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L’invitéExperts en chœur antique, médias en moutons bêlants, vraiment?

Daniel Cornu revient sur la manière dont les médias ont tenu la chronique de la pandémie de Covid-19.

Les médias romands ont-ils suivi le Conseil fédéral comme des moutons? Un aspect a focalisé l’attention pendant la crise du coronavirus: la place accordée aux experts scientifiques et médicaux convoqués. Pourquoi donc, sous réserve d’inventaire, cette impression laissée par les médias d’uniformité, sinon de conformité? Le recours à l’expertise de spécialistes est fréquent dans le journalisme dès que l’actualité sort du champ de l’information politique et générale. Il suppose l’identification de personnes indépendantes, fiables et compétentes.

Des considérations pratiques entrent aussi en jeu. Il existe des experts qui «passent» mieux que d’autres à l’antenne, qui vivent ou travaillent à Genève et à Lausanne, proches des studios, qui représentent des institutions importantes. Ils deviennent ainsi des familiers du public.

«À l’émergence du Covid-19, personne ne pouvait prétendre à des connaissances sûres»

L’appel à des spécialistes s’inscrit dans le devoir fondamental du journaliste de rechercher la vérité. À l’émergence du Covid-19, personne ne pouvait prétendre à des connaissances sûres. Le sociologue français Edgar Morin le disait, début avril: «Ce qui est très intéressant, dans la crise du coronavirus, c'est qu’on n’a encore aucune certitude sur l’origine même de ce virus, ni sur ses différentes formes, les populations auxquelles il s’attaque, ses degrés de nocivité…»

Le défi pour les journalistes était donc de dégager une vérité ou des vérités dans un taillis d’incertitudes. Moins des vérités de fait sur le virus proprement dit (en raison même du manque de connaissances) que des appréciations pertinentes d’experts sur la manière d’y faire face. Un ralliement perceptible s’est opéré, parmi les scientifiques présents dans les médias, autour du principe de précaution retenu par les pouvoirs publics.

Le rôle du médiateur n’est pas de commenter la politique du gouvernement. Il n’est pas non plus de discuter sa façon de la conduire. Il est d’écouter les voix critiques qui s’expriment dans le public sur la manière dont les médias rendent compte de son action. Il y eut donc, et il y a encore, des voix discordantes. Les experts? Un chœur antique rassemblé pour soutenir l’action du Conseil fédéral! Des voix, il est vrai, moins audibles dans les médias, à part celle d’un certain professeur de Marseille.

Un chemin médian

Les médias ont tenu la chronique de la crise, rapporté les avis des spécialistes, observé le maintien par les pouvoirs publics d’un cap précautionneux et rassurant. Ils ont suivi eux-mêmes un chemin médian, se gardant d’une vision banalisée autant que d’une présentation anxiogène. Leur comportement ne fait pas d’eux des moutons bêlants.

Cela n’a pas empêché non plus quelques couacs. Un inoubliable bal des masques. Ou le battage autour d’une projection apocalyptique d’une deuxième vague virale. Le bilan sanitaire définitif n’est pas tiré. Les bilans économique et social ne sont qu’à peine esquissés. Incertitude.