Expo 64
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chapitre 4

Revivre l'Expo

Balade à Vidy

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La Voie suisse

Où les esprits s’éveillent

Par Laureline Duvillard

En 1964, à Sévelin, le train s’arrête à la station provisoire affichant en lettres capitales «Gare Expo». Les wagons libèrent des centaines de passagers tirés à quatre épingles. Il est 9heures, les portes de l’entrée nord viennent d’ouvrir. Encore quelques foulées et, leur sésame en poche, une partie des visiteurs empruntent à pied la vallée du Flon (actuelle Vallée de la Jeunesse), décharge fraîchement comblée. Les enfants de 1964 se rappellent encore le jardin Nestlé, abrité sous une vague figée dans le béton et que l’on peut voir aujourd’hui à proximité de l’Espace des inventions. «J’avais eu un grand sentiment de frustration, car la Vallée de la Jeunesse et son ludique jardin de circulation était à disposition des enfants jusqu’à 12 ans, et j’en avais 13», témoigne la Lausannoise Viviane Neuhaus Christeler.

Les visiteurs impatients de s’élancer dans les différents secteurs montent pour leur part sur la plateforme tournante du Télécanapé, prennent place dans un des nonante sièges et se laissent lentement transporter à l’entrée de la Voie suisse ou vers la place centrale de l’Expo. Brigitte Reymond, alors âgée de 11 ans, se souvient. «J’étais dans la première classe à utiliser le Télécanapé et une fille s’était blessée en tombant à la sortie. Mais je me rappelle aussi qu’il passait à travers la fabrique de chocolat. Voir ces immenses chaudrons pleins de chocolat fondu est mon meilleur souvenir!»

  • Le Télécanapé

  • Le site de la Vallée de la Jeunesse, auparavant une décharge, a été comblé pour l’Expo de 64 afin de permettre aux visiteurs arrivant par l’entrée nord de se rendre au bord de lac. Crédit: ASL

  • Au sud du parcours se trouvait le «jardin Nestlé» entièrement dédié aux enfants. Crédit: Luc Flotiront

  • Sous la grande vague de béton, à l’intérieur du pavillon, des enfants assistent au théâtre Guignol. Crédit: Expo 1964, Nestlé's children paradise, Puppet theatre, CH, CSP3.IV.D.2-64

  • Le site proposait de nombreux espaces de jeux aux enfants, avec ses bacs à sable garnis de tipis miniatures ou… Crédit : Musée historique de Lausanne

  • De soucoupe volante. Crédit: Raymond Bourquin

  • Le site proposait aussi aux enfants jusqu’à douze ans de s’initier aux joies de la circulation. Crédit: Archives cantonales vaudoises, PP 886/C 68

  • Ce jardin de la circulation a été inauguré le 10 mai, un peu après l’ouverture de l’Expo. Crédit: Archives cantonales vaudoises, PP 886/C 68

  • Tous les enfants portaient un chapeau en triangle sur lequel était noté «Nestlé» et «Expo 64». Crédit: Archives cantonales vaudoises, PP 886/C 68

  • Et tous étaient vêtus de salopettes. Crédit: Maurice Jeanrenaud

  • Le site proposait tout un panel d’activités pour occuper les têtes blondes. La Vallée de la Jeunesse tire d’ailleurs son nom de cette époque. Crédit: Archives cantonales vaudoises, PP 886/C 68, ©Maurer

  • Sur le chemin les menant au bord du lac, les visiteurs pouvaient faire une halte sur la «place des totems». Crédit : Maurice Jeanrenaud

  • Les totems avaient été décorés par des jeunes de toute la Suisse. Crédit: Musée historique de Lausanne

  • Le site proposait de nombreuses curiosités. Crédit: Archives cantonales vaudoises, PP 886/C 68

  • Pause repas dans le réfectoire. Crédit: Musée historique de Lausanne

Débarqué du Télécanapé ou à pied, à la hauteur du giratoire de la Maladière, le visiteur de l’entrée nord se frotte à la Voie suisse en guise d’introduction à l’Expo. «Epine dorsale» triangulaire au milieu d’un espace rectiligne, elle constitue, avec ses aspérités qui titillent l’œil et l’esprit, l’unique secteur de l’Exposition imaginé et réalisé par la direction de la manifestation. Son but? «Donner à voir la Suisse», interroger le passé, le présent et l’avenir du pays. Mais aussi «transmettre, en un raccourci saisissant et convaincant, le message de confiance en l’avenir qui est la principale justification de l’Exposition», détaille la direction. Cinquante ans plus tard, les visiteurs restent marqués par les attractions mais aussi les réflexions suscitées à l’intérieur de ce cordon de triangles.

C’est «La nature et l’homme» qui constitue la première des six subdivisons de la Voie suisse. Une nature contre laquelle les premiers Suisses ont lutté, une nature que les paysans apprivoisent, une nature que l’on ne se soucie pas encore de préserver. Après cette plongée dans un monde sorti d’un tableau de Hodler, une passerelle mène à «L’homme et ses libertés» et à la sculpture de Werner Witschi symbolisant le serment du Grütli.(Photo AVP-822) Si la sculpture originale a été offerte au canton d'Uri, une copie de l’oeuvre peut toujours se voir à Vidy. Liberté civile, liberté de pensée et de croyance, liberté sociale et économique mais aussi liberté politique, avec la «Machine de l’Etat», de Jean Latour, qui illustre les rouages complexes de la démocratie. Une machine qui tourne encore sans les femmes, parfois grippée par un abstentionnisme crasse, triste écho à 2014, où toute une génération boude les urnes.

En 1964, sous le vernis d’un pays riche et dynamique, les problèmes émergent. Mais avant de passer à une remise en question, la direction de l’Exposition tient à démontrer la puissance de ce «petit Etat dans le monde», comme le caractérise la troisième subdivision. La Suisse, souveraine tout en étant une plateforme d’échanges interculturels et économiques, neutre tout en étant prompte à défendre son indépendance, se place en 1964 au cœur du monde, en entretenant son image d’Epinal. Et gare à qui ose ébranler les esprits!

Géant sorti du roman de Jonathan Swift, le Gulliver d’«Un jour en Suisse» a cristallisé l’anxiété de cette remise en question. Le but du parcours de cette subdivision? Définir qui sont les Suisses. Au fil de sa balade, le visiteur complète un questionnaire: peut-on être un bon Suisse et ne se lever qu’à 9heures du matin? Comment se manifestent les différences sociales?...

Charles Apothéloz, directeur du Théâtre municipal de Lausanne, est chargé de l’entreprise. Pour élaborer cette section, il décide de réaliser une pré-enquête sociologique auprès de 1200 personnes. Dès 1961 et durant deux ans, des sociologues partent interroger la population aux quatre coins du pays pour permettre la mise en place du ludique sondage. Dont la version «Expo» sera prise avec davantage de légèreté. «La première fois, on a rempli sérieusement le questionnaire, après on s’est amusé à le refaire de manière fantaisiste pour voir les résultats qu’on obtenait», note l’ancien conseiller d’Etat Jean Jacques Schwaab. «Même en remplissant différemment nos bulletins, on recevait toujours les mêmes réponses», sourit le visiteur lausannois Pierre Oehrli.

  • Si les résultats du questionnaire de Gulliver n’ont jamais été divulgués, «le Conseil fédéral craignant que ce jeu prenne la tournure d’un sondage d’opinion publique», selon les termes de Paul Ruckstuhl en 64, un rapport interne se penche sur les réponses de 134'255 questionnaires, remplis entre le 30 avril et le 15 juin. Crédit: Musée historique de Lausanne

  • On y apprend notamment que 77% des visiteurs pensent qu’on peut être un bon suisse et naturalisé, que 38,7% des personnes estiment qu’on ne peut pas être un bon suisse et ne se lever qu’à 9h du matin. Crédit: Scan questionnaire de Gulliver

  • Dans une Suisse où les femmes n’ont pas le droit de vote et sont encore cantonnées aux tâches ménagères, il est aussi intéressant de constater que 24,5% des visiteurs pensaient que la question «Qu’est-ce qui changerait favorablement la condition de la femme suisse ? » n’était pas pertinente, «parce que la condition de la femme suisse est conforme à la nature de la femme». Crédit: Archives cantonales vaudoises, PP 886/C 68

  • A la question de l’entrée de la Suisse dans le marché commun édulcorée en «le pays doit-il préciser sa position face au marché commun ?» 69,4% des visiteurs répondent oui. Et 42,1% des personnes pensent qu’il est urgent pour le pays de réviser le principe de sa neutralité et 55,1% estiment le contraire. Crédit: Scan questionnaire de Gulliver

  • Ludique et parfois rempli de manière fantaisiste par les visiteurs, le questionnaire de Gulliver, s’il permettait d’inciter à la réflexion ne répondait toutefois pas aux critères d’une enquête sociologique. Par contre, la pré-enquête possédait réellement une valeur scientifique, comme le remarque le sociologue René Levy. Mais «en Suisse, les chercheurs n’ont jamais obtenu l’argent pour exploiter ces données. On ne voulait pas que ça se fasse», explique-t-il. Crédit: Archives cantonales vaudoises, PP 886/C 68

  • Les citoyens suisses devront donc attendre 1966 et la parution du livre «Le bonheur suisse», rédigé par le sociologue français, Luc Boltanski, pour connaître les données de la pré-enquête. Des résultats analysés sous la direction de Pierre Bourdieu. Crédit : Henry Wyden, Musée historique de Lausanne

