Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

Saint-Julien-en-GenevoisEurythmics aux portes de Genève. Interview avec Dave Stewart

Dave Stewart lors du concert d’introduction de Eurythmics au Rock & Roll Hall of Fame en novembre 2022 à Los Angeles.
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

Événement dimanche 21 juillet à Saint-Julien-en-Genevois. En tête d’affiche de Guitare en Scène, une vieille connaissance revient dans la lumière. Sans Annie Lennox, retraitée des tournées, Dave Stewart rejoue Eurythmics, fleuron britannique issu de la vague new wave des années 80, groupe populaire comme l’ont été en même temps que lui Duran Duran, Simple Minds ou Tears for Fears. Qui, aujourd’hui, pour remplacer l’inimitable Lennox? L’Australienne Vanessa Amorosi, née en 1981, année du premier album du duo britannique.

Dave Stewart avec Eurythmics, ce sont huit années d’une carrière personnelle qui, elle, est longue de quatre décennies. De 1981 à 1989, le duo compose l’essentiel de son œuvre, cette liste impressionnante de tubes, «Love is a Stranger», «Here Comes the Rain Again», «There Must Be an Angel», «It’s Alright (Baby’s Coming Back)», «The Miracle of Love»… Point culminant de ce répertoire conçu à deux, Dave à la production, Annie à l’écriture des paroles: l’entêtant «Sweet Dreams» en 1983.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

Eurythmics se sépare en 1992, se retrouve en 1999 pour un ultime album studio, «Peace». Dernière tournée commune, hormis des retrouvailles éclair, en 2022, pour l’introduction du groupe au Rock & Roll Hall of Fame. Entre-temps, Annie Lennox a embrassé la carrière solo que l’on sait, énorme succès avec «Why» puis «Walking On Broken Glass» et «No More ’I Love You’s’», somptueuses années 90, Lennox s’épanouissant dans les vocalises soul.

L’ombrelle de Françoise Hardy

Et Dave Stewart? C’est en France, son principal pays d’accueil du temps de Eurythmics déjà, d’abord Fréjus puis Paris, dans le quartier de Montparnasse (lorsqu’il n’est pas à Nashville ou aux Bahamas), que le multi-instrumentiste fonde les Spiritual Cowboys, premier jalon discographique en 1990. S’il a moins marqué les esprits que le travail solo de sa consœur, le répertoire de Stewart n’en reste pas moins prestigieux, onze albums studio à ce jour, des musiques de films et maintes collaborations avec le gotha du rock. Mieux que ce tour chez Bob Dylan pour «Knocked Out Loaded», sans doute le moins intéressant de tous les disques du songwriter américain, on retiendra sa participation à «Primitive Cool», deuxième album solo de Mick Jagger.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

Les liens entre Dave Stewart et la scène hexagonale ne sont pas fortuits. «Vous avez vu le film «Billy Elliot»? La ville de mon enfance se trouve à dix miles de là, dans le comté de Durham. Ce n’est pas dans le nord de l’Angleterre que j’allais m’initier à la chanson française. Mais il se trouve que mon frère aîné ramenait des vinyles. Il y avait les Stones. Il y avait aussi cette pochette de disque, une jeune femme sous une ombrelle, Françoise Hardy. Cette image me fascinait. Alors j’ai suivi toute la chanson des années 60, puis 70 ensuite, Dutronc bien sûr, et 80, Les Rita Mitsouko, KaS Product… Cette faune parisienne m’attirait, j’aimais leur attitude unique avec laquelle ces artistes portaient une chanson.»

Sombre dystopie

Outre la rencontre avec Annie Lennox, en 1976 à Londres, avec qui Stewart jouera d’abord au sein de The Tourists, un artiste en particulier prodigue ses conseils au jeune homme. De nationalité allemande, Conny Plank (1940-1987) a travaillé pour la Neue Deutsche Welle, la «nouvelle vague allemande», avec Kraftwerk et D.A.F. notamment, références essentielles pour des générations à venir de musiciens, et collaborera avec Brian Eno, le père de l’ambient.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

«Conny Plank s’intéressait à l’électronique française. Un nouveau duo, originaire de Londres? Ça ne pouvait que l’intéresser. Qu’importait la langue, le feeling restait le même. C’est lui qui m’a donné la confiance nécessaire pour à mon tour produire notre musique.» Conny Plank réalisera le premier album de Eurythmics, «In The Garden», en 1981. Le style? «Very dark dystopian european song» – de la chanson européenne très sombre et dystopique.

L’ascension du duo correspond à l’avènement de MTV, première chaîne télé diffusant pour l’essentiel des clips vidéo. La paire en fera un usage efficace, proposant une imagerie inhabituelle, entre provocation et décadence, principalement grâce à la figure androgyne d’Annie Lennox, cheveu court et tenue «masculine» alternant avec robes et perruques du Siècle des Lumières.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

Eurythmics, un groupe queer avant l’heure? Dave Stewart: «Presque. Ou, plus précisément, gender bender. Nous jouions avec les genres. Mais les chansons ne parlaient pas vraiment de ça. On jouait des rôles, sur comment doit ou peut être une femme, un homme. Je campais une sorte de personnage mystérieux et sombre. Annie changeait sans cesse, et cela valait comme une affirmation. En tous les cas, nous restions égaux, Annie et moi.»

Revenir sur les grandes années de Eurythmics, c’est constater combien le contexte a changé depuis. Les années 80 étaient-elles plus libres? «Le XXIe siècle est coincé», concède Dave Stewart. Mais s’il faut se rappeler une décennie particulièrement ouverte, alors autant remonter aux Sixties: «La moitié du public se promenant nu, les actions contre la guerre. Rien à voir avec les années 70, plus sombres, marquées par une politique sociale plus dure, avec la montée du racisme, de l’extrême droite, tel que le Front national en France. Lorsque arrivent les années 80, il y a eu l’émergence du queer, des artistes tels que Boy George, ceci dans un mouvement de nouveaux romantiques, dont faisait partie Eurythmics. C’était en quelque sorte un retour aux années 60.»

Corruption industrielle

Des années 2000, Dave Stewart déplore cette industrie musicale devenue «verticale», misant sur trois ou quatre figures occupant les sommets, à l’exemple de Taylor Swift. Conséquence? Entre l’émergence et les hypervedettes, il y a cette classe intermédiaire de musiciens, dans laquelle l’industrie n’investit plus.

«Avec internet, nous avons des centaines de programmes radio choisis par une seule personne. En résulte une marginalisation progressive des artistes indépendants. Jamais l’industrie musicale ne s’est autant immiscée dans la réalisation des albums. Nous sommes loin du «Hunky Dory» de David Bowie, de «Harvest» de Neil Young et «Transformer» de Lou Reed, trois chefs-d’œuvre des années 70 créés dans l’indépendance la plus complète, sans qu’aucune major n’ait rien à redire.»

«Ce problème ne concerne pas que la musique, mais également le commerce en général, l’alimentation, les burgers que je mange.» Une solution? «Face à la corruption des industriels, se battre pour rester indépendant et se faire payer. Chaque artiste doit oublier la compétition, sinon, il est perdu. Si les gens aiment ce que vous faites, alors ils resteront avec vous pour toujours.»

Dave Stewart Eurythmics, Guitare en Scène, dimanche 21 juillet, Saint-Julien-en-Genevois. Infos: guitare-en-scene.com