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L’invitéÉvitons la nuit de la culture!

David Raedler rappelle l’importance de participer au maintien des activités et institutions culturelles.

La situation exceptionnelle de ces derniers mois liée à la pandémie de coronavirus a naturellement eu des conséquences dramatiques sur de très nombreux domaines. Parmi ceux-ci, la culture ainsi que ses acteurs et actrices ont particulièrement souffert. Annulations en cascade, fortes baisses de fréquentation, chômage technique: les effets se sont avérés dévastateurs dans ce domaine déjà fragile. Et les risques sont réels que de nombreux événements, établissements et compagnies ne puissent s’en remettre.

Cette situation a été rendue plus difficile encore par les nombreuses inconnues qui ont accompagné les activités de la culture et continuent de les limiter. Le dernier coup en date est venu de certains cantons qui ont écarté de nombreux établissements et institutions culturels du régime de la réduction de l’horaire de travail (RHT), ou chômage partiel. Au motif que les subventions qu’ils recevaient pour leurs activités venaient éviter un réel risque économique. Ou, autrement dit, que Villes et Cantons sauveraient quoi qu’il en soit la culture et que celle-ci ne souffrait donc d’aucun réel risque d’exploitation.

«Les subventions ne servent pas «d’oreiller de paresse» mais viennent stabiliser des budgets souvent très serrés»

Évidemment, ce raisonnement ne peut être suivi. Premièrement car les subventions aux acteurs et actrices de la culture ne leur servent pas «d’oreiller de paresse» mais viennent stabiliser des budgets souvent très serrés. Deuxièmement car elles ne couvrent souvent qu’une infime partie des coûts liés à leurs activités et que de nombreux événements et institutions n’en bénéficient pas. Troisièmement, car ces soutiens financiers ne sont pas légion et qu’ils risquent de se faire plus rares dans les mois à venir. Quatrièmement enfin, car la garantie inconditionnelle de l’État n’existe évidemment pas.

Heureusement, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) est intervenu cette semaine pour demander aux Cantons de revoir leur copie. Cela étant, cette situation a mis en lumière tout le paradoxe de la culture: par son omniprésence et son caractère immanent à nos vies, elle est perçue comme immortelle. Pourtant, sans voir les difficultés réelles des personnes et instituions qui la composent, nous risquons bien d’en sonner le glas. Or, il est impératif de se rappeler que la culture est essentielle à nos vies tant personnelles qu’économiques.

Un nombre d’emplois qui compte

L’Office fédéral de la culture rappelait encore en 2019 que les industries culturelles et créatives concentrent 5% de tous les emplois de l’économie suisse – un chiffre comparable à celui du secteur financier (5,6%) – et regroupent 10,9% de toutes les entreprises suisses. Essentiellement par des petites et micro-entreprises, qui sont en première ligne des risques d’une crise.

En parallèle aux soutiens étatiques qui doivent demeurer, il nous appartient à toutes et tous de participer au maintien de la culture. En concert, au musée, au théâtre: profitons et vivons cette culture. Afin d’éviter que, la tenant trop pour acquise, nous n’en ressentions l’aube avant d’entrer, insidieusement, dans sa nuit.