AboFaune à GenèveGenève autorise le tir de 25 cerfs dans les bois de Versoix
Les autorités ont déterminé comment réguler la population de cerfs à Genève. Une pétition s’y oppose et demande d’introduire la méthode contraceptive.

Le plan de tirs pour réguler la population de cerfs à Genève prévoit l’abattage de 25 individus dans les bois de Versoix. Ce nombre a été établi avec les membres de la Sous-commission de la faune, sur la base du taux d’accroissement moyen des effectifs au cours des cinq dernières années.
Ces tirs sélectifs s’avèrent nécessaires pour compléter les mesures préventives et limiter les dégâts aux cultures locales et aux forêts des territoires voisins provoqués par cet animal, selon le Département du territoire. Le cervidé est friand de jeunes pousses d’arbres et de cultures, et sa population est particulièrement nombreuse dans cette région.
Le renforcement des mesures préventives (clôtures électriques pour protéger les cultures et exclos pour garder les cerfs à distance des arbres) n’a pas suffi, selon les autorités.
Mâles épargnés
Les tirs de régulation opérés par les gardes de l’environnement – la chasse est interdite à Genève – sont autorisés depuis ce vendredi jusqu’au 31 janvier 2024. «Nous les étalerons sur ces deux mois et les répartirons géographiquement afin de toucher différentes hardes et des individus ayant des comportements différents, certains étant plutôt sédentaires, d’autres plutôt voyageurs», précise Yves Bourguignon, chef des gardes de l’environnement.
Seules des femelles seront ciblées, sachant qu’on compte entre zéro et dix mâles adultes sur les 164 animaux recensés à Genève. Le taux d’accroissement moyen théorique des cerfs, s’ils n’ont pas de prédateurs (loup ou ours), est de 25%, mais celui constaté à Genève et pris comme base de calcul est de 17%, précise Yves Bourguignon. Pour stabiliser la population, 27 cerfs seraient surnuméraires, un nombre qui a été arrondi à la baisse.
«Nous avons aussi tenu compte des plans de tir des territoires voisins», explique Yves Bourguignon. Les communes françaises voisines abattront 29 cerfs et 23 seront tirés dans la région vaudoise de Chavannes-des-Bois. Si l’on considère le Pays de Gex, la Dôle et Chavannes-des-Bois, 350 animaux ont été tirés en 2022, un chiffre qui devrait être similaire ou un peu inférieur cette année.
Pétition en ligne
L'association Animal équité, elle, veut «une gestion respectueuse de la faune» et demande au Conseil d’État genevois de suspendre les abattages, dans une pétition en ligne signée par 24’600 internautes.
«Il existe d’autres moyens que les tirs […], selon les pétitionnaires. À l’image de nombreux pays qui utilisent notamment des vaccins contraceptifs pour stabiliser leurs populations de sangliers ou de cervidés.»
«Tout le cycle de vie tourne autour de la reproduction, l’animal sauvage a droit de vivre toutes les facettes de son comportement.»
L’association affirme: «L’administration par voie cutanée injectable ou orale du vaccin immunocontraceptif GonaCon pourrait être particulièrement bien adaptée pour résoudre le problème de forte densité de sangliers et cervidés [...]. Le vaccin ayant un effet réversible, la gestion des populations [...] pourrait être facilement adaptée en fonction de la natalité observée.
La pétition demande l’organisation de campagnes pilotes et précise que «cette méthode a été proposée plusieurs fois à l’autorité cantonale, sans succès. L’explication étant qu’il valait mieux laisser des animaux exprimer leur besoin et se reproduire et abattre le surnombre, plutôt que d’inhiber leurs cycles reproductifs».
Débat éthique
«Tout le cycle de vie tourne autour de la reproduction, l’animal sauvage a droit de vivre toutes les facettes de son comportement, estime le biologiste Claude Fischer, professeur à la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève. Quand on abat un cerf, on prend la place d’un grand prédateur, c’est un événement très ponctuel qui touche quelques individus et n’influence pas toute une population en transformant la capacité à se reproduire.»
En outre, le biologiste met fortement en doute la faisabilité de la méthode contraceptive. «Il s’agit d’une injection intramusculaire. Or il est très difficile de capturer les cerfs et encore plus d’assurer un suivi pour vérifier si le produit est efficace et si l’effet est vraiment réversible.» Des contraceptifs par voie orale peuvent être mis dans des appâts, mais la méthode est dangereuse car d’autres espèces peuvent les ingérer et ils peuvent dégrader l’environnement, prévient encore le professeur.
Pourtant, cela fonctionne ailleurs, selon Animal équité. «Aux États-Unis, la contraception est principalement utilisée sur des bisons ou des cerfs de Virginie, mais ce sont des animaux diurnes et la plupart du temps ils sont relâchés après avoir été maintenus en captivité, explique Claude Fischer. À Barcelone, il s’agit de sangliers en milieu urbain, où les tirs sont trop risqués.»
Recourir à la contraception devrait forcément être fait en collaboration avec les partenaires transfrontaliers, car la population de cerfs traverse la frontière, ajoute Claude Fischer, sceptique. «Cela devrait être bien pesé, car il y a un manque de connaissances à plusieurs niveaux, cela prendrait beaucoup de temps.»
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