  • On y apprend notamment que sur les quelque 1200 sondés, 41% des hommes et 37% des femmes s’opposaient au droit de vote de ces dernières, que 49% des interviewés estimaient que le mot «loisir» n’avait pas de sens et que 55% des sondés souhaitaient que la Suisse reste neutre. Crédit: Henry Wyden, Musée historique de Lausanne

  • Ce qui montre que les réponses censurées du questionnaire de Gulliver n’étaient pas si éloignées de la vérité scientifique. Crédit: Madeleine et Elisabeth Fontannaz, Musée historique de Lausanne

  • La subdivision «Un jour en Suisse», plongée dans l’obscurité, que sont devenus aujourd’hui les questionnaires de Gulliver et de la pré-enquête ? Si les premiers ont terminé en pâte à papier, les seconds, numérisés sur cd, se trouvent au centre de compétences suisse en sciences sociales, FORS, à l’Université de Lausanne. Crédit: Maurice Jeanrenaud

Pour Hans Giger, le délégué du Conseil fédéral, Gulliver est pourtant loin d’être un jeu. Le tatillon émissaire de Berne s’inquiète des réflexions engendrées par certaines questions. Dès 1963, la censure fédérale s’abat sur le questionnaire de Gulliver. Charles Apothéloz devra consentir à plus d’une dizaine de modifications pour livrer sa copie finale. Toute référence à l’avortement et à l’objection de conscience est supprimée, la question de l’entrée de la Suisse dans le Marché commun est reformulée. Et le Conseil fédéral, «craignant que le jeu prenne la tournure d’un sondage d’opinion publique», selon les mots de Paul Ruckstuhl, décide que les résultats ne doivent pas être divulgués, comme il était prévu à l’origine. Au grand désespoir de Charles Apothéloz, les quelque 580 000 questionnaires de Gulliver terminent en pâte à papier. «Les Suisses étaient plus ouverts que ce qui plaisait au Conseil fédéral et à certains politiciens. Ils avaient une perception critique des inégalités sociales», analyse le sociologue René Levy.

Le questionnaire de Gulliver

Mais si le visiteur ne voit pas les résultats au grand jour, il peut, en fin de parcours, remettre son questionnaire personnel pour le faire analyser par l’un des premiers ordinateurs IBM. Et c’est avec une petite fiche, mettant en perspective ses réponses avec celles du reste de la population qu’il se dirige vers la prochaine subdivision, «La Suisse s’interroge». Soit une section où l’on peut visionner, debout, cinq films de trois minutes réalisés par Henry Brandt et visant à susciter une prise de conscience des problèmes du pays.

Des films dérangeants. Et visionnaires

«Mon père était moins profilé politiquement, donc apparemment moins dangereux que ses confrères», souligne Christophe Brandt, fils du réalisateur. Cela dit, le Chaux-de-fonnier ne se montre pas moins militant dans sa dénonciation des problèmes sociaux. Et là aussi, les hautes sphères bernoises prennent peur. Le cinéaste doit revoir plusieurs fois son scénario et ruser avec les mots. «On est loin de la carte blanche, mais, malgré les contraintes et la pression, il a trouvé un moyen de tenir son discours avec beaucoup d’intelligence et de subtilité», relève Christophe Brandt.

Tout commence avec «La Suisse est belle», où «tout marche bien». Les problèmes sont abordés ensuite. La condition de la main-d’œuvre étrangère, la crise du logement, le vieillissement de la population, le manque de personnel qualifié face à l’évolution technologique sont alors mis en lumière de manière visionnaire. Vient ensuite la société de consommation et, «La course au bonheur», avec le regard implorant du jeune Christophe Brandt à l’arrière d’une voiture, s’interrogeant: «C’est ça la vie?» «J’ai toujours en tête cette image du gosse qui s’emmerde à l’arrière de la voiture», déclare Pierre Oehrli, passionné par la Voie suisse. Les deux dernières séquences abordent le problème de la croissance démographique, la nécessité de protéger l’environnement et l’interdépendance du pays avec le reste du monde. «Mon père était un intellectuel littéraire et un bon observateur des mutations de la planète et de la société», témoigne Christophe Brandt.

Pour l’exposition de 64, Henry Brandt (photo de gauche) «a inventé un langage cinématographique avec un dispositif scénographique qui associe plusieurs écrans, des images parfois juxtaposées en noir et blanc ou teintées », remarque Christophe Brandt.

«Après les interrogations, les affirmations.» La direction choisit de présenter la dernière partie de la Voie suisse comme, «un acte de foi en l’avenir du pays». Le Suisse est encouragé à aller de l’avant, tout en restant attaché aux traditions, à s’ouvrir à l’Europe et au monde tout en restant au service de son pays, comme l’illustre le drapeau suisse avec en son centre les 24 cartouches que le soldat détient chez lui. L’avenir aussi, de manière littérale, sous la forme de photographies d’enfants nés le 1er janvier 1964.

Finalement, c’est la tête emplie de questions que le visiteur débouche sur l’«Esplanade des cantons et des communes», lieu des discours officiels, où se dresse la pyramide habillée des drapeaux des 3100 communes suisses. Aujourd’hui, la grande structure a disparu, seules demeurent les pyramides en béton de Vidy. «C’était impressionnant», se rappelle Marianne Pugin. L’adolescente d’alors se souvient aussi de la machine de Tinguely, Eurêka, située à proximité, «complètement inutile mais fascinante». «J’ai construit mon chef-d’œuvre je crois», avait déclaré Jean Tinguely à la TSR, percevant sa machine comme, «un point d’interrogation au milieu de l’Expo». Mission réussie! Aux abords de la Voie suisse, la bête cinétique aux rouages complexes interloque, choque, suscite le rire et fascine. Sa signification? «Je suis d’accord pour toutes les formes d’explications et de réactions», s’amusait l’artiste fribourgeois. «Ça travaillait sans rien faire, ça tapait, ça reculait, c’était génial, s’enthousiasme Pierre Oehrli. De toutes ses oeuvres, c’est à mon avis la plus complexe.» Le formidable assemblage de métal, d’acier, de fer et de bois trône aujourd’hui au bord du lac de Zurich.

La machine à Tinguely, «point d’interrogation au milieu de l’Expo», comme la qualifiait le sculpteur fribourgeois.

Trois questions à Christophe Brandt


Quel homme était votre père?

Grand voyageur, arpenteur terrestre, il était visionnaire. En 1968, il nous annonçait le village global, l’arrivée d’internet. C’était un lecteur passionné par l’humanité et les questions de société, en quête de la compréhension des grands problèmes historiques. Sur un plan plus privé, il manifestait une dimension misanthrope dans ses relations directes avec autrui. La médiation de sa caméra ou d’un objectif lui permettait de partager, de vivre parmi les autres.

Quels souvenirs gardez-vous de l’Expo?

Je rentre de l’école, vers midi, il a sa Gitane au bec, ça sent la colle, et je vois mon père ajuster les images et les sons sur la fameuse table de montage, avec des centaines de rushes suspendus dans des grands bacs. Assis derrière lui, je regardais. Pour mon père, 1964 était une belle époque, il était dans un moment de concentration, de force, de maîtrise.

Que représentent ces cinq films pour vous?

Une fresque incisive de notre société et l’avènement du cinéma suisse. J’avais 8 ans en 1964 et jouer dans «La course au bonheur», c’était avant tout me rapprocher de mon père, vivre un moment privilégié avec lui et participer à son métier. Je viens de revoir les films et j’ai été touché physiquement, le cadre photographique, le rythme, une narration symbolique. J’ai été impressionné par la musique qui donne un sens aux images. J’ai aussi compris ce qu’il m’a transmis.

Références

  • Exposition nationale suisse Lausanne 1964, Livre d’or, Librairie Marguerat S.A., Lausanne, 1964
  • Guide officiel de l’Exposition nationale suisse, Administration de l’Exposition nationale, Lausanne, 1964
  • Programme général de la Voie suisse, Lausanne, 1964
  • Emission Carrefour, Tinguely à l’Expo 64, diffusée sur la TSR le 24 février 1964
  • Emmission Temps présent, Les secrets du Gulliver, diffusée sur la TSR le 10 septembre 1998
  • Le bonheur suisse, Luc Boltanski, Editions de Minuit, Paris, 1966
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  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises

L’Art de vivre

Où la Suisse goûte au bonheur

Par Julie Kummer

Laissant derrière lui la foule, l’excitation et les cris du Port, le visiteur emprunte une large avenue baignée de lumière pour se rendre dans le secteur Art de Vivre. Dans ce havre de paix, flânerie, déambulation au milieu des œuvres d’art et méditation au son du carillon l’attendent. Scindé en deux demi-secteurs, La Joie de Vivre et Eduquer et Créer, eux-mêmes divisés en plusieurs sections qui accueillent différents groupes, cette zone aborde les problématiques du quotidien.

Le secteur annonce la couleur dès son premier lieu de visite: la place de la Joie de Vivre. Surélevée et légèrement en pente, elle offre une vue superbe sur le lac ainsi que le Port. Tout autour, le visiteur se sent minuscule face aux grandes peintures évoquant les thèmes des sections liées à ce demi-secteur. Les Loisirs, La Communauté Humaine, Sport et Education Physique, La Santé, Les Vacances, Vêtement et Parure et enfin L’Art de la Table, se développent sur plusieurs niveaux autour de la place centrale. Un mélange de parfums vient chatouiller les narines des visiteurs à l’approche des sections L’Art de la Table et La Santé, qui sont prolongées à l’extérieur par des jardins. Celui des épices pour la première, et des plantes médicinales pour la seconde.

