«Ce succès de l’équipe nationale nous a redonné notre fierté»

Euro 2016Rencontre à Paris avec l’ambassadrice d’Islande Berglind Asgeirsdottir, qui analyse et salue le parcours de l’équipe de son pays

Les fans chavirent de bonheur à Reykjavik lors de la victoire sur l’Angleterre en 8e de finale

Les fans chavirent de bonheur à Reykjavik lors de la victoire sur l’Angleterre en 8e de finale Image: EPA

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Mme Berglind Asgeirsdottir est ambassadrice d’Islande à Paris. Elle est aussi représentante de son pays pour l’Espagne, l’Italie, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, Andorre, le Liban, Monaco, Djibouti et, en plus, cette spécialiste des affaires sociales et de santé est ambassadrice à l’OCDE, à l’Unesco et au Conseil de l’Europe à Strasbourg.

«Je porte une douzaine de chapeaux à la fois», sourit-elle en ouvrant une fois de plus la porte à un représentant de ces médias qui la sollicitent sans cesse ces derniers jours. Le travail ne lui fait pas peur, et la comparaison est vite faite avec les footballeurs de l’infatigable équipe nordique qui créent la sensation à l’Euro.

Madame l’ambassadrice, comment vivez-vous ces heures de passion autour de l’équipe de votre pays?

A l’ambassade, nous travaillons jour et nuit, week-end compris, pour répondre aux sollicitations. Avant l’Euro, nous nous étions préparés à ce que 10% de notre population arrive en France, pour faire face aux demandes consulaires, aider en cas d’accidents, d’incidents, de maladie, de pertes de passeport. Mais ce n’est pas sur ce plan-là que nous avons beaucoup de travail, car les Islandais sont venus souvent avec des enfants, ils sont calmes et se comportent bien. Ce n’est pas étonnant: la violence est presque inconnue en Islande. Non, le travail, c’est la réponse à donner aux questions sur nous, notre identité, sur la situation économique, sur les clés de ces succès sur le terrain. Il y a des effets amusants: le 23 juin, en Islande, il y avait élection présidentielle, mais, à cause de la victoire en football, beaucoup de citoyens sont restés en France et sont venus voter massivement chez nous. Il y avait des files imposantes à l’ambassade! Comment gérez-vous cet intérêt soudain et massif pour votre pays?

Nous répondons favorablement à toutes les demandes d’interviews car c’est une promotion formidable pour notre pays. J’explique aux médias que l’Islande va mieux, qu’elle a une croissance de 5% et un chômage entre 3 et 4%. Nous avons aussi réduit la dette. En fait, je crois que la crise de 2008, avec la faillite des banques, nous a rendus furieux contre nous-mêmes. Nous n’avions pas vu ce drame venir et nous avons perdu toute confiance en nous-mêmes. Avec ces victoires en football, elle revient.

Cette équipe avait-elle au fond du cœur le choc de 2008, l’envie de sortir de là?

Oui, sans doute. Nous revoilà, nous sommes là, sur la scène internationale, nous laissons derrière nous les années difficiles et notre honte de ne pas avoir vu venir la chute économique de 2008. Nous repartons d’un bon élan, d’autant plus que nous avons mis quelques banquiers en prison, ce que peu de pays ont osé faire. Mais on parle quand même encore de la crise tous les jours dans les médias. Ce succès en football nous redonne notre fierté. Nous nous sentons bien. Nous, les gens du Nord, nous sommes réservés par nature. Mais regardez au stade, les poitrines en avant, les gens démonstratifs, ouverts, qui chantent. Et ce reporter qui a tellement montré ses émotions, incroyable; je crois que depuis 2007, avant la crise, jamais les Islandais n’ont été aussi heureux.

Le football fait donc des miracles?

Nous étions divisés, après la crise chacun cherchait des respon­sables, maintenant nous sommes de nouveau un peuple. Quel que soit le résultat, dimanche, de France?-?Islande, nous avons avancé à un point que nous n’osions imaginer. Mais il y a une logique. C’est la première génération qui peut jouer au foot toute l’année grâce aux installations qui se sont multipliées chez nous. Mais cela va plus loin: je crois aussi qu’en Islande on mange sainement, il y a une conscience écologique, on a du bon poisson, le meilleur agneau, une eau pure, un air magnifique. Et deux coaches formidables! Nous sommes formés par la nature, nous avons des éruptions, des séismes, des avalanches, les Islandais ont survécu 1200 ans dans une extrême dureté. On ne lâche pas, jamais, notre persévérance est formée par cette nature, on est élevés comme ça. Et n’oubliez pas: les filles et les garçons, chez nous, jouent au football. L’équipe féminine s’est qualifiée en 2009 déjà pour le tour final du Championnat d’Europe. Nous sommes Nos 1 de la parité hommes-femmes depuis vingt ans. Mais vous savez, après 2008, nous étions tous sur le même bateau. Pas une seule grève malgré l’austérité, bien que les salaires ne puissent pas être augmentés. Quand on vit dans ce pays, où l’on parle une langue que personne d’autre ne parle, on a une identité claire. Et là, à l’Euro, chaque joueur est un ambassadeur de l’Islande, pas que du football.

On compare vos joueurs aux Vikings. Cela vous convient?

Bien sûr! Le bouh et les mains qui claquent, dans les gradins, on dirait qu’on se prépare pour une guerre, c’est fort. On croit qu’ils sont 30?000 et ils sont 6000. De cela aussi je suis fière: 12?000 Islandais dans une ville française, pour un match, et rien, pas un incident.

N’y aurait-il pas une recette islandaise pour le succès et la solidarité, l’épanouissement?

Les Islandais sont bons en sport, mais aussi en musique, en littérature, notamment. Je crois que notre système scolaire y est pour beaucoup. Nos enfants passent beaucoup moins de temps à l’école que ceux des autres pays. Ces horaires allégés leur permettent de faire de la musique, du sport. Il y a aussi, chez nous, peu de gens qui fument, nous avons mené des campagnes qui faisaient peur, mais aussi qui véhiculaient un message positif. Si tu veux être bon en sport, tu ne fumes pas. Et si tu es bon en sport, tu ne fumes pas. Là aussi le sport nous a aidés.

A quelle fête doivent s’attendre les joueurs après leur Euro, au retour au pays?

Je ne sais pas. Mais ce sera énorme. Tout le peuple sera là.

Créé: 01.07.2016, 06h48

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