La Suisse de Petkovic, la France de Deschamps: le choc!

Euro 2016 La finale du groupe A de l’Euro a lieu ce dimanche à Lille. C’est l’heure de vérité pour tout le monde.

Vladimir Petkovic et Didier Deschamps: c’est aussi l’affrontement entre un entraîneur sans grande carrière de joueur et un autre dont le seul nom est synonyme de succès.

Vladimir Petkovic et Didier Deschamps: c’est aussi l’affrontement entre un entraîneur sans grande carrière de joueur et un autre dont le seul nom est synonyme de succès. Image: AFP/AP

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Aux calculs, laissons les épiciers. A la veille d’un Suisse-France qui mobilise toutes les passions, il en va du prestige comme des ambitions: c’est non négociable! Les Tricolores sont déjà qualifiés, les Suisses sans doute aussi, avec quatre points au pire. Mais c’est justement ce pire-là, fatalité des âmes basses, qui s’inscrit comme une verrue sur le possible devenir d’une équipe.

Pour glorieuse qu’elle fût, à la fin de novembre 2014 et raquette à la main, la Suisse du tennis a tracé des repères lumineux à Lille, face à la France justement, raflant la Coupe Davis. Deux ans plus tard, c’est dans le même théâtre – le Stade Pierre-Mauroy – que les deux voisins s’affrontent à nouveau. Autre sport, autres vérités, mais avec cette idée peut-être que sur cette terre, la Suisse ne part pas forcément battue. Et que cette première place du groupe, en cas de succès à Lille, est parfaitement envisageable.

C’est d’ailleurs le message de tout un groupe. C’est surtout celui de Vladimir Petkovic, le sélectionneur de cette équipe nationale en quête d’absolu. Ce choc contre la France, c’est le sien aussi, sinon d’abord, pour plusieurs raisons. Et la première, il l’a laissée glisser de sa bouche il y a deux jours. Quand il a évoqué l’intérêt pratique à terminer en tête, pour la suite du tournoi, mais aussi pour le prestige.

Le mot est lâché. Il était précédé depuis quelques semaines déjà par ce leitmotiv repris à l’envi par Petkovic: «Ecrire l’histoire.» Si ce Suisse-France est un choc, c’est aussi parce qu’il réunit deux sélectionneurs que tout oppose. Jusqu’aux résultats, jusqu’à la reconnaissance. Jusqu’au prestige, justement. Petkovic contre Deschamps, c’est l’affrontement entre un entraîneur sans carrière de joueur, ou si peu, sans titre majeur non plus, mis à part une Coupe d’Italie qui ne déchaîne pas les passions, et un autre dont le seul nom est synonyme de crédibilité. C’est donc aussi le choc entre deux personnalités. Il faut voir pourquoi.

Deschamps vu par Karembeu</p>

Qui est Didier Deschamps? Réponse simple: un meneur. Il l’était en tant que joueur, il a d’ailleurs tout gagné sur le terrain, des championnats (France, Italie), au Mondial 98 et jusqu’à l’Euro 2000. Il est ensuite un entraîneur à succès, pour avoir fait remonter la Juve en Serie A ou pour avoir offert son dernier titre à l’Olympique de Marseille, en 2010.

Mais derrière le palmarès, qui est-il? Christian Karembeu, issu du centre de formation de Nantes comme Deschamps, champion du monde avec lui, le connaît par cœur. «C’est un modèle, lance l’ex-Servettien. Dès 16 ans, il a intégré le groupe pro de Nantes et était immédiatement le leader du groupe. C’est quelqu’un d’intelligent, qui a un grand sens de la tactique. Il a toujours été, partout, le relais naturel de l’entraîneur sur le terrain. Il sait guider des hommes parce qu’il impose d’emblée le respect. Et parce qu’il est prêt à tous les sacrifices pour gagner. Il a été élevé dans cette culture-là. Celui qui cesse d’être bon ne peut pas devenir excellent. Alors quand il faut trancher, il tranche. C’est ce qu’il a fait avec Benzema: à un moment, il y avait plus d’intérêt à protéger le groupe qu’à se battre pour convoquer Benzema. Il est comme cela: pragmatique et efficace.»

