Expositions 2025Ni féministes ni exclues: artistes!
De Chiharu Shiota à Françoise Pétrovitch, à Paris ou à Vevey, les plasticiennes sont invitées pour leur art. Pas pour réparer l’histoire.

- Chiharu Shiota au Grand Palais, l’expo événement à Paris. C’est une première européenne.
- La Brésilienne Tarsila do Amaral n’hésite pas à changer de style, c’est au Musée du Luxembourg, à Paris.
- Nadia Léger, une femme en lutte pour le peuple au Musée Maillol, à Paris.
- En Suisse, on attend Françoise Pétrovitch à Vevey et Carol Bove à Genève.
Des femmes à l’affiche d’institutions muséales, comme le Grand Palais à Paris (Chiharu Shiota) ou le Musée Jenisch à Vevey (Françoise Pétrovitch)? Bien sûr, ce n’est pas totalement nouveau. Mais c’est ce qui pourrait prouver qu’on a dépassé la tendance – réparatrice? – qui les voyait exposées par brassées. On pense à la Biennale de Venise 2022 avec 80% de signatures féminines sur le parcours officiel, ou à ces collectives alignant des noms comme gage de bonne conscience. Ou encore à cette insistance limite mercantile à marquer le coup: oui, venez, nous disait-on, on a des femmes dans notre exposition.
Des étapes qui ont duré, essentielles. Suivies aujourd’hui de vrais choix. De regards. D’un intérêt plus aiguisé. Même si on ouvre encore des institutions uniquement consacrées aux femmes – Poitiers vient de recevoir «Le Musée», 300 œuvres de femmes, réunies par une collectionneuse depuis 1990. Et même si les Guerrilla Girls restent dans le combat contre un bastion – elles viennent de vernir leur première expo commerciale à New York – ces grandes expos solos de l’année en cours enracinent une nouvelle normalité. Et qui sait: peut-être arrêtera-t-on d’ajouter femme, après artiste? Huit expos à Paris et en Suisse nous y encouragent.
Au Musée du Luxembourg, Tarsila do Amaral nous mène où elle veut

Le feu sacré «Femme varie», s’autorisait sarcastiquement François Ier! Tarsila do Amaral en a fait une immense qualité, celle d’une femme qui a su suivre son temps, mouvant. Alors elle lui a répondu, artiste, en changeant constamment de langage. Et peu importe si on ne la reconnaît pas, la Brésilienne (1886-1973) est dans le rythme du monde. À ses débuts, bonne élève d’une éducation bourgeoise, donc classique, elle laisse ensuite son intégrité la guider.

Belle femme, femme de goût, Paris lui va bien. Mais c’est le choc avec les avant-gardes qu’elle y cherche, et trouve. À sa manière. Le Brésil vit en elle? Pas ses stéréotypes, ni ceux de la peinture qu’on attend d’une femme. Tarsila est dans l’action, toujours, de ce monde qui bouge. Dans l’expo du Musée du Luxembourg, à Paris (prévue ensuite au Guggenheim à Bilbao), on ne la regarde pas, on la suit. Mêlant les racines cubistes à l’exubérance lumineuse du Brésil, surfant sur le goût pour l’exotisme sans lui donner totalement raison, plongeant sans complaisance dans les croyances ancestrales, elle fait de la peinture un langage qui vibre. Alors oui, Tarsila varie, mais… avec la modernité.
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Palais du Luxembourg, jusqu’au 2 février (tous les jours, 10 h 30-19 h), puis au Guggenheim à Bilbao (21 fév-1ᵉʳ juin). museeduluxembourg.fr
Au Grand Palais, Chiharu Shiota prend dans sa toile

Des histoires de fils L’effet «waouh» pourrait gagner, le potentiel instagrammable de l’expo Chiharu Shiota est évident. Même la commissaire en parle! Sauf que l’intensité de la beauté l’emporte et fait silence dans les salles du Grand Palais, à Paris, où les architectures de fils de la Japonaise se déploient, monumentales. Et éphémères. Parce qu’ainsi… est la vie. À 52 ans, la voix plus proche de l’insouciance que de la gravité des choses, la plasticienne en a le sens. Une perception aiguë. Profonde.

