J’étais prête à tout pour mes deux enfants. Ils m’ont donné la force de tenir.
Iracema Mbambi
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Iracema Mbambi a 25 ans quand, en 2007, elle intègre la première volée du FORJAD. Angolaise, née en Suisse de parents réfugiés politiques, elle a grandi à Fribourg. Après une scolarité sans accroc et l’espoir de décrocher la maturité, la gymnasienne est prise dans une brutale tempête suite au divorce de ses parents. Elle s’installe à Lucens, devient mère célibataire, connaît les affres de la précarité. Elle doit abandonner tout projet de formation pour subvenir à ses besoins. Vendeuse, serveuse, hôtesse, elle aligne les petits boulots et s’épuise. Cela durera cinq ans.

Elle songe à un apprentissage, consciente que la formation est la clé pour sortir de la précarité. Mais une soixantaine d’employeurs refusent ses offres. Découragée, elle s’adresse à l’aide sociale et son assistante l’aiguille vers le FORJAD, alors en phase pilote: «Ce fut la chance de ma vie!»

Elle reçoit un appui en allemand, son point faible. Elle se voit proposer un apprentissage d’employée de commerce à l’Etat. Le FORJAD lui garantit la stabilité financière pendant sa formation. La contrepartie: elle court entre Lucens et Lausanne, jongle entre le travail en entreprise, les cours et ses deux enfants en bas âge. «Je me levais à 5 h du matin, je m’effondrais à peine les enfants couchés. A l’époque, on m’appelait superwoman! J’étais prête à tout pour mes deux enfants. Ils m’ont donné la force de tenir.»

Du FORJAD, elle dit que l’encadrement lui a «redonné confiance en elle». «Comme jeune adulte désireuse de se former, je n’étais pas prise au sérieux. Avec le soutien du FORJAD, le regard sur mon projet a changé.»

Le soutien d’un coach, dit-elle, fait que «tu n’es plus seule, tu vois le bout du tunnel». Mais elle souligne: «A la fin, c’est moi qui ne voulais pas baisser les bras. J’étais déterminée. C’est toujours l’individu qui décide de se prendre en main.»

Le parcours d’Iracema, désormais naturalisée, est une success story. Après son CFC, elle décroche sa maturité professionnelle. Elle travaille aujourd’hui à l’EVAM, l’organisme qui prend en charge les requérants d’asile attribués au canton.

Elle veille sur l’attribution des aides sociales au gré des situations évolutives des requérants. Son propre parcours l’a sensibilisée aux enjeux de l’action sociale: «A une époque je suis sortie de la route, mais je n’ai pas à le payer toute ma vie. C’est normal que les cabossés de l’existence aient droit à une deuxième chance.»

Après la rupture, je me reconstruis et j’ai à nouveau confiance en moi.
Mike Rey
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Mike parle de sa «traversée du désert» avec lucidité. A la fin de l’été 2010, son certificat secondaire en poche, il est plein d’espoir quand il entame un apprentissage d’assistant en pharmacie à Nyon, la ville où il a grandi. Après trois mois, c’est la rupture. La mauvaise entente avec le patron «pèse lourd» dans cet échec, dit-il. Se superposent des troubles privés: un travail difficile sur son identité et son rapport à son père qui a quitté tôt le ménage et coupé les ponts. Mike plonge dans la solitude, la dépression, l’addiction aux jeux vidéo et à l’informatique. «Je n’avais plus d’envie de rien. Je n’arrivais pas à me remettre en question.»

Il fait des stages mais ça se passe mal. Il échoue à trouver une nouvelle place d’apprentissage. Il se marginalise. Quatre ans passent. Sa sœur aînée, son «modèle», le convainc de s’adresser au social, de sortir de sa routine. Il est orienté vers Starter, la première étape du programme FORJAD. La mesure d’insertion consiste à suivre des cours préparatoires à la recherche d’un apprentissage. Mike y comble des lacunes scolaires et apprend à se comporter face à un patron pour gagner sa confiance. Il est aussi aidé à faire le point sur sa vie et à formuler des projets réalistes de formation.

Sa passion, c’est l’informatique. La littérature l’intéresse, surtout la culture japonaise autour des mangas. Il tient le rayon livres du Bric-à-Brac de Nyon. Un apprentissage en informatique ou en librairie le comblerait. En deuxième priorité, il envisage un travail d’assistant social éducatif ou d’assistant en soins et santé communautaire. Il vient d’accomplir deux stages en informatique et les rapports de stage sont excellents. «J’ai plongé mais j’ai grandi. J’assume ma trajectoire. Après la rupture, je me reconstruis et j’ai à nouveau confiance en moi. J’y crois et j’y vais au culot.»

Il loue le tact et la compétence de l’éducatrice et du coach qui l’encadrent. Il évoque l’excellente ambiance entre les jeunes rencontrés dans le programme Starter. Il a de l’humour et le montrera ce soir aux Docks. Avec d’autres jeunes inscrits au FORJAD, il arborera un T-shirt sur lequel sera imprimé son CV. Et le slogan: «Alors, vous m’engagez?» Mike animera aussi un café philo où seront distribuées de fausses offres d’emploi: «Futurs apprentis cherchent patrons.» Le profil idéal de l’employeur? «Qu’il soit convaincu de sa responsabilité de former. S’il le fait par devoir, ça ne marchera pas.»