Expo à LausannePour briser les tabous autour de la parentalité
La nouvelle exposition au Musée de la main propose une réflexion sur les différents vécus, parfois difficiles, lors de projet d'enfant.

Infertilité, fausse-couche, accouchement traumatique, dépression post-partum… Autant d’épreuves que certains parents sont susceptibles de vivre, que de non-dits empêchant les personnes concernées d'en parler ouvertement. L’exposition bilingue (français-allemand) «Bébé en tête» au Musée de la main, à Lausanne, propose de briser ces tabous en explorant les différentes étapes de la période périnatale, soit du moment où l’envie de bébé se manifeste jusqu'au retour à la vie active après le congé maternité. Objectif: privilégier le dialogue, diminuer la stigmatisation, favoriser la recherche d’aides et briser l’isolement social des personnes concernées.
Le projet, conçu par le Groupe de recherche périnatale de Lausanne UNIL-CHUV, est décrit comme «audacieux». Il vise d'abord à mettre en lumière les vécus parfois difficiles de la parentalité, alors que les injonctions au bonheur et la vision idéalisée restent encore tenaces. Soutenue notamment par le Fonds national suisse pour la recherche scientifique, l’exposition résulte d’un travail entre experts, professionnels de la périnatalité et associations de parents.
«Cette collaboration entre différents mondes est assez inédite», se réjouit Anne-Sylvie Diezi, qui a codirigé le projet aux côtés de la professeure Antje Horsch, responsable du Groupe de recherche périnatale de Lausanne UNIL-CHUV. Pour ses concepteurs, «Bébé en tête» marque un changement de paradigme qui s'explique notamment par une libéralisation de la parole autour du vécu de la femme suite au mouvement #MeToo.

Cinq espaces
Le parcours immersif et interactif se compose en cinq espaces répartis chronologiquement: le désir d’enfant, la grossesse, l’accouchement, les premiers mois de bébé et la fin du congé maternité. Le premier espace thématise le tout premier tabou: celui du désir d’enfant ou justement celui de ne pas en vouloir. «Cela va, aujourd'hui encore, à l’encontre de certaines injonctions sociales pour une femme», rappelle Coralie Peguet, responsable de la coordination et de la rédaction scientifique. Le modèle familial, lui, est questionné par le biais d’un lit conçu comme un livre, qui se feuillette pour former des couples de genres différents.
«Il fallait trouver un équilibre entre le poétique, le ludique et le sérieux.»
Les visiteurs sont confrontés aux diverses interrogations, mais aussi aux difficultés, aux imprévus et parfois aux drames de certains parents. Des expériences douloureuses qui contrastent avec une scénographie très colorée.
«Je n'y vois pas de contradiction, observe Antje Horsch. Nous avons beaucoup réfléchi au ton qu’on voulait donner. Il fallait trouver un équilibre entre le poétique, le ludique et le sérieux. C’est un peu comme marcher sur le fil d’un équilibriste. Je tenais particulièrement à l’espace qui permet de se recueillir en cas de perte d’un enfant. C’est un espace plein de couleurs qui invite à la méditation.»
Couleurs et même humour font intrinsèquement partie de l’exposition. Les visiteurs sont par exemple accueillis par un ovule géant parcouru de spermatozoïdes qui sont également des écouteurs permettant d'entendre différents témoignages. «Chaque histoire est unique et mérite d’être entendue», explique Coralie Peguet. Une «tour d’isolement» permet aux visiteurs de se mettre à la place d’une maman qui témoigne d’une dépression postpartum. Un mal qui concerne près de 15% des mères et 10% des pères.

Du soutien aussi
L’exposition ne soulève pas que des difficultés mais propose également des solutions, par exemple pour la thématique de l’infertilité, qui concerne 8 à 12% des couples dans le monde. Des informations scientifiques sont à disposition pour la procréation assistée.
Pour ce qui est de la dépression post-partum, il n’est pas ici question de fatalité. Elle se soigne pour autant qu’elle soit détectée rapidement et prise en charge. Des adresses de soutien par le biais de différentes associations notamment sont également à disposition.
«Il s'agit avant tout d'être le parent que l'on veut être, au-delà des attentes de la société.»
«Nous avons interrogé de nombreux stéréotypes. Il en ressort qu'il s'agit avant tout d'être le parent que l'on veut être, au-delà des attentes de la société, conclut Coralie Peguet. Ces dernières sont finalement assez restrictives et assez éloignées des réalités vécues par la plupart des parents. Chaque famille va se construire à sa manière.»

Lausanne, Musée de la main UNIL-CHUV, jusqu'au 24 mars (ma-ve, 12h-18h). Entrée libre. www.museedelamain.ch Plus d'infos sur bebe-en-tete.ch
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