Suffisamment solide aussi pour faire face aux polémiques parfois sordides qui ont pollué et polluent encore le ciel Bleu? «Il est humain, cela le touche, assure Karembeu. Mais il est très solide, oui. Dans cette aventure de l’Euro, il peut aller au bout, c’est possible. Mais je ne parle pas ici d’un ticket Deschamps-équipe de France. Non, avec lui, cela forme un tout. Il est une partie de l’équipe, même sans être sur le terrain.»

Deschamps, un roc, naturellement sur un piédestal de part son autorité personnelle.

Petkovic veut se faire un nom

Dimanche, sur le banc d’à côté, il y aura donc Vladimir Petkovic. L’homme a succédé à Ottmar Hitzfeld, une sorte de Deschamps pour le prestige immédiat qu’il dégage. Rien de tout ça pour le sélectionneur de la Suisse. Par le passé, il s’est plaint de ne pas voir la Suisse soutenue par tous, dans une forme d’union sacrée. Il est vrai qu’on lui pardonne moins qu’à un Deschamps, sans doute. Et que cela lui pèse.

Xavier Hochstrasser (ex-Servette, ex-LS) a joué trois ans sous ses ordres à Young Boys. Qui est ce Vlado Petkovic? «D’apparence, il donne l’impression d’être assez froid, réservé, explique-t-il. Il est dur à cerner, peut-être parce qu’il se préserve. On peut parfois rire avec lui, mais en dehors du terrain seulement. Alors oui, devant un groupe ou devant la sélection suisse, il ne peut pas avancer un palmarès qui force le respect comme Didier Deschamps. Mais il est très intelligent, il explique remarquablement bien ce qu’il veut sur la pelouse et en fait, il gagne toute sa crédibilité en imposant ses idées. Ses deux qualités phares: le sens tactique et la volonté de jouer.»

Soif de reconnaissance ou simple foi toute humble dans ses idées de jeu? Un peu des deux sans doute pour Vladimir Petkovic.

Si la Suisse réalise une performance de premier choix contre la France, dimanche, tout le monde en sortira grandi dans le clan helvétique: les joueurs comme le sélectionneur. Et cette idée d’«écrire l’histoire», même sans s’appeler Deschamps, pourrait vivre et grandir elle aussi…


Xhaka a le vent en poupe

Poste: milieu de terrain.

Age: 23 ans. Taille: 185 centimètres.

Club: Arsenal.

Valeur de transfert estimée: 38 millions de francs. Mais Arsenal a déboursé 45 millions de francs pour s’assurer ses services.

Parcours professionnel: FC Bâle, Borussia Mönchengladbach, Arsenal (pour la prochaine saison).

Palmarès: champion de Suisse en 2011 et 2012. Coupe de Suisse en 2012. Champion du monde des M17 avec la Suisse en 2009.

Son style: milieu défensif, organisateur du jeu, il a éclaté à Mönchengladbach grâce à Lucien Favre. Xhaka a un pied gauche magique, il a surtout un sens de l’anticipation et profite de sa lecture du jeu pour faire la différence. Alors que Hitzfeld le faisait jouer avec la Suisse contre nature en No 10, Petkovic l’a replacé à sa vraie place, en No 6 qui dicte le jeu.

La forme du moment: Xhaka va bien. Lors des deux premières rencontres de cet Euro, il a été par deux fois élu homme du match. On aurait plutôt pensé à Sommer pour le premier, mais il était indiscutablement le meilleur suisse contre la Roumanie. Débarrassé d’Inler, le futur milieu d’Arsenal semble prendre du volume maintenant qu’il est enfin placé à son poste de prédilection. Tous les bons ballons passent par lui. Xhaka a le vent en poupe et, pour avoir été champion du monde des M17 en 2009, il insuffle de hautes ambitions à cette Suisse qui en a besoin pour avancer.

