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AboExpansion vs lutte contre l'inflation
Surprise, la BNS fait le choix de la croissance

Pour Thomas Jordan, le président de la BNS, la bataille contre l’inflation n’est pas encore gagnée à l'heure où les loyers grimpent.
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La surprise du chef. Les investisseurs tablaient sur un nouveau relèvement des taux directeurs par la Banque nationale suisse (BNS) pour freiner l'inflation. Il n’en a rien été. L'institut monétaire a décidé de maintenir le loyer de l’argent à 1,75%. Pas de sixième hausse de taux consécutive, donc. 

La BNS semble préoccupée pour la croissance dans le pays. Cette dernière est attendue à un petit 1% cette année. «La décélération économique est trop importante pour la Banque nationale, relève John Plassard, spécialiste en investissement de la banque Mirabaud. Le fait que l’Allemagne – l’un de nos importants partenaires économiques – soit en récession, n’est guère rassurant.» En clair, il faut tenter de redonner du tonus à l’économie.

La croissance en berne

Cela s’explique aisément. Le vif resserrement monétaire survenu depuis l’été 2022 fragilise l’activité en Suisse. D’une part, les coûts des emprunts hypothécaires et du crédit augmentent pour les ménages, qui dépensent moins. D’autre part, les prêts bancaires renchérissent pour les entreprises, ce qui freine leurs investissements. Pour ne rien arranger, le ralentissement économique mondial fait aussi sentir ses effets. 

«La décélération économique est trop importante pour la Banque nationale.»

John Plassard, spécialiste en investissement de la banque Mirabaud

Ce statu quo monétaire est bien accepté par les marchés. «C’est le soulagement, car notre sentiment était que la BNS n’avait pas besoin de monter ses taux», explique Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier.

L'inflation ralentit

La lutte contre l’inflation commencerait à faire sentir ses effets. «La BNS justifie sa décision avec une inflation qui est récemment revenue sous les 2%», ajoute-t-il. Il est vrai que la spirale inflationniste déclenchée par la sortie de pandémie, puis par l’explosion des tarifs de l’énergie et de l'alimentation en raison de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, semble jugulée. 

Des deux côtés de l’Atlantique, les banques centrales changent progressivement leur fusil d’épaule. «L’idée n’est plus de relever les taux pour contenir l'inflation, mais de les maintenir au niveau actuel aussi longtemps que nécessaire pour juguler le renchérissement», explique l'économiste.

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L'inflation reste une menace. «La bataille contre l’inflation n’est pas encore gagnée», met d’ailleurs en garde Thomas Jordan, le président de la BNS. La hausse des loyers et des prix de l'électricité l'inquiète.

Un renchérissement de 2,2% est attendu sur l'ensemble de 2023, mais également pour l’année prochaine. Il faudra attendre 2025 pour que l’inflation rentre dans la boîte et retrouve un niveau acceptable pour la BNS, soit 1,9%. Pour rappel, cette dernière estime que la stabilité des prix est atteinte lorsque l'inflation reste comprise entre 0% et 2%.

Loyers à la hausse

La partie n’est pas simple. Les loyers vont aussi commencer à nourrir le renchérissement. Le taux d’intérêt de référence utilisé pour les fixer est passé de 1,25% à 1,5% en juin dernier, ce qui autorise les bailleurs à augmenter les loyers de 3%. Selon les experts, près de la moitié des locataires sont susceptibles d’être touchés dans le pays. 

Certains estiment qu’il s’agit d’un des principaux risques pour l’économie suisse. «La hausse des loyers, qui pourrait apporter entre 0,3 et 0,6 point d’inflation supplémentaire au cours des six prochains mois, est le principal risque», écrit ainsi Arthur Jurus, directeur de l’investissement chez Oddo BHF.

Ce n'est pas fini

Mais il y a plus grave. La hausse des loyers pourrait de ne pas s'arrêter là. Selon les prévisions de Raiffeisen Suisse, le taux d’intérêt de référence devrait passer à 1,75% en décembre. Cela ouvrirait la voie à une seconde vague de hausse de loyer de 3% en 2024. Dans ce cadre, deux tiers des baux en Suisse sont susceptibles d'être concernés. «Il y a un effet de rattrapage en matière de loyers, car les taux de la BNS sont passés de -0,75% à 1,75%, ce qui fait grimper les taux hypothécaires», observe un financier actif dans l'immobilier. 

«La hausse des loyers, qui pourrait apporter entre 0,3 et 0,6 point d’inflation supplémentaire au cours des six prochains mois, est le principal risque.»

Arthur Jurus, directeur de l’investissement chez Oddo BHF

Heureusement, l’institut monétaire a un allié de poids dans cette lutte contre l'inflation, qui ronge le pouvoir d'achat des ménages: le franc. La force de ce dernier permet de la freiner. «La vigueur de la devise suisse réduit le prix des biens importés», rappelle John Plassard. 

Recul des réserves

La BNS a d’ailleurs utilisé largement cette arme puisque ses réserves en devises étrangères ont fondu de 817 milliards à 717 milliards d’une année sur l’autre. «La Banque centrale vend de l'euro et du dollar et achète du franc», constate Alessandro Mauceri, CEO du gérant indépendant Memento. 

Revers de la médaille, le franc fort prétérite les sociétés exportatrices suisses en rendant leurs produits moins attractifs face à leurs concurrents internationaux. Bref, la BNS va continuer de surfer de grosses vagues pendant un moment.

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