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Éditorial
Et si Nemo écrivait «Le troisième sexe»?

Lausanne, 23 septembre 2020, Claude Ansermoz, rédacteur en chef du journal 24Heures. ©Florian Cella/24Heures
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On ne sait pas ce que Beat Jans et Nemo pourront bien se dire autour d’un café. De quoi deviseront le ministre de Justice et Police et l’artiste décodeur? D’un statut plus égalitaire pour les non-binaires? En Suisse, selon un sondage Ipsos, cela concerne 6% de la population. Ce combat doit-il s’ajouter à celui pour les femmes, où il reste tant à faire?

Pour se risquer au périlleux parallèle, tentons de paraphraser l’introduction de Simone de Beauvoir dans «Le deuxième sexe»: «La querelle du non-binarisme a fait couler assez d’encre, à présent elle est à peu près close: n’en parlons plus. On en parle encore cependant. Et il ne semble pas que les volumineuses sottises débitées pendant ce dernier siècle aient beaucoup éclairé le problème. D’ailleurs y a-t-il un problème? Et quel est-il? Y a-t-il même des non-binaires?»

Si on récrivait ainsi la philosophe féministe – dans une tentative d’un essai qu’on appellerait «Le troisième sexe» –, on remplacerait comme plus haut femme par non-binaire. Chacun jugera en son genre et conscience si cela fonctionne. Cette lutte pour une meilleure reconnaissance est-elle identique pour l’ensemble des non-binaires? Déjà que ce terme, sémantiquement, se définit par une opposition à l’existant plutôt que par une construction propre.

Les orientations sexuelles, les genres ou les identités minoritaires n’ont-elles pas chacun(e) leur propre spécificité? Une personne agenre a-t-elle les mêmes attentes que celle qui est aromantique, asexuelle, bisexuelle (pansexuelle), demiromantique, gay, lesbienne, queer, androgyne, bispirituelle ou genderfluid? Idem si cette même personne est née physiologiquement femme ou homme?

En conjuguant une lutte après l’autre, le mouvement LGBTQQIP2SAA n’est pas à l’abri des dissensions intracommunautaires traversées par les cisgenres. Qui que l’on soit, on est toujours la minorité d’une autre minorité. Avec le risque, en se retrouvant exclu de la cause qu’on défendait auparavant, de militer pour de nouvelles revendications personnelles. En marge du canal historique. Comme autant de scissions. Comme autant de clans.

Cela étant, le débat lancé par Nemo vaut mieux que des torrents de haine servie par des gens qui voudraient que rien ne change jamais. Y compris ce qui ne fonctionne pas. Si la société était un diagramme de Venn avec ses grands cercles qui s’entrelacent, elle aurait mal à ses intersections, celles qui sont le socle de notre vivre-ensemble.