D.V.


Pogba est sous pression

Poste: milieu de terrain.

Age: 23 ans. Taille: 191 centimètres.

Club: Juventus.

Valeur de transfert estimée: 76 millions de francs.

Parcours professionnel: Manchester United, Juventus.

Palmarès: champion d’Italie en 2013, 2014, 2015, 2016. Coupe d’Italie en 2015, 2016. Champion du monde des M20 avec la France en 2013.

Son style: il est le milieu de terrain moderne type. Didier Deschamps l’utilise comme coordinateur et relayeur en équipe de France, où il est moins offensif qu’à la Juve. Doué techniquement, il peut éliminer ses adversaires sur un dribble. Il est surtout très puissant et impose un impact physique à ses adversaires. Grosse frappe de balle.

La forme du moment: Pogba est au cœur d’une polémique. Son énorme ego aurait mal supporté d’être égratigné et mis sur la touche après sa piètre performance contre la Roumanie. Malaise dans le clan tricolore? Cela a pris la forme d’un bras d’honneur que le Français a asséné en direction de la tribune principale (à la presse?) lors du match contre l’Albanie après le but de Payet et la victoire chichement acquise. Il était entré en cours de jeu. Il a expliqué que ce geste n’était pas un bras d’honneur mais une… sarabande (sic), ce qu’une partie de la presse française fait semblant de croire, pendant que l’autre excuse le geste ou le minimise. Pogba est sous pression.

D.V.

Créé: 17.06.2016, 20h31

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Le poker menteur a déjà commencé

Ce Suisse-France de dimanche s’annonce forcément chaud. Et dans les deux clans, le poker menteur a déjà commencé. Quels seront les choix des deux sélectionneurs pour cette rencontre, quels titulaires?

Côté tricolore, une certitude: avec six points, la France est déjà assurée de disputer les huitièmes de finale, qualifiée à l’une des deux premières places du groupe. Didier Deschamps en profitera-t-il pour faire tourner son groupe. En réalité, il a déjà commencé contre l’Albanie, laissant Griezmann et Pogba sur la touche au début. Reste surtout à savoir comment le sélectionneur des Bleus a accueilli le bras d’honneur de son milieu de terrain à la fin du match contre l’Albanie. On rappelle que Deschamps a prôné l’exemplarité des Bleus quand il a pris la sélection en main. Mais il pourrait bien ranger ses principes de côté – pragmatique comme toujours – et faire mine de croire aux excuses «sarabandesques» de sa star pour lui redonner sa place de titulaire. Griezmann aussi devrait retrouver la sienne. En revanche, Giroud pourrait céder la sienne à Gignac. Au milieu, Cabaye et Sissoko pourraient aussi être présents au côté de Pogba, tandis que Jallet et Digne remplaceraient Sagna et Evra. Beaucoup de changements ou désinformation savamment orchestrée par Deschamps. A voir…

Dans le clan suisse, il y a sans doute des possibilités aussi. Mais si la Suisse veut vraiment jouer la première place du groupe, elle aura besoin de ses meilleurs joueurs. On doute que Petkovic se prive de son capitaine Lichtsteiner, même si ce dernier est loin d’être irréprochable. On imagine aussi qu’il gardera sa confiance à Shaqiri. Reste à savoir si un Seferovic inefficace devant le but ne sera pas remplacé par Embolo à la pointe de l’attaque. Enfin, le genou régulièrement douloureux de Behrami, lorsque les matches s’enchaînent, pourrait aussi pousser Petkovic à revoir ses plans au milieu.

De plus, le sélectionneur pensera-t-il aussi à la gestion des cartons? Behrami, Schär, Xhaka et Embolo en ont déjà un. Un second jaune dimanche et ils seraient suspendus pour le huitième de finale (les cartons ne sont remis à zéro qu’au stade des quarts de finale).

Vladimir Petkovic veut battre la France, mais à quel prix? On le saura dimanche soir, quelque 75 minutes avant le coup d’envoi de 21h.
D.V.

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