«Tous les Portugais ont une opinion sur le foot»

EurofootLa Selecção affronte ce mercredi soir le Pays de Galles. L’occasion pour la diaspora de se rassembler autour d’un sport qui participe à la construction de l’identité nationale.

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Mercredi soir, pratiquement tous les Portugais d’ici comme d’ailleurs vont avoir les yeux rivés sur la demi-finale de l’Eurofoot. Leur chère Selecção y affrontera le Pays de Galles. Un événement à ne manquer sous aucun prétexte pour tout individu ayant du sang portugais. «Le football est une passion pour la plupart de mes compatriotes, explique Antonio Da Cunha, professeur à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’UNIL et président de la Fédération des associations portugaises de Suisse. A la télévision portugaise, il y a tous les jours des émissions qui parlent de ce sport et pas uniquement pendant l’Euro. On a même des philosophes du foot! Il occupe une place énorme dans la société. Tout le monde à une opinion sur le sujet.»

Bien qu’Antonio Da Cunha soit le premier à admettre que le ballon rond n’est finalement qu’un jeu, il constate que la plupart des Portugais en parlent avec sérieux et gravité. Une défaite ce mercredi soir serait vécue comme un drame national. «Nous sommes encore traumatisés d’avoir perdu en finale de l’Euro 2004 contre la Grèce. Au Portugal, il y a des petites querelles territoriales entre les différentes équipes régionales, mais tout le monde soutient la Selecção. Elle participe à la construction de l’identité nationale. Nous sommes un tout petit pays qui peut faire des merveilles avec un ballon au pied.»

Jeu moins spectaculaire

Un avis partagé par Leticia Carvalho, chanteuse ayant participé à The Voice Portugal en 2015 et dont le premier single vient de sortir: «Ce sport est ancré dans nos valeurs dès notre plus jeune âge. Pour les Portugais, regarder le football est un moment de partage très important. Cela me permet de revoir des amis d’enfance et de me retrouver en famille.»

Et que penser du parcours du Portugal lors de cet Euro 2016? Fernando Martins da Silva, économiste en chef de la BCV et binational, analyse: «Nous avons une équipe qui joue techniquement très bien, individuellement. Le jeu manque toutefois de vitesse à mon goût, il n’est pas flamboyant comme pouvait l’être l’équipe du Portugal d’il y a dix ans, celle de Figo. Il n’y a pas assez de rythme, notamment entre les milieux de terrain et les attaquants. Cela manque de lien.»

Un jeu carrément barbant, de l’avis de certains spécialistes… Antonio Da Cunha tempère: «La Selecção joue de manière moins spectaculaire qu’auparavant, elle est certes plus modeste mais aussi plus efficace. L’équipe est un savant mélange de jeunes recrues pleines d’énergie et de talents confirmés.» Olivier Custodio Da Costa, capitaine du FC Lausanne-Sport, analyse: «L’équipe du Portugal a effectivement un jeu plus défensif que d’habitude, mais de manière générale, cet Euro n’est pas spectaculaire.»

La victoire sera-t-elle au rendez-vous? «Forcément, même si le Pays de Galles a de très bons joueurs, admet Antonio Da Cunha. A l’image du fado (ndlr: chant mélancolique portugais), la victoire doit être obtenue dans la souffrance. Les joueurs vont devoir mobiliser leurs dernières énergies pour gagner.» Olivier Custodio Da Costa de conclure: «Le match va être difficile et il va se jouer dans les détails. Si Ronaldo est dans un bon jour, il peut faire la différence.»


La Selecção ne brille pas, son sélectionneur s’en accommode très bien

Le Portugal n’a jamais brillé dans cette compétition, mais il est toujours en lice. D’ailleurs, à chaque fois que la question de la qualité revient dans la discussion, le sélectionneur Fernando Santos y apporte une réponse qui se veut imparable: «Nous ne sommes pas ici pour être beaux ou laids, nous sommes là pour bien faire.» Ce qui se résume par l’obtention des résultats nécessaires. Même si, comme c’est le cas des Portugais, on peut se retrouver en demi-finale de l’Euro sans avoir gagné – dans le temps réglementaire du moins – aucun des cinq matches disputés.

Fernando Santos n’hésite pas à pousser le bouchon encore un peu plus loin: «Si nous pouvons être champions d’Europe uniquement avec des matches nuls, on ne s’en privera pas.» Et on le croit volontiers. Arrivé en cours de qualifications (en remplacement de Paulo Bento), l’«ingénieur» reste à ce jour invaincu avec la Selecção (12 matches). Solide sur ses bases – où un excellent Pepe veille –, patiente, agressive, son équipe guette le bon moment pour frapper. C’est donc souvent à l’arraché qu’elle parvient à faire quelques différences. Et c’est peut-être ainsi qu’elle s’apprête à obtenir le meilleur résultat de son histoire. Et tant pis pour ceux qui avaient apprécié son parcours 2004, avec une génération dorée (Figo, Rui Costa, Paulo Sousa) qui pensait alors très fort que, devant son public, elle pourrait accéder à la reconnaissance continentale.

Mais, cette année-là, la Grèce version Rehhagel avait fait pleurer beaucoup de monde. Fernando Santos s’en souvient d’autant mieux qu’il avait lui-même assuré le relais de l’Allemand à la tête de la sélection grecque (2010-2014). Alors oui, le pouvoir de séduction de ce Portugal 2016 est limité, malgré la présence – plutôt discrète et contrariée – de Cristiano Ronaldo et malgré l’éclosion de Renato Sanches (18 ans, Benfica), que le Bayern ne doit pas regretter d’avoir recruté. François Ruffieux

(24 heures)

Créé: 06.07.2016, 06h47

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Leticia Carvalho, Chanteuse

Votre joueur préféré?

«Ricardo Quaresma a du talent, il beaucoup donné pendant cette compétition. Bien entendu, je suis aussi fan de Cristiano Ronaldo.»

Où regarderez-vous le match?

«A la fan zone d’Ouchy. C’est plus chouette de le regarder sur grand écran. Je suis sûre que l’équipe portugaise va tout donner et remporter le match de ce soir.» La jeune femme ose avancer un score: «2 à 1 ou 1 à 0. Il faut se méfier du Pays de Galles!»

Antonio Da Cunha Président de la Fédération des associations portugaises de Suisse

Votre joueur préféré?

«Renato Sanches. Il joue au foot avec une fraîcheur incroyable. Il est inventif, il est partout. On dirait qu’il joue au foot de rue.»

Où regarderez-vous le match?

«Chez moi, avec mon fils et quelques amis. Nous sommes prêts à donner toute notre énergie à nos joueurs pour qu’ils gagnent! Si c’est le cas, je sors faire la fête avec tout le monde, sinon je reste chez moi et je bois un dernier verre.» La gueule de bois du lendemain sera donc plus ou moins festive…

Fernando Martins da Silva, Economiste à la BCV

Votre joueur préféré?

«Renato Sanches, auteur du but égalisateur contre la Pologne en quart de finale la semaine dernière.»

Où regarderez-vous le match?

Hasard du calendrier, l’économiste est au Portugal aujourd’hui: «Je verrai le match chez mes parents, à Lisbonne. L’équipe de Ronaldo peut accéder en finale, pour autant qu’elle ne prenne pas de but en début de rencontre, et cela quand bien même je trouve le Pays de Galles plus combatif.»

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