Le secteur Art de vivre

Le carillon sonne midi et extrait le rêveur de la douce torpeur dans laquelle l’a plongé la section La Communauté Humaine, où se trouve le Sanctuaire de l’Exposition. Chaque samedi, les curieux s’attroupent face à l’église temporaire afin de profiter du concert qu’offrent 26 énormes cloches. Le reste de la semaine, différents musiciens se relayent pour activer un second instrument constitué de 24 cloches au son plus aigu. Ces mastodontes de métal appellent les fidèles pour un service particulier, puisqu’il est célébré en commun par les protestants et les catholiques.

«La minute œcuménique» est la matérialisation de cette volonté nouvelle de rapprochement entre les communautés chrétiennes. La Bible dans une main, un micro dans l’autre, les pasteurs et autres curés de l’Expo se mettent à la radio. Chaque jour, les auditeurs peuvent alors entendre la bonne parole en direct sur les ondes de la Radio suisse romande. L’émission existe d’ailleurs toujours et a été rebaptisée «Juste ciel» (tous les matins à 6h36 sur La Première). Une longevité que n’avait pas prédit le pasteur Philippe Zeissig, alors qu’il se projetait en 1989 pour l’ultime «Minute œcuménique» de l’Expo. En cette année, à laquelle la prochaine exposition nationale était suposée se dérouler, le pasteur imagine: «L’œcuménisme est entré dans les usages, bien des problèmes qui agitaient nos papas à Vidy ont été résolus, les appartements abondent, l’air est pur, l’eau est propre, les étrangers sont assimilés et les vieillards ne manquent de rien, au moins matériellement. Il nous reste tout de même passablement de problèmes: ni la radio ni la télévision n’ont adouci les mœurs […] et les cures de détente sur la Lune restent décevantes.»

De gauche à droite : Le pasteur Philippe Zeissig, initiateur de la minute œcuménique, le pasteur André Bovon, M. le curé Léon Gauthier, Mgr Jacques Haas et Mgr Pierre Mamie. Copyright: M. Zeissig

L’alcool, fléau national

Le retour sur terre est plutôt brutal, alors que le visiteur poursuit son chemin et passe devant les panneaux format mondial souhaitant attirer l’attention des passants sur «Le problème de l’alcool». Avec force de chiffres. «Notre peuple dépense annuellement pour toutes les affaires scolaires 700 millions de francs, 300 millions pour le pain et 600 millions pour le lait. Pour l’alcool, il dépense 1400 millions, soit presque autant que pour l’école, le pain et le lait réunis.»

L’ambiance paraît plus agréable un peu plus loin. De doux clapotis annoncent la fraîcheur de la section des Loisirs. Les visiteurs n’hésitent pas à reposer leurs pieds fatigués dans les nombreux bassins environnants. Dès mères autorisent même leurs petits à se tremper tout entier. Mais il ne faudrait pas s’abandonner trop longtemps au far niente. Si les loisirs sont présentés comme l’une des grandes conquêtes de la société industrielle moderne, les organisateurs précisent toutefois que «cette victoire s’accompagne de soucis» et notamment celui, à nouveau, de l’alcoolisme. «La consommation croissante de l’alcool n’est pas seulement le signe que l’on dispose de plus d’argent, mais c’est aussi le fait que beaucoup d’hommes n’ont pas une maturité correspondant aux loisirs dont ils disposent.»

Histoire de stimuler ladite maturité, donc, l’on découvrait ici différentes façons d’occuper son temps libre. Le visiteur pouvait se glisser dans des canapés moelleux pour écouter une pièce de Dürenmatt, se saisir d’une loupe géante pour scruter des timbres du Guatemala ou encore consulter une oeuvre philosophique dans la bibliothèque. Sur le feuillet d’information de la section, on suggère encore quelques pistes pour que les femmes puissent elles aussi s’amuser. «Les enfants peuvent donner parfois un coup de main, le mari peut s’acquitter de quelques services, la grand-mère venir aider et la voisine se charger des enfants.»

Mais il est aussi un loisir, à quatre roues, qui commence tout juste à préoccuper. Dans la fiche officielle, l’on peut ainsi lire: «L’obsession de la voiture et de la vitesse est devenue aujourd’hui une maladie fort répandue, qui prend place à côté du penchant pour l’alcool et le tabac et du goût pour le roman et le cinéma. Cette affection excessive pour l’automobile se manifeste surtout chez les jeunes.»

C’est pourtant bien dans la section Sport et Education Physique que les ados des Sixties venaient se dépenser. André Aubert, qui avait 15 ans en 1964, a participé au premier événement sportif de l’Exposition: la finale vaudoise des cent meilleurs élèves du canton de Vaud en athlétisme. «Le 13 mai 1964, je suis sorti vainqueur au classement général et j’ai eu le grand bonheur et privilège de gagner la montre en or de la Tribune de Lausanne (aujourd’hui Le Matin)», nous raconte-t-il avec fierté. Egalement musicien, le jeune André permet une transition facile vers la section suivante, celle des Arts de la Vie. «J’y ai joué avec l’orchestre lausannois Les Choucas. Nous avons survolté l’Expo durant quinze soirées, au restaurant des Beaux Arts».

André Aubert après la finale des cent meilleurs élèves du canton de Vaud en athlétisme.

Pour y accéder, le visiteur doit d’abord aller tâter l’ambiance particulière qui règne dans la section Art de la Table. Dans une atmosphère sombre et fraîche, les amateurs de gastronomie sont guidés par les odeurs de petits plats mitonnés ainsi que par des niches illuminées, dans lesquelles trônent les produits de notre gastronomie.

Mais l’attraction phare de cet immense secteur est l’oeuvre de Suisse Tourisme. Sur 57 écrans polygonaux disposés en demi-sphère, la Polyvision offre au visiteur une animation alors unique au monde. S’y succèdent durant 20 minutes panoramas helvètes, mosaïques d’images et dessins. Le tout est si spectaculaire qu’il n’est pas rare que les spectateurs assistent à plusieurs représentations consécutives.

La Polyvision

Lunettes de soleil sur le nez (c’est conseillé), le visiteur arrive dans le second demi-secteur, Eduquer et Créer. On y accède par la Cour des Arts, éblouissante esplanade blanche agrémentée de vingt sculptures dorées réalisées par des artistes suisses. Les réactions surprises et parfois dubitatives des enfants ou de certaines personnes âgées offrait parfois plus beau spectacle que les oeuvres elles-même.

Quand l'expo sauve Lavaux

La Maison et l’Homme et L’Aménagement du Territoire ramènent le visiteur à des questionnements sociétaux plus terre à terre. Dans la première, il découvre toutes sortes de logements différents, équipés des appareils électroménagers les plus récents. Dans la seconde, héritage du projet d’Expo proposé par Marx Lévy en 1956, le visiteur peut notamment découvrir trois vues de Lavaux. La version “actuelle” (donc en 1964), un sénario catastrophe, avec un paysage complètement mité par les constructions, et une vision planifiée, avec des centres densifiés et des vignobles préservés.

Du pavillon L’Information et la Connaissance, consacré à la presse, il n’est pas rare d’entendre des petits cris de surprise et des «Oh!» d’étonnement s’échapper. En ce temps où seulement 25% des ménages suisses possèdent un poste de télévision, il paraît en effet parfaitement incongru aux visiteurs de contempler leur propre image, tout d’abord sur un grand écran, puis 30 secondes plus tard sur un petit écran de télévision.

  • Trois panneaux présentaient le panorama de Lavaux. Le premier montrait le paysage tel qu'il était en 1964.

  • Le deuxième projetait ce que deviendrait Lavaux si l'Etat ne se préoccupait pas de son aménagement - soit un paysage mité par l'habitat dispersé.

  • Le troisième proposait la vision nouvelle d'habitat groupé de Jean-Pierre Vouga, architecte cantonal pionnier de l'aménagement du territoire dans le canton de Vaud, débauché par la Confédération en 1972.

Une vie, un métier

A l’époque où «le choix du métier marque l’homme pour toute son existence», indique l’un des panneaux explicatifs, et où «un choix trop hâtif d’études et d’une profession est parfois irrémédiable», la section Education et Formation prend tout son sens. A la lecture du prospectus du groupe Les Universités, les Hautes Ecoles et la Recherche Fondamentale, les étudiants de l’époque ne peuvent s’empêcher de sourire en découvrant le portrait idéal qu’on y dresse d’eux. «L’étudiant travaille dans des bibliothèques et des séminaires, il assiste à des conférences, à des représentations théâtrales et des concerts et s’intéresse à toutes les tendances de l’art, anciennes ou nouvelles. Le sport est un dérivatif important, souvent nécessaire chaque jour, au travail intellectuel.»

Au final, le visiteur aura eu droit, en consacrant la journée conseillée pour visiter le secteur Art de Vivre, le plus gros de l’Expo, à un périple au coeur de ce qui fait la Suisse de son époque, bercée entre la tradition et l’amusement, déjà tournée vers l’avenir avec néanmoins, toujours, un regard appuyé dans ce rétroviseur qu’elle chérit tant.

