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AboEuro 2024
Pour l’Italie, la «dolce vita» vaut mieux que la panique

Le climat est détendu autour de l’équipe d’Italie de Luciano Spalletti.
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Vu de notre petite Suisse, tout cela peut faire bizarre. L’impression que le monde y est différent, que le football a une autre valeur et qu’atteindre les quarts de finale serait tout sauf un exploit. À bien des niveaux, l’Italie n’est pas la Suisse, mais c’est quand il y a un ballon rond posté dans un coin de salle qu’on note le décalage. Et il faut peut-être traverser nos frontières respectives pour qu’on se rende vraiment compte qu’il y a une affaire culturelle avec laquelle on ne peut pas lutter.

Iserlohn, cette petite ville industrielle où crèchent 90’000 habitants, où les pavillons résidentiels ont érigé un drapeau allemand au beau milieu de leur jardin, s’est teinté de bleu azur durant cet Euro 2024. La sélection transalpine a décidé d’y installer son camp de base, et elle ne fait pas les choses à moitié, parce qu’il y a là, en périphérie du centre-ville, un gymnase transformé pour l’occasion en «Casa Azzurri». Passé les portes, on troque le bon allemand pour un accent italien de rigueur. Un traiteur importé spécialement de Rome y prépare la pinsa – un dérivé de la pizza fait spécialité de la Ville éternelle – comme nulle part ailleurs en Allemagne.

À l’intérieur, au bar, le café est consommable et la Peroni est servie: elle n’est sûrement pas la meilleure bière de la botte, mais les partenaires de la fédération italienne l’ont jugé préférable à tout ce que l’Allemagne fait de bien en la matière. C’est une petite fan zone, où l’on vend des produits dérivés de la Nazionale, où un mini-musée lui est consacré et où les tubes italiens du moment sont joués quand la sélection de Luciano Spalletti n’est pas sur l’écran. L’endroit est conçu pour attirer les expatriés du coin et pour faire en sorte que l’équipe d’Italie se sente comme chez elle. Et qu’elle n’ait pas de raison de quitter Iserlohn de sitôt.

«La Suisse plutôt que l’Allemagne»

C’est dans tout ce décor un petit peu hors du temps que l’Italie prépare son 8e de finale contre la Suisse. C’est probablement aussi ce qui lui permet de vivre une espèce de dolce vita qui la préserve de la panique. Il y aurait bien des raisons, pourtant, de l’entrevoir. Cette phase de poules sans relief, cette prestation imprésentable contre une Espagne trois ou quatre niveaux au-dessus, cette deuxième place de groupe arrachée au prix d’un but improbable de Zaccagni à la 98e minute contre la Croatie.

On aimerait penser que l’Italie craint un petit peu ce match contre la Suisse, mais non, elle a choisi de vivre tout ça assez sereinement. Elle se concentre sur elle-même et ne parle quasi-pas de son adversaire, comme s’il n’était qu’un obstacle en chemin. «Franchement, tout le monde préférait jouer contre la Suisse que contre l’Allemagne», glisse au milieu d’une discussion un des journalistes qui suit à la trace la Nazionale sur cet Euro. Il repart. Et laisse un silence. Vu comme ça, toute la confiance qu’ont accumulée Murat Yakin, Granit Xhaka et l’ensemble de la délégation helvétique pourrait s’étioler. Il vaut peut-être mieux la garder. En grattant un petit peu, l’Italie est consciente de sa fragilité.

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«Bon, j’espère déjà que Yann Sommer ne fera pas tous les miracles qu’il a réalisés cette saison avec l’Inter», sourit Stefano. Lui et ses acolytes, un groupe de Lombards débarqués en curieux à la «Casa Azzurri», doivent bien admettre que «l’Italie a été chanceuse jusqu’ici. Je pense que l’équipe de cette année est un peu inférieure aux grandes équipes.»

Le match contre la Suisse? «Est-ce que je dois parler comme un tifoso? interroge Imerio. Et bien, je pense que l’on va se réveiller.» Stefano embraye: «J’espère que la Nazionale aura cet esprit de revanche, cet orgueil pour venger le fait que la Suisse nous avait fait manquer la dernière Coupe du monde en terminant devant nous.»

Ambition et réalité

C’est une Italie à deux faces qui se prépare à entrer dans la phase finale. Celle qui constate bien qu’elle n’a pas tout maîtrisé jusqu’ici, qu’elle n’est sans doute pas au niveau de celle qui avait été sacrée championne d’Europe il y a trois ans. Elle est aussi celle qui se plaît à croire qu’elle reste l’Italie, une grande nation de football, et que la Suisse n’est pas un si gros morceau compte tenu de sa dimension.

«Je crois qu’aucune équipe n’est contente de jouer contre l’Italie, faisait remarquer le remplaçant Stephan El Shaarawy mercredi. Nous avons une grande histoire de football et il n’est jamais simple de jouer contre nous. Cela s’est vu contre la Croatie: nous ne lâchons jamais.»

La Nazionale a démontré un certain caractère, il faut lui laisser ça. Mais elle a d’autres ambitions: «Contre la Suisse, que nous savons forte, avec ses joueurs rapides et mobiles, nous voulons imposer notre jeu», revendique ainsi le défenseur Alessandro Buongiorno, dans la lignée du discours général, qui évoque dès que possible l’idée d’un football offensif et protagoniste.

À Iserlohn, Alessandro Buongiorno et l’Italie sont proches de leurs tifosi.

Sauf qu’il y a la réalité du terrain, avec cette Italie qui manque de consistance dans le jeu et qui reste friable, malgré son gardien et capitaine, l’irréprochable Gianluigi Donnarumma. La sélection italienne de 2024 n’est ni en ligne avec son idéal, ni avec la solidité qui a fait une partie de son histoire. Cela en frustre plus d’un. Et pourtant. «C’est un autre tournoi qui commence, où tout peut se jouer sur un match, et ça l’Italie sait l’appréhender», souffle Paolo, le pinsaiolo qui s’est accordé une pause clope.

L’Italie ne se fait pas une montagne de la Suisse. À tort, peut-être. Parce que les deux dernières confrontations, lors des qualifications au Mondial 2022, laissent de mauvais souvenirs, avec deux penalties manqués qui ont à chaque fois privé la Nazionale de succès. «J’espère simplement que cette fois-ci, Jorginho n’en tirera pas», appelle Stefano. Comme s’il n’y avait qu’un seul impondérable.