Des conditions de jeu indignes d’un tel tournoi

FootballLa pelouse des stades de Marseille et Lille est dans un état catastrophique. «Désolant», estime le sélectionneur français Didier Deschamps. Mais comment en est-on arrivé là?

Sur la pelouse de Lille, les appuis des joueurs étaient des plus précaires.

Sur la pelouse de Lille, les appuis des joueurs étaient des plus précaires. Image: REUTERS

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C’est un peu comme si vous demandiez aux danseurs du Béjart Ballet de s’exprimer dans une cour en gravier. Glissades incessantes, changements de direction presque impossibles, comment jouer au football lorsque les appuis se dérobent en permanence et que chaque initiative contient sa part de hasard? A Lille, dimanche soir, pour le match Suisse - France, les conditions ont atteint des sommets de médiocrité, prétéritant largement la qualité du spectacle. «Les joueurs ont beaucoup de mérite. Je ne sais pas qui est responsable de quoi, mais ce qu’on voit est désolant.» Sélectionneur de l’équipe tricolore, Didier Deschamps était fâché. Il n’était pas le seul.

Quelques jours plus tôt, à Marseille, lors de France - Albanie, les deux équipes avaient déjà souffert de l’état de la pelouse du Stade Vélodrome. Deschamps avait alors parlé de «désastre». Comment en est-on arrivé là? Comment l’UEFA, devenue une véritable entreprise de sport business, a-t-elle pu laisser la situation se dégrader ainsi? Et existe-t-il un moyen d’apporter quelques corrections d’ici à la fin du tournoi?

Il faut d’abord savoir que quatre systèmes différents ont été utilisés dans les dix stades de l’Euro. Et encore que sept des dix pelouses sont hybrides, c’est-à-dire qu’elles mélangent gazon naturel et fibres synthétiques. A Lyon, Paris (Parc des Princes) ou Bordeaux, par exemple, les terrains sont impeccables. En revanche, Marseille et Lille font clairement figure de mauvais élèves. «Il s’agit là de pelouses plaquées», explique Pierre-Yves Bovigny, enseignant à la Haute Ecole de paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève, également responsable du contrôle des terrains pour l’Association suisse de football.

«C’est-à-dire que l’ancienne a été enlevée un mois avant la compétition, puis on a déroulé la nouvelle. Il y avait alors deux options: soit une pelouse peu épaisse mais qui va s’enraciner, soit un substrat plus épais (25 à 35 mm), qui tient par son propre poids et permet de jouer rapidement, mais s’enracine très difficilement. C’est en l’occurrence le problème constaté.» Avec d’autres facteurs comme «des stades hauts et fermés qui laissent passer peu de lumière.» La météo exécrable du mois de mai n’a pas aidé. «La qualité de la maintenance peut aussi contribuer à faire des différences. Je suis d’ailleurs étonné que l’UEFA ait laissé la situation en arriver là.»

Une bataille s’engage

Malgré la luminothérapie et le chauffage existant sur tous les terrains, le délai était manifestement trop court pour les deux villes incriminées. Lundi, en réaction à la pluie de critiques qui s’abattait sur eux, les responsables locaux des différentes pelouses de l’Euro – regroupés sous le label «Société française des gazons» – ont renvoyé la balle dans le camp de l’UEFA, via un communiqué dans lequel ils mettent en cause le consultant irlandais choisi par l’organisateur. «Ces acteurs (français) ne sont nullement responsables de l’incompétence et du sabotage de mercenaires mandatés pour l’occasion (par l’UEFA, qui a exigé le changement des pelouses de Lille, Marseille et Nice)», écrivent-ils sèchement. Dans la bataille qui vient donc de s’engager, il apparaît notamment que le fournisseur autrichien des nouvelles pelouses n’aurait pas assuré des conditions de transport adéquates, lesquelles auraient ainsi altéré la qualité des rouleaux livrés.

A Lille, avant la rencontre, la pelouse a même été… peinte en vert, retouche cosmétique destinée au confort visuel des téléspectateurs. Mais les apparences n’ont pas résisté bien longtemps aux figures bien involontaires des acteurs. «C’est dur de jouer notre foot sur un terrain comme ça», admettait le défenseur français Adil Rami au terme de la rencontre. Il ajoutait, mi-amusé mi-agacé: «C’est dur aussi pour les jardiniers. Je le sais. Je l’ai été.» Rami s’était en effet occupé des espaces verts de la ville de Fréjus, au temps où il jouait encore chez les amateurs. Reste à savoir dans quelles conditions va se dérouler la seconde partie de l’Euro, avec encore plusieurs matches prévus à Lille ou à Marseille. «Ces terrains pourront être régénérés, mais c’est tout, note Pierre-Yves Bovigny. En quelques jours, la situation va donc s’améliorer un peu. La pelouse aura un meilleur aspect. Mais il ne faut pas s’attendre à un miracle.»

Créé: 20.06.2016, 20h59

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