Références

  • Fiches d’informations du secteur Art de Vivre, Exposition nationale suisse, Lausanne, 1964
  • MOOSBRUGGER et WEIGNER, L’aventure de l’Expo: La Suisse aujourd’hui et demain, Olten, Walter-Vorlag, Suisse
  • Le livre de l’Expo, Payot Lausanne, Hallwag, Berne, 1964
  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises
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  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises

Communications et Transports

Où toutes les voies mènent à Vidy

Par Igor Cardellini

«Du haut de la tour Spiral, on pouvait très bien voir le secteur Communications et Transports, moins spectaculaire par son architecture que par ses formidables attractions», se souvient Christian Paillard, de Perroy, évoquant notamment le Circarama, cet écran circulaire de 26,5 mètres de diamètre. «Au centre du secteur trônait une intrigante coupole recouverte de cuivre», se rappelle l’étudiant d’alors, qui avait arrondi ses fins de mois en participant à l’élaboration du secteur. L’écrin abritait une œuvre du sculpteur Remo Rossi qui devait éveiller le visiteur à la nécessité d’instaurer une harmonie et une coordination entre les différents moyens de communication et de transports.

Et tel était le message principal des concepteurs. A l’heure où la Suisse vit un développement fulgurant et où la construction de voies de communication est en plein boom, ces derniers proposent un mot d’ordre: «Un service de tous pour chacun.» L’enjeu est de taille. Des projets d’infrastructures colossaux sont en cours et ne pourront être réalisés qu’avec le concours durable des citoyens. Les Suisses doivent sortir de l’Expo convaincus de leur nécessité.

Sur 50'000 m2, l’ingénieur spécialiste de la préfabrication, Jean-Marie Yokoyama, et les architectes, Jean Duret et Pierre Bussat ont conçu un espace alliant acier, verre et matériaux légers destinés au recyclage. Le tout monté en un temps record: huit mois à peine. L’agencement même des bâtiments a été pensé dans le but de signifier l’importance de s’équiper de moyens de transports et de télécommunications performants et interconnectés. Tous ces éléments y sont savamment enchevêtrés. C’est sur un tapis roulant, le plus grand d’Europe dit-on, que la foule s’engouffre pour accéder à la coupole placée sur une île entourée d’un immense plan d’eau. Tout autour, le secteur en fer à cheval est découpé en cinq parties thématiques, reliées par des passerelles.

Les défis de l’automobile

Dans l’espace dédié à la route, une multitude de plaques de véhicules suspendues en l’air accueillent le badaud. Ce dernier est appelé à méditer sur les implications de la démocratisation de la voiture et l’engorgement des voies de circulation. On n’a pourtant pas attendu l’Expo pour donner une réponse politique au problème. De grands projets de routes nationales, approuvés par le peuple en 1958 et concrétisés notamment avec l’ouverture de l’A1 Lausanne-Genève quelques jours avant l’Expo, sont en cours. Mais il apparaît rapidement que la planification de 1960, qui évalue le coût global des travaux à 3,8 milliards de francs, est trop optimiste.

En 1964, dans une Suisse à 5,5 millions d’habitants, le nombre de véhicules à moteur (1 million) dépasse déjà les chiffres envisagés pour 1980. Le trafic routier a quintuplé au cours de la décennie précédente. Les 50'000 kilomètres de routes qui quadrillent le pays ne suffisent plus et posent aussi de nouveaux défis dans les villes. A l’appui de maquettes, de graphiques et de films dépeignant des véhicules menaçant les cités helvétiques d’asphyxie, les exposants soulignent le besoin d’encourager le développement des transports publics. Parmi les exemples donnés, on apprend ainsi qu’un trolley avec remorque transporte autant de personnes que 100 voitures.

Le train, locomotive de l’industrialisation

En suivant le monorail traversant le secteur d’est en ouest, le visiteur débouche sur la section dédiée au rail. «Dans l’entrée, d’énormes roues accueillaient les visiteurs, émerveillés par cette mécanique imposante», se souvient Michel Béguelin, ancien cheminot et conseiller aux Etats vaudois (PS). Plongé dans les évolutions techniques ferroviaires, le visiteur découvre une série de locomotives d’époque et surtout le prototype de la légère et rapide RE 4/4 II tout juste créée. A la pointe, la Suisse est l’unique pays au monde à avoir électrifié la quasi-totalité de ses voies chemins de fer, notamment en raison de la pénurie de charbon durant les deux guerres mondiales.

L’étourdissant Circarama

«Au-delà de ce que l’on apprenait en se promenant dans le pavillon du rail, le Circarama, son attraction phare, était époustouflante. On prenait des images plein la figure», s’exclame Christian Paillard, héritier des fabricants de caméras Paillard-Bolex, à Sainte-Croix. La grande nouveauté, venue des Etats-Unis, est une salle obscure circulaire de 26,5 mètres de diamètre entièrement entourée d’un écran. Le procédé inédit, imaginé par Walt Disney, consiste à projeter le film sur un écran de 90 mètres de circonférence et sept mètres de haut.

Le Circarama

Au centre, sur une plate-forme tournante, le spectateur assiste alors à «Magie du rail». Un show visuel et sonore qui piste les voies ferrées suisses, des plaines aux paysages alpins, partout où les avancées ont permis de déjouer les défis posés par la topographie helvétique accidentée. «Pour visionner le film, nous étions debout appuyés contre des barres. Il y avait de puissantes images d’avalanches nous fonçant dessus, c’était effrayant», se souvient Jean-Frédéric Friedrich, réalisateur amateur qui a passé cet été-là à photographier l’Expo.

Révolutions aux PTT

Les avancées techniques sont à l’ordre du jour du côté de la section télécommunications, puisque le télex, la radiodiffusion et la télévision se développent à grands pas. D’emblée, on introduit le visiteur dans une vaste volière remplie de pigeons voyageurs symbolisant la transmission de messages. A cette époque, les PTT gèrent quotidiennement 8'600'000 lettres et paquets. La performance fait du pays celui qui traite annuellement le plus grand nombre de colis par tête d’habitant (17,8), devant les Etats-Unis (6,4)!

Marianne Monney, 75 ans, qui travaillait dans l’un des bureaux de Poste de l’Expo, se souvient. «C’est à ce moment que les numéros postaux à quatre chiffres ont été créés. C’était l’époque de l’automatisation du traitement du courrier.» Le public est d’ailleurs invité à en découvrir les avantages dans ce film d’animation.

Le film d'animation des PTT

Les airs et l’eau

Moment paisible au bord de l’eau. Dans le parcours du secteur, le visiteur a aussi l’occasion de se pencher sur la navigation, de s’intéresser à l’importance économique du Rhin grâce à une maquette géante du port de Bâle. Ou encore, pour les amateurs d’engins ailés, de lever les yeux vers l’espace dédié à l’aviation pour apprendre que, en 1963, 3,5 millions de voyageurs ont transité dans les aéroports helvétiques. Contre près de 46 millions en 2013.

Au sortir du secteur, le promeneur aura voyagé dans tous les sens. Cette visite, les organisateurs l’ont voulu spectaculaire, avec le Circarama et la démonstration des dernières prouesses techniques nationales. Ils présentent ici le visage d’une Suisse aux infrastructures modernes et provoquent une prise de conscience chez le visiteur sur la manière dont elles ont transformé son quotidien.

  • L’Expo s’étendant sur cinquante hectares, les organisateurs souhaitaient un moyen de transport permettant aux visiteurs de faire le tour de la manifestation. Le monorail surélévé est alors imaginé par les entreprises Habegger et Von Roll. Crédit: Maurice Jeanrenaud

  • Le Monorail reste un souvenir marquant pour de nombreux visiteurs. Crédit: Eric Ceppi

  • A une vitesse de 16km/h, il promenait les curieux au travers des différents secteurs. Crédit: Archives cantonales vaudoises

  • Le Monorail comportant des gares dans chacun des pavillons, le visiteur pouvait descendre ou embarquer à sa guise. Crédit: Archives cantonales vaudoises

  • Et pour les imprévus de parcours, on utilisait l’échelle… Crédit: Archives cantonales vaudoises

  • Du 30 avril au 25 octobre 1964, le monorail a enregistré 6 millions de passagers. Crédit: Musée historique de Lausanne

  • Surélevé, le Monorail passait au-dessus du lac Léman. Crédit: musée historique de Lausanne

  • Le train aérien était pouvait transporter 15'000 personnes à l’heure . Crédit: Raymond Bourquin

  • Le Monorail traversant les rafraichissantes pelouses de Vidy. Crédit: Raymond Bourquin

  • Chaque train comportait une soixantaine de places. Crédit: J-J Rapin

  • Après l’Expo 64, le train aérien a baladé les visiteurs de l’exposition universelle de Montréal en 1967. Crédit: J-J Rapin

  • Finalement en 1967, le Monorail a été monté au Pleasure Beach Blackpool , un parc d'attractions situé dans le Lancashire, en Angleterre. Crédit: Luc Flotiront

Références

  • Barrat Raymond, Les transports à l’honneur, documentaire TSR, 1964
  • Bärtschi Hans-Peter, Chemins de fer fédéraux, Dictionnaire historique suisse
  • Sandmeier Stefan, Routes nationales, Dictionnaire historique suisse
  • Communications et Transports, Vignette de présentation, Exposition nationale suisse, Lausanne, 1964
  • Construire une exposition, publié avec le concours de l’Exposition nationale sous la direction d’Alberto Camenzind, Librairie Marguerat, Lausanne, 1964.
  • Le livre de l’Expo, Editions Payot Lausanne, 1964
  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises
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  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises

L'Industrie et l'Artisanat

Où la Suisse fabrique son avenir

Par Julie Kummer

«Je suis certain que ma lettre d’engagement est encore quelque part!» Jean-Werner Signer, chef du secteur Industrie et Artisanat de l’Expo 64, est plié en deux au-dessus des innombrables documents de l’époque qu’il a soigneusement conservés dans sa cave. Et même plié en deux, le Veveysan est encore très grand. «Long! Je ne suis pas grand, je suis long», s’empresse de préciser l’octogénaire. Très élégant dans son pull en cachemire bleu ciel, on imagine sans peine le trentenaire qu’il était lors de l’Exposition nationale. Il ouvre un vieux carton, laissant une odeur de vieux papier envahir la pièce, et en tire un cliché en noir et blanc de l’un de ses dossiers bien classés. «Regardez, là, c’est moi, avec les hôtesses de mon secteur.»

