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Musique classiqueFabrizio Chiovetta, dans le dernier havre de Beethoven

Le pianiste genevois grave les ultimes sonates pour piano du compositeur. Un regard fluide et profond.

Fabrizio Chiovetta, dans le dernier havre de Beethoven
Fabrizio Chiovetta, dans le dernier havre de Beethoven
GUILLAUME MÉGEVAND

Il y a, derrière un album, des histoires immergées que son écoute n’aide en rien à dévoiler, à moins de plonger dans ce substrat en compagnie de celui qui a commis l’objet. Les récits de Fabrizio Chiovetta, quand on évoque avec lui sa dernière aventure discographique, parlent d’une relation longue de plus de deux décennies, de ce lien tenace et constant qu’il a tissé avec les ultimes sonates pour piano de Beethoven, à savoir les «opus 109, 110, 111». Depuis longtemps, donc, le Genevois se penche sur ce corpus qu’on tend à considérer comme quasi insécable tant sa charge novatrice et ses tons testamentaires sont puissants, tant le temps de conception de chacune de ses trois pièces est rapproché.

Un sommet pour le piano

Il y a eu donc, dans la vie de l’interprète, un temps pour concasser les partitions, les noircir avec des annotations personnelles et se nourrir du propos qu’elles recèlent. Et puis il y a eu un jour où le point de bascule a été atteint: il a été alors naturel de s’enfermer pendant quelque temps dans une salle, celle à l’acoustique resplendissante de Dobbiaco – lieu montagnard et reculé du Sud-Tyrol où Mahler aimait se retirer pour composer – et de graver ces œuvres qui ont tant compté. «Elles incarnent à mes yeux le sommet de la littérature pianistique, nous dit l’interprète attablé, café bien serré à portée de doigts. Après m’être consacré à Haydn, Mozart et Schubert, il m’a paru logique de passer par ce Beethoven. L’anniversaire de sa naissance a été aussi un bon prétexte pour concrétiser cette sorte d’aboutissement.»

«J’ai voulu créer une illusion d’espace, d’ouverture quasi hypnotique.»

Fabrizio Chiovetta

Le résultat porte en lui les traces du lent processus de sédimentation que s’est concédé le musicien. De bout en bout, on entend là un piano à la fois tonique et élégiaque, empreint de tons méditatifs et de fulgurances virtuoses. Ce Beethoven avance dans une sorte de dépouillement, qui n’est pas un renoncement aux richesses du texte mais plutôt une nécessité d’y rester fidèle. «J’ai toujours gardé en moi, durant les séances d’enregistrement, la volonté de ne pas parasiter les partitions avec mon ego. Le grand challenge que j’ai voulu relever a été aussi de créer une illusion d’espace, d’une ouverture quasi hypnotique. Celle qu’offrent certains passages, comme la dernière variation de l’«op.111», aux allants si célestes. D’ailleurs, dans toute l’«Arietta», j’ai été particulièrement attentif à la cohérence du discours, dans un long mouvement qui s’étire sur dix-sept minutes. Il faut traverser tout cela d’un souffle uni, dans ce qui s’apparente à un phénomène de dilution rythmique.» Après avoir gravi ces grandes cimes du répertoire, le pianiste file déjà ailleurs. Son prochain album explorera les États-Unis et ses grandes figures du XXe siècle. Mais pas seul cette fois-ci. La clarinettiste Patrick Messina sera du périple.

«Beethoven, op. 109, 110, 111», Fabrizio Chiovetta, Aparté. En concert le 8 et 9 oct. avec Patrick Messina (clarinette), Spectacles Onésiens. Rens. www.onex.ch