier (Aline, pour qu’elle revienne?). Surtout à tous ceux qui n’étaient pas nés le siècle dernier et qui ne se contentent pas de redécouvrir notre patrimoine auditif, mais préfèrent le saboter.

C’est d’ailleurs aussi vrai pour certains anciens politiciens anciennement aux affaires dont on souhaiterait parfois qu’ils restent dans cette ombre qu’ils ont eux-mêmes choisie. La pire dans cette affaire? Probablement Micheline Calmy-Rey. Au plaisir de voir qu’elle ne semble jamais vieillir s’oppose le pénible constat de la voir critiquer ceux qui lui ont succédé au gouvernement. Depuis sa retraite, l’ancienne ministre des Affaires étrangères nous dit tout ce qu’on ne veut pas forcément savoir de sa part sur les multinationales responsables, l’élection de Biden, l’exportation du matériel de guerre suisse. Pascal Couchepin, dans son genre aussi, aime bien l’exercice. On voit aussi d’anciens conseillers d’État vaudois, dans le domaine de la santé au hasard, de gauche comme de droite, poster ou dire ce qu’il conviendrait ou ne conviendrait pas de faire. La liste est longue.

«Si la crédibilité dépendait uniquement du nombre des années, cela se saurait.»

Bien sûr, en les invitant ou en les sollicitant dans notre inextinguible soif de «bons clients», les médiasnous aussi donc, portons notre part de responsabilité. Cette nostalgie teintée de passéisme vaut aussi pour notre profession en général; tant certains anciens journalistes, sur les réseaux sociaux notamment, aiment démolir le travail actuel des rédactions sur le doux son du c’était bien mieux avant (gros sous-entendu: quand c’est moi qui exerçais). Si la crédibilité dépendait uniquement du nombre des années, cela se saurait. Lexpérience ne fait pas tout, surtout sans l’absence du poids des responsabilités qui va avec. Ceux qui choisissent le silence après avoir œuvré ne font pas toujours le mauvais choix.

On l’aura compris, ce n’est donc pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule. Mais, pour paraphraser le film de Jacques Besnard (1975), ce n’est pas non plus parce qu’on a quelque chose à dire qu’il faut forcément l’ouvrir. Il y en a qui savent vraiment bien faire ça. Et là, hommage par exemple au déjà regretté René Felber. Dont la discrétion médiatique postfonction fût aussi exemplaire qu’il fût un sacré serviteur de l’État. Servir, disparaître, etc.

32 commentaires
    Pascal V.

    Au contraire laissons-les s’exprimer car ils ont souvent des avis pertinents et plus relâchés. Ils ont avantageusement remplacés les journalistes qui ne savent plus donner un avis sur des sujets complexes mais qui recherchent plus le scandale populaire ....

    Etonnant d’ailleurs de vous lire casser du bois sur ces personnalités car après tout ce sont de bon interlocuteurs poue entamer le débat pour autant que vous en soyez capable ....