Jean-Werner Signer et ses hôtesses

Derrière la trentaine de jeunes femmes regroupées sur les marches d’escalier pour prendre la pose apparaît le partie centrale du secteur Industrie et Artisanat. Imaginé par les architectes tel un éventail bosselé, ou une main de béton à huit doigts, le pavillon est agrémenté d’un bassin d’eau claire. Au pied de la volée d’escaliers qu’il faut gravir pour accéder aux huit sections, Les industries chimiques, Horlogerie, Métaux et travail des métaux, L’énergie, Bâtiment et génie civil, Aliments, boissons et tabac, Industrie et machines textiles et Bois et papier, le secteur ressemble à une vaste villa design des années 1960.

La paume de cette main de béton est consacrée aux problèmes communs à toutes les industries suisses. «Le but était de montrer la palette complète de l’économie en Suisse et de faire prendre conscience aux visiteurs de l’interdépendance des branches diverses de l’industrie. Les progrès de l’une n’étaient possibles que s’il y avait des progrès dans les autres, se souvient Jean-Werner Signer. Du centre aux extrémités, l’on passait du général au particulier et c’est ce qui a été très apprécié.» Des étincelles dans les yeux, le Veveysan poursuit. «J’ai été engagé en 1960 et le gros de mon travail a été effectué pendant les quatre premières années. Contacter toutes les grandes entreprises suisses et les convaincre d’investir un gros budget pour venir exposer leur savoir-faire aux citoyens helvétiques, monter une équipe et gérer le tout. Durant l’Expo, mon rôle était de veiller à ce que tout fonctionne sans pépin.»

  • Le secteur Industrie & Artisanat









Si tout s’est très bien déroulé, ce n’était pas gagné d’avance. Dans la partie générale, les limites de l’expansion industrielle et ses difficultés sont représentées par des symboles, des textes, des photos, des films et des caricatures qui attirent l’attention sur les problèmes d’approvisionnement en énergie, de la pénurie de main d’œuvre et de cadres, ainsi que sur le fléau de la pollution des eaux. Jusque-là, rien qui ne puisse poser de souci majeur. Par contre, pour illustrer les différentes industries présentes, chaque «doigt de béton» accueille une reproduction de l’environnement de travail réel. Le bruit des troncs fendus à la scie assourdit le visiteur de la section Bois, tandis que la création d’éclairs en direct terrorise celui de la section Energie.

«L’attraction phare d’Industrie et Artisanat, qu’aucun visiteur n’a raté, était la promenade en télépanier», se souvient Jean-Werner Signer. Il faut grimper dans la partie supérieure de la halle réservée à la section Aliments, boissons et tabac, pour y accéder. Arrivé face à des centaines d’emballages colorés reproduits à l’infini et suspendus par des fils, il est temps d’entrer dans le moyen de transport le plus original de l’Expo 64. Suspendu à un rail, un panier à commissions géant pouvant accueillir jusqu’à quatre personnes emmène ceux qui n’ont pas le vertige en balade au pays de la consommation. Envahi par les bouillons lyophilisés, les plats précuisinés et les boissons énergisantes, le visiteur y voit la grande diversité des produits suisses.

Le Télépanier

Malbouffe et révolution industrielle

La section Aliments est l’illustration même de la véritable révolution alimentaire survenue en Occident depuis la fin de la deuxième Guerre Mondiale. «L’alimentation générale a subi plus de changements depuis 1945 que de l’an 8000 avant J.-C. à nos jours, détaille Philippe Ligron, maître d’enseignement senior à l’Ecole Hôtelière de Lausanne. A la fin de la deuxième Guerre Mondiale, les gouvernements se sont dit qu’ils devaient trouver des solutions. La réponse a été trouvée dans l’industrialisation.»

Si les nouveaux procédés de transformation des denrées alimentaires présentés à l’exposition, tout comme l’apparition des nouvelles technologies qui apportent en cuisine robots ménagers et fouets électriques, semblent rendre la vie des ménagères plus belle, le revers de la médaille est moins séduisant. «Qui dit industrialisation dit grosses quantités. Il faut donc adapter les normes d’hygiène et augmenter le temps de conservation. C’est la grande entrée des additifs alimentaires. En plus de cela, il y a une américanisation de l’Europe suite à la deuxième Guerre Mondiale, qui entraîne l’apparition du fast-food. Bref, c’est la fête, les gens mangent n’importe quoi et personne ne s’en rend compte », ajoute Philippe Ligron.

Le badaud sort de cette ode à la consommation pour entrer dans une section qui glorifie la nouvelle alimentation. Comme l’indique la fiche d’information du groupe Aliments, le but de leur présence à l’Expo 64 est de montrer que «par la préparation d’aliments prêts à l’emploi, précuits ou du type dit «instantané», cette industrie (n.d.l.r: l’agro-alimentaire) s’adapte aux changements sociaux qui rendent souvent la préparation d’un repas rapide nécessaire, sans que sa saveur ou sa valeur nutritive en soit diminuée pour autant».

La peu digeste abondance de produits alimentaires industriels à laquelle il vient d’être confronté n’empêche aucun visiteur d’avoir l’eau à la bouche en entrant dans la partie consacrée à l’industrie suisse du chocolat. «J’avais 13 ans. C’est un endroit où on adorait aller. On voyait tout ce chocolat s’écouler juste devant nous… », se souvient Christiane Lambert, fille de Paul Ruckstuhl (directeur des finances de l’Expo), les yeux illuminés d’une étincelle de gourmandise. Reste qu’au regard de notre consommation actuelle de chocolat, les Suisse de l’époque font figure de petits mangeurs.. En 1962, on comptait en effet 7,5 kilos par habitant, contre 12 kilos et une place de numéro 1 mondial en 2013.

  • Publicité pour le chocolat Cailler, 1964, ©Nestlé SA.

  • Publicité pour les chocolat Frigor, 1964, ©Nestlé SA.

  • Publicité pour le chocolat Toblerone, 1964, ©Mondelēz International
  • Publicité pour le chocolat Villars, années 1960

  • Publicité pour les Choco Petits Beurres assortis, 1973, ©HUG AG

  • Publicité pour le chocolat Villars, 1960

  • Publicité pour les soupes instantanées Maggi, 1964, ©Nestlé S.A.

  • Publicité Bell, 1963

  • Publicité Schweppes, 1964

  • Publicité Hag, 1964

  • Publicité pour les cœurs dame de Wernli, ©HUG AG

  • Publicité Ovomaltine, 1965

  • Publicité pour le Passioona, 1964

  • Publicité pour le chocolat Tobler, 1964, ©Mondelez International

Sortant de sa cave une «Cuvée Expo 64» issue des vignes du secteur Terre et Forêt, «et qui n’a été distribuée qu’aux chefs de secteur», Jean-Werner Signer se rappelle avec fierté: «C’était une période de haute conjoncture. Les différentes branches de l’économie fonctionnaient bien et on voulait que les gens le sachent. Cela redonnait confiance. C’était ça l’élément rassembleur de l’Expo: redonner confiance!», souffle le Veveysan en remettant bien à sa place une bouteille qu’il n’ouvrira sans doute jamais.

Références

  • Fiches d’informations du secteur Industrie et Artisanat, Exposition nationale suisse, Lausanne, 1964
  • MOOSBRUGGER et WEIGNER, L’aventure de l’Expo: La Suisse aujourd’hui et demain, Olten, Walter-Vorlag, Suisse
  • Le livre de l’Expo, Payot Lausanne, Hallwag, Berne, 1964
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  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises

Les Echanges

Où la Suisse se place au coeur de l’Europe

Par Sarah Bourquenoud

C’est pas parce qu’on est petit… A l’image de celle qu’il veut donner de la Suisse, le secteur des Echanges est petit (8670m2). Mais trépident, et inventif. Sous de grosses structures en polyester, première réalisation du genre au monde, le visiteur se retrouve plongé au coeur d’un vaste marché, celui de cette Suisse au cœur de l’Europe et du monde. On y entend une curieuse symphonie, celle des machines, tout en regardant manger de vrais crocodiles. Décalée, aussi, la Suisse des Echanges.

