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La pandémie par le prisme de l’artFace au Covid, Sid spraie des fresques solidaires

Le graffeur de Gland essaime des messages de gratitude et d’espoir. Avec la seconde vague, il repart de plus belle.

David Perez, alias Sid, a sprayé à Gland «un œil plein d’espoir», bien que tacheté de quelques coronavirus. CHRISTIAN BRUN
Appel à la solidarité
David Perez, alias Sid, a sprayé à Gland «un œil plein d’espoir», bien que tacheté de quelques coronavirus. CHRISTIAN BRUN
CHRISTIAN BRUN

«J’ai toujours rêvé de faire ce mur», déclare David Perez, alias Sid, en faisant neiger des écailles de peinture vieillie de la paroi sud-est du Garage Ruefenacht, à Gland. Le graffeur professionnel a choisi cette zone industrielle dont il apprécie l’atmosphère pour figurer un sujet qui lui tient à cœur: «On peut dire plein de choses avec les yeux donc, par rapport à cette Covid, c’est un œil plein d’espoir aujourd’huiLa réalisation de cette fresque nécessite pas loin de 70 sprays, une échelle et une sacrée dose de volonté pour peindre cinq heures durant alors que le thermomètre flirte avec le zéro degré. Pas de quoi effrayer l’artiste, dont l’acronyme signifie Suisse ibérique déterminé.

David Perez, alias Sid, a sprayé à Gland «un œil plein d’espoir», bien que tacheté de quelques coronavirus.
Vidéo: Anetka Mühlemann

Habiller les murs de la cité de solidarité, le Glandois de 35 ans s’y est attelé au printemps. Il voulait remercier, à sa façon, les personnes en première ligne de la pandémie. «C’est pour nous les héros du quotidien» s’exclame le créateur prolifique. Une infirmière, une caissière et une femme de ménage, toutes masquées, sont ainsi venues orner une paroi du passage souterrain qui fait la jonction entre Grand-Champs et Les Perrerets. Diffusées sur les réseaux sociaux, ses œuvres covidiennes ont généré plusieurs centaines de likes et de commentaires. Au point que divers journaux, dont le New York Times, parlent de sa démarche.

Photo: Facebook/Graffisid1

Surpris par cette visibilité soudaine, Sid garde les pieds sur terre en restant surtout sensible aux compliments des enfants et des seniors. «Ils sont plus cash, explique l’adepte de la culture hip-hop, également rappeur à ses heures. Cette fresque-là, je suis sûr qu’ils vont l’adorer!» Et de multiplier, bonbonne au poing, les gestes colorés qui, à force d’être superposés, donnent naissance à un regard d’une rare intensité.

«J’essaie de retranscrire l’amour à travers mes peintures, que ce soit mon amour de la nature, l’amour de la beauté du corps humain, de la vie, quoi»

Sid

C’est que le Vaudois, qui spraie depuis 2003, vit sa passion avec une touche de spiritualité, porté par l’envie de «rendre compte de la création divine». Au travers notamment des animaux et des individus. «J’essaie de retranscrire l’amour à travers mes peintures, que ce soit mon amour de la nature, l’amour de la beauté du corps humain, de la vie, quoi», confie le graphiste de formation.

CHRISTIAN BRUN

Cette nouvelle peinture géante représente aussi un défi technique, puisqu’il s’agit de transposer en graffiti une photographie macro. «Le réalisme m’a toujours impressionné. Mais avant je n’étais pas assez bon pour m’y attaquer», rigole l’intéressé. Tout en finesse, Sid laisse sa sensibilité s’exprimer, fignolant les cils et les gouttelettes qui captent la lumière. Sans oublier de noircir le regard de quelques intrus. «Tiens, des petits coronavirus!» Exécuté évidemment à l’œil, son message visuel s’adresse «à tout le monde: pour ceux qui ont perdu leur emploi et pour les victimes». Il ne manquera certainement pas d’attirer les mirettes des passagers CFF circulant sur le tronçon Nyon-Gland. «Si j’arrive à leur donner des sourires, créer des émotions, j’ai tout gagné!»