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Gare de VeveyExpulsés pour une agression aux relents de trafic

Trois personnes ont été condamnés après une attaque au couteau à la gare de Vevey en 2019. Mais les juges n’ont pu rattacher cette violence au deal qui excède politiques et citoyens.

PATRICK MARTIN
La gare de Vevey est identifiée comme un site stratégique dans le deal de rue, mais les juges n’ont pu rattacher des violences d’octobre 2019 au trafic.
PATRICK MARTIN

Alors que le sentiment d’insécurité lié au trafic de drogue à Vevey a fait l’objet d’une intervention au Conseil communal en septembre, la justice de l’Est vaudois statuait lundi sur le sort de trois Nigérians impliqués dans une bagarre à la gare en octobre 2019.

Cet épisode s’inscrivait dans une série d’échauffourées autour des voies CFF, qui avait embrasé médias et réseaux sociaux il y a un an. Un ressortissant nigérian avait été attaqué un samedi soir par des compatriotes et blessé par objets tranchants. Trois hommes ont été arrêtés, deux prévenus pour l’agression, le troisième pour l’avoir commanditée.

L’impossible enquête

Ce procès illustre les difficultés de la chaîne judiciaire à répondre aux aspirations répressives du public face au deal et aux violences associées. Car tout est compliqué quand il s’agit de démêler une telle affaire.

Ces hommes très jeunes en séjour illégal, issus d’une migration potentiellement traumatisante, s’exprimant dans un sabir à peine compréhensible pour la traductrice anglais français mandatée par le Tribunal, compliquent les investigations par leur mobilité en Europe, leur propension à s’affubler de surnoms, leur micmac de cartes SIM et autres prêts de téléphone. Éclaircir leur degré d’implication semble insurmontable.

Les circonstances sont aussi rendues opaques par des récits mouvants, jusqu’à celui de la victime passablement ivre le soir fatidique: assaut organisé ou bagarre de rue? Coups de poing, de bouteille ou de couteau? Mêlée ou course-poursuite? Cinq, sept ou neuf protagonistes? Impossible de retracer la séquence. Encore moins de mettre la main sur d’éventuels autres participants.

À la surprise générale toutefois, les deux prévenus d’agression ont admis devant les juges avoir donné des coups. Sans expliquer le comment ni le pourquoi.

Un règlement de comptes

Recoupant ces aveux avec les dépositions du plaignant, la localisation rétroactive des téléphones et le témoignage d’un chauffeur de taxi (la gare de Vevey n’est pas équipée de vidéosurveillance), le procureur Jean-Marie Ruede a lu dans cette «ratonnade» un règlement de comptes évident entre dealers de la mafia africaine, à la redoutable organisation.

«L’attaque était préméditée. Le leader avait contacté les autres par téléphone et ils sont venus à Vevey en bons petits soldats, uniquement pour s’en prendre à leur victime, parce qu’il empêchait le bon déroulement de leur business. S’il n’a pas été tué, c’est parce qu’il devait servir d’avertissement, pour qu’il dise à tous les autres que la place stratégique de Vevey leur appartenait.»

Mais sa requête de peines «exemplaires», soit 4 et 5 ans ferme, n’a pas été suivie. Le Tribunal a buté sur les nombreux doutes pointés par les défenseurs: le manque de preuves a pesé lourd, comme l’impossibilité de confronter prévenus et plaignant, celui-ci étant absent au procès.

Les juges se sont basés sur les seules certitudes à disposition pour retenir les lésions corporelles simples qualifiées, l’agression et le rôle d’instigateur du troisième larron, sans pouvoir placer cette «expédition punitive» dans le contexte de deal notoire autour de la gare.

«Bien sûr que ce Tribunal n’est pas si bête que ça, a avisé la présidente Anne-Catherine Page. Mais rien au dossier, si ce n’est l’emplacement de ces gens, ne lui permet de retenir un trafic de stupéfiants. Encore moins le soupçon d’appartenance à la mafia noire.»

Dix-huit mois avec sursis de cinq ans et une expulsion de territoire pour six ans sanctionnent les trois prévenus. Ayant purgé entre 255 et 388 jours en préventive, leur libération a été ordonnée. Le Ministère public affirme qu’il s’accommodera du verdict et de cette peine bien inférieure à son réquisitoire. Jean-Marie Ruede: «L’essentiel des infractions a été reconnu, c’est tout ce qui importe.»

«Rien au dossier, si ce n’est l’emplacement de ces gens, ne permet au Tribunal de retenir un trafic de stupéfiants.»

Anne-Catherine Page, présidente du Tribunal correctionnel de l’Est vaudois
9 commentaires
    izidor niorant

    Ohla, fallait pas les libérer mais les RENVOYER !!! Ras le bol de la gentillesse envers ces parasites de l'asile. On n'a pas à être clément avec ces marchands d'addiction.