Le secteur des Echanges

L’objectif est simple: illustrer les divers aspects de l’économie, thème qui occupe la partie centrale du secteur à laquelle mènent toutes les entrées. Quatre autres zones sont dédiées au commerce, aux banques, aux assurances, et aux sections auxiliaires (de la prévention des accidents à la publicité, en passant par les douanes ou les emballages).

Pas de discours rébarbatifs, mais des présentations ludiques pour donner vie à des concepts théoriques: ici une roue de loterie explique la loi du grand nombre dans les assurances, là des crocodiles (des vrais, ceux qui croquent) dans leur eau vaseuse évoquent les risques de la vie moderne. Le visiteur est confronté à la matière, et peut participer par des actions pratiques. Exemple: il est possible de souscrire une police d’assurance vie pour 50 centimes, valable pour une journée. En 1964 déjà, les Suisses figurent parmi ceux qui paient le plus pour leur sécurité. Chaque habitant dépense alors en moyenne 1100 francs par an pour les assurances.

La Symphonie des échanges

Le clou du secteur est sans aucun doute la Symphonie des Echanges composée par Rolf Liebermann. Les télex et les machines à écrire martèlent en chœur une musique en quatre mouvements, jouée par 156 appareils dirigés par un poste de commande électronique. En 2 minutes et 45 secondes, le concert insolite fascine petits et grands. «C’était impressionnant, se rappelle le photographe officiel de l’Expo, Maximilien Bruggmann. Surtout le rythme, pour moi qui suis un ancien batteur de jazz.» Christiane Lambert, 13 ans à l’époque, en a gardé un souvenir marquant: «Je l’entends encore dans ma tête!» Et certains ne s’en lassent pas. Hôtesse durant la manifestation, Françoise Weissbrodt-Eschmann est retournée à plusieurs reprises assister à l’étrange musique: «J’adorais aller voir ce concerto pour machines à écrire.» D’autres trouvent la prestation plutôt déstabilisante. « C’était choquant pour des gens de la génération de nos parents », raconte Jean Jacques Schwaab.

Pour les oreilles moins musicales, il reste à admirer les installations étonnantes du secteur, comme les quatre radars symbolisant les grandes foires commerciales de la Suisse, les kaléidoscopes d’emballages ou des voiliers volants symbolisant l’Europe.

Références

  • Construire une exposition, publié avec le concours de l’Exposition nationale sous la direction d’Alberto Camenzind, Librairie Marguerat, Lausanne, 1964.
  • Le livre de l’Expo, Editions Payot Lausanne, 1964
  • Schweizerische Landesaustellung Lausanne 1964 – Feld und Wald , imprimerie Jean Bron Lausanne, 1964
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  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises

La Terre et la Forêt

Où la campagne descend à la ville

Par Sarah Bourquenoud

C’est un peu la campagne à la ville. Plus vaste secteur de la manifestation, lié au parc du château de Vidy et au parc Bourget, la Terre et la Forêt donne à Lausanne des airs de village paysan. Ici, il est possible de humer l’odeur de l’étable, de toucher des poussins ou de se balader dans une forêt reconstituée. Les rutilants tracteurs modernes côtoient les concours de bétail en tout genre, et l’arène accueille chaque jour des défilés et les journées des cantons, avec ses participants en costumes folkloriques. Une série d’expériences qui assurent le franc succès du secteur Terre et Forêt auprès de visiteurs de tous les âges.

Journées cantonales

Si la Terre et la Forêt a autant d’importance en terme de volume, c’est parce qu’il abrite une expo dans l’Expo: celle de l’agriculture et de la sylviculture, un événement national organisé pour la 12ème fois, et qui se tient environ tous les dix ans en Suisse. Son but: rapprocher la population des villes et celle des champs, et promouvoir les connaissances professionnelles des paysans. En montrant les beautés de la campagne, ainsi que les avancées techniques des métiers de la terre, on veut faire prendre conscience au citadin la nécessiter de sauver l’agriculture suisse. De même, l’espace forêt expose l’importance vitale de la forêt et du bois pour le pays. En 1964, 11% de la population suisse vit du sol, soit 130'000 familles, qui travaillent pour couvrir les besoins de 60% du pays.

Tout le secteur Terre et Forêt a été conçu pour mettre en valeur la nature, sans trop la canaliser ni la transformer. Erigés sur un terrain magnifique, les bâtiments de l’exposition, en majorité construits en bois et en toiles tendues, sont entourés d’arbres, de végétaux, de clairières et même d’une plage de sable. Le niveau principal des bâtiments est conçu au-dessus du sol pour préserver le terrain et la végétation existante, et des champs de fougères, de plantes et de fleurs s’introduisent presque jusque dans les constructions. La place de Granit, réalisée par l’artiste Bernard Schorderet, assure une liaison entre les différents niveaux de la rive du lac. Une construction sur pilotis est réalisée pour l’exposition consacrée à la pêche et au Restaurant Lacustre. Le tout doit donner un sentiment aérien et libre, une légèreté qui incite à flâner et à se reposer.

Pintes romandes

Pour séduire le public, pas question de lui mettre sous le nez des panneaux explicatifs, il doit pouvoir toucher, expérimenter, goûter. Il peut voir de près le travail des paysans dans des exploitations modèles, admirer la dextérité du bûcheron ou applaudir les meilleurs éleveurs du pays. Les vaches sont traites devant les visiteurs, les vignerons servent leur propre vin dans les pintes construites avec des rondins au bord du lac, au Petit-Bourget. Une vigne cultivée durant l’Expo permet de vendanger une cuvée spéciale [Photo bouteille]. Enfin, la grande arène de sable offre chaque jour des démonstrations et des concours: présentation d’animaux, dressage de chevaux, cortège fleuri des journées cantonales, travail à la tronçonneuse.

«L’espace Terre et Forêt représentait un bastion de notre pays, car une personne sur huit vivait alors à la campagne», se souvient Françoise Weissbrodt-Eschmann, qui a travaillé au service de presse puis comme hôtesse durant l’Expo. Elle a même eu l’honneur de baptiser Tulipe, la seule petite vache née durant la manifestation.

Partout, pour marquer les esprits, des réalisations symboliques remplacent les chiffres ou les discours. Des rongeurs qui dévorent des parcelles d’herbe représentent la dilapidation des terres due à la spéculation, par exemple. Adolescent à l’époque, Jean Jacques Schwab se souvient d’un pavillon qui représentait les évolutions possible de Lavaux, selon un développement modéré ou important. «Cela permettait de voir que tout pourrait aboutir à une sorte de mitage des terres», se souvient-il.

  • Cortège Tessinois à l’Avenue de Tivoli

  • Le cor des Alpes à l’honneur sur l’Avenue de Provence

  • Les jeunes Argoviens, dont les aînés avaient refusé les crédits en faveur de l’Expo, amènent un vent de fraîcheur lors de la journée dédiée au canton alémanique.

  • Démonstration de dextérité devant un public amusé

  • Bâle-Campagne s’invite sur l’Avenue de Tivoli

  • Un Jazz-band fait danser la foule à Saint-François.

  • Pic-nic et détente d’un groupe de Vaudoises après leur cortège en habit paysan traditionnel.

  • Cortège Schwytzois à l’Avenue Georgette

  • Défilé sur l’Avenue de Provence

  • Pic-nic et détente d’un groupe de Vaudoises après leur cortège en habit paysan traditionnel.

Plus loin, un assortiment de pièces de machines agricoles symbolise la mécanisation de l’agriculture… Car si la tradition et les richesses spirituelles de la terre sont valorisées, on est aussi fier de présenter au public les avancées de la technique moderne, à travers laquelle on voit le salut du paysan suisse. Des changements énormes ont marqué la paysannerie depuis la précédente exposition nationale, et les inventions high-tech tranchent à côté des armaillis en costume qui traient à la main. Une centrale laitière pilote débite ainsi devant les visiteurs un berlingot de lait pasteurisé par seconde, 70 plaques de beurre par minute, et une demi-tonne de crème glacée par heure. A déguster sur place, évidemment.

Références

  • Construire une exposition, publié avec le concours de l’Exposition nationale sous la direction d’Alberto Camenzind, Librairie Marguerat, Lausanne, 1964.
  • Le livre de l’Expo, Editions Payot Lausanne, 1964
  • Schweizerische Landesaustellung Lausanne 1964 – Feld und Wald , imprimerie Jean Bron Lausanne, 1964
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  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises

Le Port

Où la Suisse s’amuse

Par Anetka Mühlemann

Dans la pénombre de la nuit, les grandes voiles déploient des tons rouge orangé qui appellent à la gaité. Les couleurs chaudes se reflètent dans le Léman comme une ribambelle de soleils couchants aux formes cubistes. De quoi en mettre plein les mirettes aux visiteurs. Le spectacle visuel n’a d’ailleurs pas manqué de toucher l’œil averti de Maximilien Bruggmann, le photographe officiel de l’Expo 64. «L’eau qui reflète les lumières, c’est sublime», assure le chasseur d’images. Emblème de l’exposition nationale, la forêt de toiles triangulaires participe au caractère joyeusement lacustre du secteur du port.

Mission accomplie pour l’architecte Marc-Joseph Saugey, qui est parvenu à «créer un effet de choc». Les voiles dans l’air du temps confèrent une unité à cet espace dévolu à la détente, à l’amusement, à la distraction. Pour doter le site d’un sympathique port de petite batellerie, le Genevois est allé puiser son inspiration dans plusieurs cités portuaires des Pays-Bas. Son voyage lui a notamment fait découvrir le point d’eau qui jouxte l’ancien château de La Haye, le zoo d’Amsterdam et le centre d’attractions de Scheveningen. Autant d’éléments soigneusement incrustés dans ce village de vacances d’un genre nouveau.

