AboEuro 2024Ce que la Suisse doit faire pour battre Donnarumma
Le portier italien est une muraille. Thierry Barnerat, expert FIFA des gardiens, décortique le colosse. Mode d’emploi avant le 8e de finale de samedi.

A priori, la cage est la même pour tout le monde: 7,32 mètres de large, 2,44 mètres de haut, c’est comme cela depuis le XIXe siècle. On a beau mettre un gardien dedans depuis la nuit des temps, cela laisse de la place à un attaquant, au moment de conclure. Sauf quand un colosse prend place sur la ligne. Et pour la Suisse, ce colosse a un nom depuis lundi soir: Gigio Donnarumma.
Le portier de l’équipe d’Italie, adversaire des attaquants helvétiques en 8e de finale de l’Euro samedi soir à Berlin (18 heures), réalise jusque-là un tournoi qui frise la perfection. Il avait déjà été partie déterminante du sacre de la Nazionale lors de l’Euro 2021, notamment durant quelques séances de tirs au but.
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Cette année, même la fantastique Espagne, qui a multiplié les occasions, s’est cassé les dents sur le dernier rempart italien: il aura fallu un autogoal de Calafiori pour que Donnarumma jette l’éponge. Ou alors il faut une bourde sans nom de Di Marco (qui lance l’Albanais Bajrami). Ou, enfin, après avoir arrêté un penalty de Modric, il faut ensuite qu’il se relève d’une parade exceptionnelle sur une tête croate pour que Modric trouve enfin la faille.
Une force avec l’Italie
C’est simple: Donnarumma est jusqu’à présent le meilleur gardien du tournoi, de loin, et c’est tout le problème qui se dresse devant l’équipe de Suisse. Immensité de la cage? Peut-être. Mais un beau bébé de 25 ans pour l’occuper: 196 centimètres et plus de 90 kilos. De muscles. Le gardien du PSG a pourtant été la cible en France de bien des critiques: pour ses hésitations, pour son jeu au pied, pour une forme de fragilité mentale. En Allemagne, depuis le début la mi-juin, il y a un autre Donnarumma. Pourquoi?
Thierry Barnerat, expert FIFA pour les gardiens, coach personnel de Thibaut Courtois (le portier du Real Madrid), connaît l’Italien. Il explique. «La saison de Gigio au PSG a été émotionnellement complexe, lance-t-il. L’été passé, Gianluca Spinelli, l’entraîneur des gardiens qui était venu à l’époque à Paris pour rejoindre Buffon, a quitté le club. Rien de simple à gérer pour Donnarumma, ils avaient une relation forte.»
Buffon le met en confiance
Pour la petite histoire, Spinelli a quitté le PSG pour l’Inter. Il a été durant toute la saison l’entraîneur de Yann Sommer. Ce divorce a donc déstabilisé Gigio Donnarumma. Mais avec l’Italie, il est à nouveau serein. «L’équipe d’Italie a Gigi Buffon comme manager désormais, rappelle Barnerat. C’est un monument national en termes de gardien de but. Il lui a ouvert les bras, il l’a mis en confiance, la Nazionale a fait de lui son capitaine. Donnarumma est très fort, par-delà les critiques qu’il a essuyées avec le PSG.»
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La fébrilité, notamment en Ligue des champions, le jeu au pied défaillant? Thierry Barnerat balaie tout ça. «Je l’ai vu de près, durant des entraînements, lance-t-il. Gigio n’a pas de problème: pied droit, pied gauche, il est solide, précis. Le problème ne vient pas de là, mais de la pression psychologique. Parfois, il attend, pour trouver la meilleure solution, parce que c’est ce que veut le PSG. Et le souci survient à ce moment. Mais c’est quelque chose que l’on ne voit pas avec l’Italie: s’il y a un pressing, il allonge aussitôt.»
Donnarumma est fort. Mais à quel point? Thierry Barnerat analyse: «On découpe les distances pour mesurer les qualités des gardiens, précise l’expert. Au-delà de 11-12 mètres, c’est compliqué de surprendre Donnarumma. Je ne parle pas de tirs déviés. Mais d’une frappe franche. Même si elle est bien placée, il a une envergure et une poussée latérale excellentes. Il a déjà fait plusieurs arrêts spectaculaires, où il s’envole pour détourner le ballon: ce ne sont pas les plus compliqués pour lui avec ses qualités. Il y a la distance de 11 à 7 mètres environ. Là aussi il est impressionnant. Pour sa capacité à aller vite au sol.»
Cela s’entraîne. Il y a une préparation corporelle. Barnerat détaille: «Tactiquement, il est positionné avec les mains déjà proches du sol, là où un ballon piqué ou compliqué peut aller, lance-t-il. La distance est déjà réduite. On parle de connexion à ce moment. Il est très fort pour cela.»
Le secret pour le battre
Bon. Donnarumma est imbattable. Pas la peine d’essayer? Thierry Barnerat sourit. «C’est sur la dernière distance, celle de 3 à 7 mètres, qu’il est moins performant, assure-t-il. À cette distance, face à un attaquant, le gardien doit prendre le maximum d’espace en faisant la croix, jambes et bras écartés selon une technique entraînée, comme Courtois qui le fait parfaitement. Donnarumma ne maîtrise pas cela très bien, il laisse des espaces ouverts.»
La clé est peut-être là pour la Suisse face à Donnarumma: dans la courte distance. Si l’Italie garde un bloc bas, il y aura sans doute des opportunités à saisir pour gêner le portier transalpin, en prenant l’intervalle dans cette courte distance.
La solution Ndoye?
«Dan Ndoye le fait très bien, on l’a vu contre l’Allemagne devant Neuer, rappelle Barnerat. C’est le schéma de l’attaque suisse qui peut conduire à cela. Un joueur comme Granit Xhaka a la qualité pour trouver quelqu’un dans l’intervalle, justement.» Ou pour décaler un joueur qui trouvera un attaquant dans le périmètre d'inconfort de Donnarumma.
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Mais avant d’en arriver là, il aura fallu faire tout juste dans les séquences qui précéderont. Cette Italie ne fait peut-être pas rêver, elle est pleine d’imperfections, mais elle va vite en contre et la Suisse est condamnée à l’excellence pour l’emporter. Avant, dans le jeu, et, à la fin, devant Gigio Donnarumma.
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