Avec ses fils de laine, elle lie les temporalités, les géographies intimes et universelles et elle nous prend dans sa toile. On est captif. Réceptif. On traverse ses œuvres, voyage de barques vides, concert muet, foule invisible. On tourne autour, on passe dessous, si près des âmes! De l’expérience de la mémoire, de l’absence. Mais on est toujours connecté, le miracle de Chiharu Shiota. Installée à Berlin, la plasticienne a écouté les leçons d’autres femmes engagées dans un art de la performance, Marina Abramovic, Rebecca Horn, mais aujourd’hui elle parle de son travail comme d’un «dessin dans l’air».
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Grand Palais, jusqu’au 19 mars (du mar. au dim., 10 h-19 h 30, ven., 10 h-22 h). www.grandpalais.fr
Au Musée Maillol, Nadia Léger brise son corset de «femme de»

Toujours devant! Elle a dessiné, portraituré et, bien sûr, elle a peint. Dans les traces de Fernand Léger, qui sera son mari. Comme dans celles de Kazimir Malevitch, icône incontournable de l’histoire de l’art en Russie et des avant-gardes européennes. Mais la Biélorusse Nadiejda Khodossievitch (1904-1982) a fait sa propre révolution au milieu de celles qui ont secoué son temps. Toujours aux avant-postes! En lutte. Propagandiste. Fière.

Dans ses autoportraits, nombreux, on ne croise pas son regard, il nous fixe. Nous tient. Et ne nous laisse pas tranquille. On dit même que cette posture intransigeante aurait freiné, si ce n’est éteint, sa postérité. Elle dira aussi: «Léger, c’est un géant […]. J’ai vécu près de lui, écrasée.» Mais si l’art de Nadia Léger ne ment pas, ouvertement inscrit dans un temps politique – celui du communisme, des peuples, de la résistance – il assied l’engagement d’une artiste attachée au fond autant qu’à la forme.
Musée Maillol, jusqu’au 23 mars (tous les jours sauf ma., 10 h 30-18 h 30). museemaillol.com/
La Suisse, aussi, prévoit de beaux rendez-vous

Françoise Pétrovitch Elle est presque une habituée du Musée Jenisch, à Vevey, mais, cette fois, c’est pour une expo solo que cette figure de la scène contemporaine vient avec son univers qui en dit beaucoup sur le nôtre (du 28 janvier au 25 mai, museejenisch.ch).

Carol Bove Installée à New York, née au bout du Léman en 1971, cette artiste très internationale est plus que jamais «La Genevoise», puisque c’est le titre de sa carte blanche. Et elle va aussi faire sien le Musée d’art et d’histoire de Genève, infiltrée dans ses collections en métallique girl (du 31 janvier au 22 juin, www.mahmah.ch)

Marisa Merz Dans l’expo «Arte povera» à la Bourse de commerce à Paris, Marisa Merz (1926-2019) était la seule femme liée à cette bande d’Italiens. Au Kunstmuseum de Berne, l’artiste est une singularité à l’écoute de la fragilité existentielle (du 31 janvier au 1er juin, www.kunstmuseumbern.ch)

Louisa Gagliardi Née à Sion en 1989 et formée à l’ECAL à Renens, la plasticienne multiplie ses sources, la pub, l’histoire de l’art. Elle croise les univers surréalistes et quotidiens et trace le sien, frayant avec la culture numérique comme avec la tradition. Remarquée dans l’expo «Unlimited» à Art Basel 2022, elle est attendue au Masi à Lugano pour sa première expo muséale en solo en Suisse (du 16 février au 20 juillet, www.masilugano.ch)

Suzanne Duchamp Elle avait créé la surprise en 2024 dans «100 ans de surréalisme» au MCBA à Lausanne avec le portrait critique de son frère, Marcel Duchamp. Il faut donc s’attendre à être de nouveau étonné par les œuvres de cette artiste (1889-1963), au Kunsthaus de Zurich, qui ne voulait pas «tout expliquer» (du 6 juin au 7 septembre, www.kunsthaus.ch).
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