Les parapluies polychromes abritent pintes et dancings. Dans la torpeur de la nuit, les danseurs de rock’n’roll se livrent à des mouvements endiablés. Le public se déplace aussi pour les orchestres vedettes annoncés dans la presse. Certains se tiennent au Casino, dont les jeux d’argents ont déclenché une croisade morale de la part de mouvements chrétiens et féministes. Dans cette contrée de marins d’eau douce, les vices n’ont pas la cote… Le temple du jeu a donc été isolé au-dessus de l’eau et la sécurité veille au grain. «Avec ma future femme, nous avons voulu entrer, raconte Gilbert Fontolliet, alors étudiant nu “Poly” (l’actuelle EPFL). Mais elle n’avait pas sa carte d’identité.» Il n’y a pas que les mineurs qui sont interdits d’accès. «On ne pouvait pas miser plus de 100 sous, glisse malicieusement Françoise Eschmann, alors collaboratrice au service de presse. J’ai donc misé 100 sous (ndlr: cinq francs) et j’ai tout récupéré!»

  • Le Port

  • Vue aérienne du port Crédit: Musée historique de Lausanne

  • Les couleurs des grandes voiles symbolisent les mondes de la ville (carrefour et lumières) et de la campagne (eaux et couleurs). Crédit: Musée historique de Lausanne

  • Flottant sereinement sur l’eau, les cygnes et les bateaux invitent à la détente. Crédit: Jacques Bielmann

  • La tour Spiral confère de la verticalité au secteur. Crédit: Pierre Laurent

  • L’édifice panoramique portraituré par le photographe officiel d’Expo 64. Crédit: Maximilien Bruggmann

  • Vue d’en-haut, toiles et bateaux offrent un joli festival de couleurs. Crédit: Raymond Bourquin

  • Exilé au milieu de l’eau, le casino invitait aux plaisirs des jeux et de la danse. Crédit: Raymond Bourquin

  • Deux hôtesses en train de casser la croute au port, où bars et restaurant étaient légion. Crédit: Musée historique de Lausanne

  • La fosse aux ours de Berne est devenue lausannoise, le temps d’Expo 64. Crédit: Musée historique de Lausanne

  • Le petit train, alias l’attraction préférée de nombreux enfants. Crédit: Philippe Cochet

  • Coucher de soleil sur le port. Crédit: Jacques Bielmann

  • Walt Disney aimait à se balader dans le secteur du port, qu’il appréciait particulièrement. Crédit: DR

  • Balade en monorail aux abords du Cirque Knie. Crédit: Jean-Jacques Rapin

  • La vieille ville de Lausanne vue depuis le secteur du port. Crédit: Archives cantonales vaudoises / M. Perrenoud

Autour des toiles tendues, la cité de l’amusement prend des allures foraines avec diverses attractions. Grand pourvoyeur de sensations fortes, le grand huit distille continuellement des cris hystériques. Le cirque Knie y a aussi planté son chapiteau, sa ménagerie et ses roulottes, sans oublier son joyeux cortège d’artistes. Plus près du lac, les enfants n’ont d’yeux que pour le petit train. «Mes deux filles me demandaient souvent d’aller faire un tour», sourit Pierre Oehrli, médecin installé non loin de là qui, pour sa part, est plutôt fan du monorail. «C’était révolutionnaire pour la Suisse, poursuit le docteur. On circulait au-dessus des gens, dans les pavillons.» Juste à côté, Berne a délocalisé sa fameuse fosse aux ours. «J’aime bien les nounours: c’est gentil», rigole Jean-Pierre Perret qui, grâce à son uniforme de Securitas, a pu descendre admirer les plantigrades d’encore plus près.

Visible loin à la ronde, la tour Spiral monte en tournoyant jusqu’à atteindre une altitude de 83 mètres. A bord de sa cabine circulaire, soixante personnes réparties sur deux étages peuvent embrasser toute l’exposition d’un seul regard. Une expérience qui inspire. «Je suis monté et j’ai composé un morceau qui s’appelle Spiral Song, dans le style de musique qui fait grimper», s’amuse Roland Biolley, musicien de jazz qui s’est d’ailleurs produit à l’Expo. Les passagers du Spiral ont droit à trois rotations complètes: durant la montée, au sommet et à la descente. Nombre de vidéastes amateurs en profitent pour immortaliser le panorama sur bobine couleur.

La tour Spiral

Mouvement inverse avec le Mésoscaphe qui descend dans les profondeurs du Léman. Attraction phare de l’Expo 64, le premier sous-marin du monde à vocation touristique a vu le jour dans un pays sans accès à la mer. Les plongées ont débuté avec deux mois de retard, en raison d’une expertise et de modifications exigées par l’Office fédéral des transports et qui ont abouti à la mise à pied de l’équipe de Jacques Piccard. Cette affaire n’a nullement entaché l’attrait de l’Auguste Piccard et de nombreux visiteurs se rendent à l’Expo pour embarquer à son bord. Par contre, le prix du billet (40 francs, soit 20 fois le prix d’une balade en monorail sur l’entier du circuit et l’équivalent de 150 francs actuels) en fait reculer plus d’un.

Les plus chanceux peuvent donc tutoyer les 300 mètres de fonds. Toute une aventure pour ces émules du capitaine Nemo qui se laissent enchanter par un monde lacustre baigné de lumière verdâtre. D’autres ressortent déçus de ne pas avoir vu de poisson. Mais pas ce gradé de la marine italienne. «Le commandant Romano (ndlr: qui a fait carrière dans les sous-marins militaires, donc sans vitre) nous a remercié de lui avoir permis de voir… l’eau», pétille l’ancienne hôtesse Madeleine Kaempf.

  • Le mésoscaphe

  • Conçu spécialement pour Expo 64, le mésoscaphe Auguste Piccard est le premier sous- marin à vocation touristique.

  • C’est le grand Jacques Piccard – il a pulvérisé le record de plongée (-10 916 m) à bord du bathyscaphe inventé par son paternel – qui supervise la réalisation du mésoscaphe.

  • Concepteur technique du mésoscaphe, Georges Spinnler exécute le gros des plans en se basant sur les développements mis au point par les Allemands et calcule la stabilité ainsi que la flottabilité.

  • Construction du mésoscaphe dans les ateliers Giovanola, à Monthey.

  • «Il était prévu de mettre le mésoscaphe de 160 tonnes à l’eau sur des rails, relate le technicien Erwin Aebersold. Le terrain était instable. Les CFF liquidaient une locomotive à vapeur et elle faisait le même poids que le mésoscaphe.»

  • Avant de délivrer le permis de navigation, l’Office fédéral des transports a exigé qu’un comité d’experts se penche sur le prototype.

  • Le bras de fer entre le collège d’experts et Jacques Piccard conduit à l’éviction de ce dernier. Georges Spinnler, qui participe au projet depuis sa genèse, est alors appelé pour diriger la fin des travaux.

  • Première plongée «statique» des journalistes, le 15 avril 1964.

  • Une expérience contée par Bertil Galland et Jacques Besson dans la Feuille d’Avis de Lausanne du lendemain.

  • A la mi-juillet, soit avec deux mois et demi de retard, le mésoscaphe est fin prêt à démarrer son exploitation commerciale.

  • A son poste, Erwin Gartenmann, le seul pilote suisse de l’exposition, affiche un sourire radieux.

  • Toujours pour des raisons de sécurité, la direction de l’Expo a décidé de confier les commandes de l’Auguste Piccard à des sous-mariniers professionnels.

  • La veille du lancement des croisières subaquatiques, des journalistes ont pu prendre place dans les fauteuils écarlates.

  • A cette occasion, les organisations de l’Expo 64 ont dévoilé les 12 modifications apportées au sous-marin à la suite du rapport de la commission d’experts, comme le mentionne cet article paru le lendemain dans la Feuille d’Avis du Valais.

  • Les premiers passagers se pressent le 16 juillet. Mais avant de grimper à bord du mésoscaphe, ils doivent se soumettre à la pesée, ce qui n’était pas du goût de certaines gentes dames quelque peu soucieuses de leurs petits kilos en trop.

  • Les touristes lacustres peuvent observer le paysage sur un écran qui diffusait les images filmées à l’extérieur du mésoscaphe ou à par un hublot.

  • Les plus chanceux ont vu défiler quelques poissons.

  • Le paysage du lac – encore bien sale – se trouve à mille lieues de celui dépeint sur les illustrations du mésoscaphe.

  • Autres sources d’amusement, les hôtesses avec leurs sourires radieux et leur espièglerie.

  • «Le soleil tapait sur le cigare d’acier. Et en plongeant dans une eau à 4°C, cela fait de la condensation, raconte Madeleine Kaempf. Une fois, j’ai oublié d’éteindre le micro et j’ai dit «t’as vu, il y a de la fumée»». Panique garantie auprès du public!

  • Au retour, un matelot bondit de la vedette pour recevoir les amarres lancées depuis le port.

  • Les artistes du Cirque Knie ont grimpé à bord de l’Auguste Piccard le 4 août 1964.

  • Les ours sont-ils autorisés à bord?

  • «Chacun son billet!», semble répliquer le singe.

