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AboEuro 2024
La Suisse: un quart de joie, trois quarts d’espoirs

Un bonheur suisse après une performance magistrale face à l’Italie. Les promesses sont tenues.
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Le moment de faire les comptes – et ils seront bons maintenant quoi qu’il arrive – viendra plus tard, cette Suisse qui s’élève depuis trois semaines fait crédit. À l’épicerie des bonheurs en devenir, on ne calcule plus au jour le jour, on fait ses courses en regardant plus loin. On oublie déjà Berlin, on pense à Düsseldorf, à ce quart de finale désormais, à l’Angleterre. L’Italie, balayée 2-0 parce qu’elle était trop faible, parce que la Suisse était trop forte, n’existe plus. Pâleur du mirage transalpin, piétiné, folie d’un exploit helvétique qui n’en est plus un: tout cela est devenu naturel, tout cela traduit une réalité, il n’y a rien d’accidentel.

Il faut bien sûr savourer, déguster dans le détail la douceur de l’instant. Le premier but de Freuler, la construction qui le précède, le bijou de Vargas bien sûr pour le 2-0, la maîtrise collective, le contrôle permanent, l’impression de toute-puissance laissée. Il faut nuancer aussi: jamais sans doute une équipe italienne n’aura été si pauvre dans ses propositions, c’est à garder en tête.

Mais il ne faut pas oublier de se projeter. En avant, mais également en arrière, pour observer vraiment la force de l’oscillation, pour prendre la mesure du mouvement suisse dans sa globalité.

Au-delà de l’instantané

Samedi 29 juin 2024: en huitième de finale de l’Euro, la Suisse surclasse l’Italie dans l’immensité de l’Olympiastadion de Berlin. Voilà pour l’arrêt sur image, qui laisse des étoiles dans les yeux. On peut, on doit déborder de ce cadre-là.

Que voit-on en marge de cette photographie? D’abord une équipe. Pas loin de celle qui, en octobre, était menée à Saint-Gall 1-3 par la Biélorussie à la 88e minute de jeu, pour finalement arracher un 3-3 qui avait tout du camouflet malgré le point sauvé.

Reculer le pendule, c’est ne pas oublier d’où la Suisse incroyable d’aujourd’hui surgit. Des tréfonds, du degré zéro de son réel potentiel. On pourra toujours dire que ce n’était à l’époque que les qualifications pour l’Euro, que l’équipe gérait ses efforts en plein championnat, qu’il n’y a jamais eu danger, il n’empêche: voir l’obscur Dmitri Antilevski enrhumer Manuel Akanji légitimait des doutes.

Aller jusqu’où?

Lâcher le pendule, c’est voir l’amplitude prise depuis. Et c’est se demander jusqu’où il peut aller. Autrement dit: cette équipe de Suisse qui a éliminé la France dans une rencontre homérique il y a trois ans et qui renvoie maintenant à la maison le fantôme de la Squadra azzurra peut-elle, doit-elle prétendre pour toujours à plus? Son nouveau plafond de verre est-il maintenant le quart de finale, qu’elle peut déjà faire voler en éclats samedi soir à Düsseldorf pour arriver à atteindre le dernier carré dans un tourbillon historique? Et pourquoi pas mieux encore, dans la foulée de cet été allemand?

Voir ce pendule osciller vers le haut, toujours plus haut, c’est aussi le frisson irrationnel de toutes les potentialités qui s’accumulent. Et c’est la nécessité de rester en haut, suspendu, comme si le temps s’arrêtait, comme si l’ampleur de cette performance devenait la nouvelle marque à laquelle s’accrocher.

Un avenir qui se trace

Derrière le quart de finale qui se profile, déjà, un autre mouvement en marche, qui doit tracer l’avenir de cette formation. On a là une équipe dont on mesure la qualité, la cohésion et la cohérence des intentions.

Ses forces: Xhaka en leader, tout le groupe autour de lui. Du haut de ses 129 sélections, le meilleur joueur de l’histoire suisse, le plus influent sur la durée, est le trait d’union de cette équipe. Il a autour de lui des cadres, de Sommer à Freuler en passant par Akanji, Embolo, Schär, Rodriguez ou même ce Shaqiri hors de rythme en dépit de la magie de son but contre l’Écosse.

On a une génération déjà installée autour des cadres, qui s’affirme: Aebischer, Elvedi, Sierro, Vargas, Kobel, Zakaria, Zesiger. Et on a des jeunes qui prennent déjà leurs responsabilités, qui sont presque déjà des cadres si l’on pense à Dan Ndoye, ou si l’on regarde vers le potentiel de Rieder, Amdouni, Jashari, Stergiou, Okafor s’il y trouve sa place.

Pierluigi Tami avec le sourire discret des grands jours. Pas de triomphalisme, simplement une joie. Un quart de joie, pour ce qui attend la Suisse. Et trois quarts d’espoirs dans ce cocktail que la Suisse propose.

«Je veux féliciter tout le groupe, bien sûr, a dit le directeur des équipes nationales. Je ne sais pas si cette Italie était faible. Mais je sais ce que la Suisse a fait sur le terrain, avec de l’intensité, un mental, une tactique, une technique. Je vois aussi l’esprit de ce groupe, y compris de ceux qui jouent moins ou pas du tout. Et je sens beaucoup d’énergie positive dans cette équipe. Je suis également heureux d’entendre déjà des internationaux se projeter sur le quart de finale, de les voir en grande forme après quatre matches. Nous avons pris des mesures après le Mondial au Qatar, où nous sommes arrivés au quatrième match en n’étant pas au top physiquement, avec plusieurs joueurs malades. Ici, ce n’est pas le cas. La tête et les jambes vont bien.»

Et le contrat de Yakin?

La Suisse s’est posée dimanche à 13 heures à Stuttgart. Régénération pour ceux qui ont joué, petit entraînement pour les autres dans leur repaire de Waldau. Tout le monde a congé demain, les choses sérieuses reprennent mardi pour le groupe. «C’est important, ce jour libre, dit Tami. Pour que les têtes se vident des émotions, pour nous concentrer ensuite, dès mardi, sur le quart de finale.»

Sérénité, confiance: la Suisse ne s’inquiète même pas du futur de Murat Yakin, en fin de contrat après cet Euro. Il se murmure qu’il aurait une proposition très alléchante d’un club des Émirats arabes unis. La rumeur parle de 4 millions par année, deux ans de contrat à la clé. Pierluigi Tami sourit: «Ce ne sont pas des chiffres sur lesquels l’ASF peut s’aligner, lance-t-il. Je ne sais même pas si c’est vrai, ce sera à Murat Yakin de nous le confirmer ou pas le cas échéant. Mais les choses sont claires depuis le début du tournoi: nous ne sommes concentrés que sur cet Euro. Murat le premier. Nous ne parlerons ensemble qu’après, nous ne perdrons pas d’énergie avant.»