Passer au contenu principal

Craig MacTavish à l’interview«Être un bon coéquipier est une qualité sous-évaluée»

A quelques heures de la reprise, le coach du Lausanne HC évoque l’été mouvementé de son équipe et sa philosophie.

Craig MacTavish est à Lausanne depuis le mois de mars. Il avait remplacé Ville Peltonen à deux journées du terme de la saison régulière.
Craig MacTavish est à Lausanne depuis le mois de mars. Il avait remplacé Ville Peltonen à deux journées du terme de la saison régulière.
KEYSTONE

Craig MacTavish, que devons-nous attendre du LHC cette saison?

Qu’il soit professionnel, des propriétaires aux joueurs. Nous voulons élever notre niveau d’exigence en tant que groupe, avec au centre une équipe dans laquelle les individus donnent tout les uns pour les autres. C’est notre philosophie, et les gens qui nous rejoignent sont des personnes qui correspondent à cette philosophie. Cela va prendre du temps pour atteindre le palier que nous voulons atteindre, mais nous allons dans la bonne direction.

Sur le plan du jeu, vous semblez être adepte de l’attaque.

Oui, mais ce n’est pas qu’une affaire de jolis buts ou de rushs. On ne peut pas se reposer sur cela, d’autant plus si l’adversaire défend bien. C’est plus compliqué. Il faut être capable de prendre le match à son adversaire. L’attaque, c’est la conséquence de la pression que l’on met collectivement sur l’opposition. L’idée est de la pousser à l’erreur, dans chaque phase de jeu. Et on arrive à quelque chose si on est organisé, coordonné, avec une grande éthique de travail.

L’équipe a connu beaucoup de mouvement durant l’été. Il y a pas mal d’interrogations. Pour vous aussi?

Absolument. Je ne suis sûr de rien. D’un point de vue du talent, je pense que nous sommes servis. Après, il y a l’organisation, le niveau d’exigence, le mental, l’éthique de travail; autant de questions pour lesquelles nous aurons de premiers éléments de réponse quand nous serons propulsés dans le grand bain, jeudi.

«Nous ne sommes pas au niveau auquel nous devons être pour vivre une saison fantastique.»

Craig MacTavish

Neuf départs et seize arrivées. C’est presque un nouveau départ, non?

Oui. Mais parfois le changement fait du bien, cela rafraîchit. Nous espérons que ce sera le cas. J’ai en tout cas aimé les premiers signes que j’ai vus. Après, avons-nous évolué dans un contexte de top niveau de compétition en préparation? Non. Jusqu’ici, tout le monde a l’air bon. Mais ce n’est que lorsque le niveau va monter que nous verrons qui est capable de jouer à cet échelon.

Comment devient-on une véritable équipe?

En jouant les uns pour les autres. Il faut être en mesure de mettre de côté ses objectifs individuels au profit de l’équipe. Ça, c’est puissant. Le hockey est un test à livre ouvert et ce genre de choses se remarque facilement en match. Quand un joueur raccourcit son shift, bloque un tir, fait un effort pour rattraper l’erreur d’un coéquipier ou se fond dans le collectif lorsqu’il s’agit de jouer physique pour faire basculer une rencontre. Nous sommes dans une ère ou de petits détails font de massives différences. Si nous avons la bonne attitude, la bonne énergie, si nous affichons le bon état d’esprit, alors nous pouvons devenir une équipe. Dans ce processus, à nous coaches de reconnaître et de récompenser ce type de comportements, pour qu’ils se répètent et deviennent contagieux.

Lausanne est-il déjà une équipe?

Nous ne le savons pas. À ce jour, non. Nous ne sommes pas au niveau auquel nous devons être pour vivre une saison fantastique. Mais nous avançons, le message est celui-là et tout le monde au sein du club est sur la même longueur d’onde.

«Ce jeu est très honnête. Si vous trichez, si vous êtes indiscipliné ou égoïste, les dieux du hockey vous punissent.»

Craig MacTavish

Si vous deviez retenir une chose que vous avez apprise en plus de 1000 matches de NHL en tant que joueur, neuf saisons dans la peau d’un coach principal et sept ans passés dans la direction d’une franchise…

À quel point être un bon coéquipier est une qualité sous-évaluée. Au bout du compte, dans un vestiaire, ce qui importe pour les autres, ce n’est pas combien d’assists et de buts vous inscrivez, mais c’est à quel point vous êtes un bon coéquipier. C’est avec cette mentalité qu’on devient une équipe qui gagne, quand tout le monde tire à la même corde. Vous savez, ce jeu est très honnête: vous obtenez ce que vous donnez. Si vous trichez, si vous êtes indiscipliné ou égoïste, les dieux du hockey vous punissent.

Après avoir passé plus de quarante ans dans le milieu en Amérique du Nord, quel est votre regard sur le hockey européen?

C’est différent. Et je dois dire que je préfère les plus petites surfaces de glace dans le sens où il y a plus d’action. Après, ici, la tactique est plus importante, il y a davantage de styles de jeu. Les plus grandes surfaces de jeu récompensent la qualité de passe, ce que j’apprécie vraiment car selon moi, les passes, c’est la partie la plus attractive du hockey.

Avez-vous eu le temps de vous adapter?

Je le crois. Au final, que ce soit en Amérique du Nord ou ici, ce sont les mêmes zones critiques de la glace qu’il faut protéger. Et puis, nous avons la chance de pouvoir compter sur l’expérience de John Fust dans le staff technique. Il nous aide énormément.

«La meilleure façon de faire adhérer un joueur est de collaborer avec lui.»

Craig MacTavish

John Fust est à la fois votre adjoint et votre directeur sportif. Bizarre, non?

Dans le bureau des coaches, nous collaborons. Mais dès que nous sortons, je l’écoute (ndlr: il se marre). Plus sérieusement, nous travaillons en équipe au sein de l’organisation et c’est une bonne chose.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en découvrant le hockey suisse?

Le fait que les joueurs veuillent être programmés. En Amérique du Nord, c’est un jour après l’autre. Ici, les joueurs veulent savoir ce qu’ils feront dans un mois, ils ont besoin de s’organiser. Nous avons passé beaucoup de temps à préparer des programmes.

À quel point votre manière de gérer une équipe est-elle différente aujourd’hui d’il y a vingt ans, lorsque vous avez commencé à coacher?

Je suis plus tolérant. À l’époque, je hurlais beaucoup, mais je ne le fais plus. Je pense qu’il y a de meilleurs moyens que crier pour faire passer un message. Plus globalement, la communication et la collaboration ont pris de l’ampleur. La meilleure façon de faire adhérer un joueur est de collaborer avec lui. Quand je jouais, cela ressemblait davantage à une dictature. Aujourd’hui, dans la vie en général, les gens veulent savoir pourquoi on leur demande telle ou telle chose.

À 62 ans et après tout ce que vous avez vécu, pourquoi avoir accepté ce challenge à Lausanne?

Bonne question (ndlr: il sourit). J’aime ce jeu. J’aime le coaching. J’aime les challenges. Et c’est un grand challenge. Le coaching est un grand challenge. C’est tout sauf ennuyeux. Il y a une phrase que je dis souvent. Un entraîneur a atteint la parfaite harmonie lorsque à la fois les joueurs le haïssent parce qu’il est trop dur, les dirigeants pensent qu’il est trop gentil et il se dispute avec sa femme parce qu’il n’est jamais à la maison… Je plaisante, bien sûr. J’aime le coaching. Je vais essayer de transmettre mon vécu aux joueurs. Et j’espère que nous construirons une équipe qui nous rendra tous fiers, une équipe capable de gagner des titres.