  • Pouvant atteindre les 6 nœuds en surface, le submersible ne craint pas de naviguer par gros temps.

  • Et par beau temps, le nettoyage du vaisseau a des airs de séance de bronzage.

  • Le mésoscaphe s’est rendu à Genève le 19 septembre 1964.

  • A cette occasion, une plaque commémorative a été déposée au fond du Petit Lac.

  • Durant son exploitation sur le site de l’Expo 64, soit du 16 juillet au 25 octobre, le mésoscaphe a accueilli 21'971 passagers.

  • L’Auguste Piccard a encore emmené des visiteurs, après que l’exposition nationale a fermé ses portes.

Les flots lémaniques accueillent aussi les bateaux de la CGN (Compagnie générale de navigation), qui font voir du pays aux visiteurs tentés par une croisière. Pour proposer une embarcation qui sorte de l’ordinaire, la compagnie a fait l’acquisition d’un drôle d’oiseau: l’Albatros. Cet hydroglisseur blanc à stries rouges fend facilement la vague. «Formidable, lâche Jean Jacques Schwaab qui, du haut de ses 15 ans, a fort apprécié l’expérience. La navette allait à près de 70 km/h.» «Ce bateau s’arrête aussi très vite, complète Aldo Heymoz, employé de la CGN qui a assisté à la livraison de la vedette. Dès que l’on coupe le moteur, l’Albatros s’enfonce à cause de ses ailes portantes. Mais à l’accostage, elles nécessitent que l’on fasse très attention». Figure de proue du tourisme lémanique, la flotte de la CGN fait donc valoir ses atouts aux côtés d’un prototype tout droit sorti d’un bouquin de Jules Verne et de spécialités gastronomiques typiques de toute la Suisse.

Esquissant les atours touristiques du pays, le secteur du Port offre une belle vitrine à la Suisse. Il s’inscrit aussi dans l’air du temps comme témoin de l’augmentation du temps libre, offerte par l’important développement économique des Trente Glorieuses. Destiné à mettre les voiles en automne 1964, le village éphémère a laissé un souvenir lumineux dans les esprits de ses hôtes.

Références

  • Construire une exposition, publié avec le concours de l’Exposition nationale sous la direction d’Alberto Camenzind, Librairie Marguerat, Lausanne, 1964.
  • Le livre de l’Expo, Editions Payot Lausanne, 1964
  • Le sous-marin “Auguste Piccard”, Exposition nationale suisse, Lausanne, 1964
  • «Précision sur les projets Saugey à l’Exposition nationale suisse de 1964», par Armand Brulhart, in Art et architecture en Suisse, Berne, n°1 (année 45), 1994, pp. 45-52
  • Rapport général d’exécution concernant les services de police sur l’aire de l’Exposition nationale suisse 1964, Lausanne, 1965
  • Rapport général concernant la police d’ordre à l’Exposition nationale suisse 1964, Lausanne, 1965
  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises
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  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises

La Suisse vigilante

Où l'armée montre ses muscles

Par Fanny Giroud

Tout de béton et d’acier, le solennel pavillon de l’armée détonne avec les allées vertes et les attractions qui le cotoient. C’est la seule attraction que le joyeux monorail ne traverse pas! Baptisé La Suisse vigilante, il déroge à toutes les règles fixées pour les autres secteurs, puisqu’il a été conçu et piloté uniquement par un seul exposant, l’armée.

C’est ce que, dans le projet initial, la direction de l’Expo voulait éviter. Mais sur 5500m2 de terrain initialement prévu pour le sport, le Département militaire fédéral est parvenu à imposer ses vues, y faisant construire à la hâte, dès 1962, le décor spectaculaire et symbolique qui constitue la Suisse vigilante: un bâtiment circulaire fortifié par 141 piques, le «hérisson», et trois flèches de 48m qui se dressent vers le ciel.

Le secteur "La Suisse vigilante"

Le pavillon est conçu selon une scènographie étudiée. A l’entrée du site, le danger: des morceaux de métal déchiqueté, des photos de soldats et d’explosion nucléaire en tirage géant, des enregistrements sonores, où une voix répond à des questions antimilitaristes.

Deuxième temps dans le pavillon blindé, avec la sécurité: le visiteur y découvre une carte en relief où 13’000 signaux lumineux figuraient les mesures défensives du pays. Mais le clou du spectacle se trouve au deuxième étage, juste avant une impressionnante exposition d’armes diverses: la projection sur trois écrans géants d’un incroyable film d’action, La Suisse peut se défendre, dans une salle circulaire pouvant recevoir 1500 personnes.

Le film "Nous pouvons nous défendre" Armée suisse - CME

Le film, point culminant du spectacle, est une véritable démonstration d’efficacité de l’armée de milice, une grosse production aux effets époustouflants. Il aurait coûté au département un demi-million de francs de l’époque (l’équivalent d’un million aujourd’hui), selon l’historien Severin Ruegg.

L’armée confie sa réalisation à un Néérlandais, John Ferno, et un Amércain, Lothar Wolff, ce qui ne manque pas de faire scandale. A l’époque, difficile en effet d’accepter d’ouvrir à des étrangers les portes de secrets militaires jalousement gardés. D’ailleurs, de nombreuses séquences montrant des lieux sécurisés, comme le Réduit national, ont été supprimées du montage final.

Tourné en 70mm, une technologie nouvelle qui permet une prise de vue à 138 degrés et une qualité d’image très précise, le film n’en est pas moins l’une des prouesses techniques de l’Expo. Projeté sur trois écrans 18m de large, pour une surface totale de 410m2, La Suisse peut se défendre remporte un immense succès et sera diffusé internationalement après l’Expo.

  • Le «hérisson», comme l’ont surnommé les Lausannois. Crédit: Musée historique de Lausannne

  • Ce bâtiment circulaire symbolisait «la résistance opiniâtre et la puissance de notre défense appuyée sur le terrain». Crédit: DR J.-J. Rapin

  • Les trois flèches d’acier de 48 mètres de haut. Crédit: Luc Flotiront

  • Les trois monstres pèsent 75 tonnes au total. Crédit: DR J.-J. Rapin

  • Les piques visaient à montrer que notre armée «est aussi à même de porter de durs coups», selon la vignette de présentation du secteur. Crédit: DR J.-J. Rapin

  • Une bonne part de nos avions est «dissimulée dans des cavernes», explique-t-on aux visiteurs. Crédit: DR Luc Flotiront

  • Les diverses parties de l’exposition d’armes et d’engins étaient reliées par des panneaux. Crédit: DR J.-J. Rapin

  • Le béton et l’acier sont les seuls matériaux utilisés dans La Suisse vigilante. Crédit: DR J.-J. Rapin

  • Les trois flèches étaient orientées vers l’Est, ce qui n’a pas manqué de créer la polémique, raconte Gilbert Fontolliet, qui étudiait au Poly pendant l’Expo et s’était improvisé capteur de son amateur. Crédit: DR J.-J. Rapin

  • Rachetées par un Payernois pour 50'000 francs après l’Expo, les flèches ont fini au fourneau après avoir été découpées et concassées (ici en 2002). Le projet de les dresser au cœur du chef-lieu, dans les années 90, s’est heurté au refus de la Municipalité. Crédit: Jeanine Jousson

  • Le défilé des drapeaux et des étendards, lors de la journée de l’Armée à l’Expo le 12 mai 1964. Crédit: Eric Ceppi

  • Le grand défilé militaire au centre-ville lors de la journée de l’armée, avec ici «les Alpins» (troupes de montagne). Crédit: Archives cantonales vaudoises, PP 886/C 68

En pleine guerre froide, cinquante ans après la mobilisation de 1914, le programme de ce secteur de l’Expo est clair: réaffirmer que la Suisse peut se défendre et faire face aux «moyens modernes d’agression». Le département militaire fédéral, alors dirigé par le Vaudois Paul Chaudet, doit effacer les doutes des «pessimistes». Car les investissements de notre armée de citoyens soldats, qui se modernise à grand pas dans les années 1960, suscitent alors de nombreuses critiques.

Alors que la grande réforme des troupes 61 vient d’être adoptée, que le fusil d’assaut Fass 57 a remplacé le mousqueton 31, que de nouveaux blindés paradent dans les campagnes, des manifestations antimilitaristes et antinucléaires se succèdent à Lausanne. Sans oublier le scandale des Mirages, qui mènera à la démission de Paul Chaudet et qui explose en pleine Expo, lorsque le Conseil fédéral demande au Parlement un crédit supplémentaire de 576 millions de francs pour l’achat de 100 avions, devisé initialement à 871 millions.

Au-delà des polémiques, en 1964, ainsi que le commente alors Paul Chaudet, la Suisse vigilante «aura voulu donner une réponse dont chacun de nos concitoyens prendra connaissance avec fierté: la Suisse est capable de se défendre».

Références

  • La Suisse vigilante, Exposition de la défense nationale | Vignette de présentation
  • Lausanne 1964 et Genève 1968: l'armée s'expose, Le Brécaillon, Bulletin de l’Association du Musée Militaire Genevois - Décembre 2004
  • Construire une exposition, publié avec le concours de l’Exposition nationale sous la direction d’Alberto Camenzind, Librairie Marguerat, Lausanne, 1964.
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  • Vidéos: Jean-Pierre Perret, Archives RTS, Cinémathèque Suisse
  • Photos: collections privées, Musée historique de Lausanne, Archives cantonales vaudoises
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