Éprise d’un autiste, une psy doit répondre de contrainte sexuelle

ProcèsUne pédopsychiatre roumaine doit répondre de contrainte sexuelle et d’abus de la détresse à l’encontre d’un Fribourgeois qu’elle n’avait plus le droit de suivre.

En mars 2017, le Canton a suspendu l'autorisation de pratiquer de la quadragénaire dans l'attente du procès. L'audience se tient ce mardi 2 juillet, à Fribourg.

En mars 2017, le Canton a suspendu l'autorisation de pratiquer de la quadragénaire dans l'attente du procès. L'audience se tient ce mardi 2 juillet, à Fribourg. Image: Keystone

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En juin 2016, la Dre S., une brillante médecin polyglotte du Réseau fribourgeois de santé mentale (RFSM), a été mise à pied puis licenciée. Son autorisation de pratiquer a été suspendue l’année suivante, dans l’attente d’un procès pénal pour contrainte sexuelle et abus de la détresse à l’encontre d’un jeune patient. L’audience se tient ce mardi, à Fribourg.

Cette quadragénaire roumaine était arrivée en Suisse à l’été 2013, afin d’intégrer l’unité pour adolescents de l’Hôpital psychiatrique de Marsens. Après six mois d’activité, la pédopsychiatre avait été amenée à s’occuper de Julien*, autiste bipolaire alors âgé de 16 ans. La relation thérapeutique a dégénéré lorsque le Fribourgeois est devenu majeur. En décembre 2015, la mère du patient a écrit au directeur du RFSM pour dénoncer le comportement de la doctoresse. La praticienne avait franchi la ligne rouge en rémunérant Julien pour que ce dernier – surdoué – donne des cours d’appui à ses enfants. Et surtout en le couvrant de cadeaux: ordinateur, habits ou argent.

«Quand le jeune homme faisait des plaisanteries à caractère sexuel parce qu’il était mal à l’aise ou stressé, la thérapeute entrait dans son jeu», a établi la procureure Yvonne Gendre. La quadragénaire s’est ensuite mise à lui envoyer des messages graveleux. «Moi, je veux vous goûter», écrira en mars 2016 la Roumaine au physique de femme fatale. Et ce malgré la fin du suivi ambulatoire de l’autiste bipolaire par la pédopsychiatre, décidée quelques semaines plus tôt par le RFSM.

Tombée éperdument amoureuse, l’accusée appelait Julien «mon prince». Environ une fois par semaine, ils se rendaient ensemble au McDonald’s. La praticienne a confié au jeune homme qu’il lui aurait «rendu la vie», elle-même ayant été «comme morte» avant leur rencontre. Elle l’aurait en tout cas harcelé par téléphone, et lui a proposé d’emménager dans son immeuble. Mais aussi d’entamer une formation de secrétaire médical afin de pouvoir travailler au même endroit. Ou même d’écrire un livre ensemble.

Fin mai 2016, l’autiste venait d’avoir 19 ans lorsqu’il a accepté de se rendre à une séance de thérapie proposée par une amie de l’accusée, en ville de Fribourg cette fois. À son issue, S. est restée seule dans le bureau aux côtés de son ex-patient. Ce dernier lui aurait répété qu’elle ne devait plus reprendre contact avec lui. «En désespoir de cause», indique la procureure Gendre, Julien aurait proposé à la pédopsychiatre de lui prodiguer une fellation, «dans le but d’en finir avec ce type de relation». Ce qui fut fait. Deux semaines plus tard, la Roumaine s’est rendue au domicile du jeune Fribourgeois avec du vin. Profitant de l’absence de sa mère, la quadragénaire aurait «insisté et profité de sa position ascendante sur lui pour le pousser à se laisser prodiguer une fellation». Les cinq juges devront établir si le jeune avait «la force mentale nécessaire» pour s’opposer aux avances de son ancienne thérapeute.

* Prénom d’emprunt

Créé: 01.07.2019, 21h14

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