AboEuro 2024La Suisse défie l’Italie pour écrire son destin
Pour cette génération d’exception, pour hausser les ambitions habituelles, pour préparer l’avenir, ce huitième de finale samedi à Berlin est capital pour l’équipe helvétique.

C’est un long voyage que celui qui mène la Suisse à Berlin, quand on le prend pour ce qu’il est: un point de bascule. Depuis 2014, la sélection helvétique est cette équipe qui toujours se qualifie pour les grands tournois, qui toujours arrive en huitièmes de finale, qui une fois est même allée au-delà. C’était il y a trois ans et depuis ce bonheur insensé arraché à la France, célébré dans une communion nationale extatique, une idée flotte, instable, obsédante, délicieuse: l’équipe de Suisse peut-elle devenir plus que ça, plus que sa propre promesse? Ce huitième de finale de l’Euro, à Berlin contre l’Italie (samedi à 18 h), déborde déjà d’émotions, à tort ou à raison.
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On pourrait n’y voir qu’un match de plus, qu’une Suisse à la hauteur de son premier objectif, avec pour seul espoir de le dépasser, sans plus de perspective sinon l’idée d’un exploit qui suffirait, de temps en temps. On peut aussi placer cette rencontre sous d’autres ciels et pour d’autres motifs.
On va le dire pour de bon: la Suisse doit se qualifier pour les quarts de finale de cet Euro. Pour plusieurs raisons.
Pour un nouveau statut
Le plafond de verre des huitièmes de finale a enfin été brisé en 2021. Un heureux accident? Non, cela doit propulser la Suisse dans un autre monde, celui des équipes qui arrivent souvent en quarts de finale. Là, une ambition; ici, une sélection qui veut faire partie des huit meilleures nations du continent. Régulièrement. Pas par hasard.
Pierluigi Tami, directeur des équipes nationales, se penche sur la question. «C’est juste, la Suisse doit avoir cet objectif, dit-il. Même si cela dépend de plusieurs choses ou circonstances. Mais il y a l’idée de confirmer qu’une participation à un quart de finale n’est pas qu’un heureux accident.»
La Suisse a déjà changé de statut ces dernières années. Elle a donc éliminé la France il y a trois ans. Dans la foulée, elle s’est qualifiée pour le Mondial 2022 devant l’Italie et sans perdre contre elle. Elle a battu l’Espagne sur ses terres en Ligue des nations. Elle vient de faire trembler l’Allemagne à Francfort dimanche passé (égalisation allemande à la 92e…). On peut bien l’affranchir de certains égarements (le 6-1 contre le Portugal en huitième de finale du Mondial 2022, les médiocres qualifications à cet Euro) si elle hausse son curseur en éliminant l’Italie samedi soir à Berlin.
Pour la meilleure génération
Granit Xhaka: 128 sélections. Xherdan Shaqiri: 124 sélections. Ricardo Rodriguez: 118 sélections. Les centenaires se portent bien. Il y a en même temps dans cette équipe les trois internationaux les plus capés de tous les temps! On peut rajouter l’importance d’Akanji, de Sommer, de Freuler, de Schär ou d’Embolo pour ne citer qu’eux. Une génération exceptionnelle, la meilleure de tous les temps.
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Elle a déjà atteint une fois un quart de finale. C’est bien. Elle peut, elle doit le faire encore pour clore toute forme de débat. Et pour démontrer que, peut-être par-delà l’entraîneur qui est à sa tête (et c’est sans doute encore plus vrai aujourd’hui qu’avant!), c’est cette génération-là qui écrit son destin.
Cela tombe bien: comme beaucoup ont 30 ans ou plus, c’est le dernier moment. «Ce n’est pas comme si on avait tous 22 ans, sourit Remo Freuler, 32 ans. Alors oui, il faut saisir cette chance, pour revivre ce que l’on a vécu contre la France. Et oui, se qualifier encore une fois pour un quart de finale, cela voudrait dire quelque chose.»
Pour l’héritage laissé
Pour valider le changement de statut et pour cette génération, éliminer l’Italie est donc capital. Pour l’avenir aussi. La Suisse est expérimentée, donc âgée, mais en elle couve une nouvelle génération. On ne sait pas encore si celle-ci sera aussi talentueuse, mais le moment est important. Parce que les Ndoye, Vargas, Amdouni, Rieder, Jashari, Okafor ou Stergiou ont été élevés au biberon des ambitions de leurs aînés. Un deuxième quart de finale atteint, c’est un legs.
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C’est une manière de tracer un chemin, c’est une élévation vertueuse, une responsabilité oui, mais qui devient une prétention naturelle dans les têtes. Pierluigi Tami le résume. «Quand tu arrives dans cette équipe, tu sens sa force, son ambition et tu te mets à niveau de ces responsabilités, observe-t-il. C’est comme cela que tu grandis.»
Pour être moins «suisse»
On s’emballe peut-être. On vit dans un monde où la Suisse présente en huitièmes de finale de tous les grands tournois est devenu le minimum. Il faudrait même qu’elle s’offre un quart de finale – au moins? – à chaque participation? Vertigineuses aspirations.
Benjamin Huggel a grandi dans la génération d’avant celle d’aujourd’hui, il observe toujours de près la Suisse pour la SRF. Il a un autre regard. Il sait combien ce Suisse-Italie est important, pour toutes les raisons évoquées. Mais il garde les pieds sur terre.
«Le simple fait d’arriver toujours en huitièmes de finale est déjà un exploit et il ne faut pas l’oublier, rappelle Huggel. Mais en Suisse, on est bizarre: il y a à la fois le sentiment de se voir plus fort qu’on ne l’est vraiment et, en même temps, il y a toujours ce petit complexe d’infériorité qui subsiste. Les deux choses cohabitent. Et il y a cette régularité. Moins de hauts que certaines nations comparables, comme la Belgique, le Danemark, la Croatie par exemple, mais moins de bas aussi: on est toujours là, nous, jusqu’en huitièmes de finale. C’est très suisse, finalement. Même si on aspire à plus, dès samedi à Berlin.»
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