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Faune sauvage à Genève
Un canard extraordinaire parade du côté de Cologny

Le mâle macreuse à front blanc observé lundi sur le lac. Ici en train de gober une moule quagga.
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Ce canard, lorsque c’est un mâle, possède un bec aisément reconnaissable. Aussi impressionnant que flamboyant. Encore fallait-il le repérer en plein vol dans le ciel genevois. C’est pourtant ce qu’a réalisé Noah Clerc, un jeune ornithologue.

Lundi vers 11 h 30, il déniche l’oiseau rare au-dessus de la Pointe à la Bise. Il l’observe, le piste jusqu’aux environs de la Tour Carrée, à Cologny, où l’animal se pose sur le lac. «C’est une surprise incroyable», s’enthousiasme Gottlieb Dändliker, l’inspecteur cantonal de la faune.

Les amateurs accourent

Car le canard en question, un mâle donc, est une Macreuse à front blanc (Melanitta perspicillata). Une espèce qui n’avait jusqu’ici jamais été observée en Suisse! Originaire d’Amérique du Nord et autrefois appelée Macreuse à lunettes, elle apprécie le climat rude des régions arctiques.

Le bec très coloré, principal atout de séduction.

Pour se faire une idée de la portée de l’événement, écoutons Gottlieb Dändliker: «Lundi, dès que la nouvelle s’est répandue sur les réseaux sociaux, des dizaines d’amateurs d’oiseaux genevois et romands ont défilé dans cette réserve fédérale pour oiseaux d’eau nommée Rive gauche du Petit-Lac. Et mardi, autant de passionnés venus de Suisse alémanique sont arrivés sur place.»

Pris dans la tempête

Mais pourquoi ce canard américain s’est-il égaré, jusqu’à venir s’échouer sur le Léman? «Avec la saison froide, il descend volontiers vers la Floride, par exemple, indique l’inspecteur cantonal de la faune. Le plus probable, c’est qu’il a été pris dans les violentes tempêtes de ces dernières semaines. Elles l’ont déporté jusque sur les côtes françaises, puis plus loin à l’intérieur des terres.»

«Mélange d’orange vif, de noir et de blanc, le bec du mâle est là pour plaire aux femelles, pour les attirer.»

Gottlieb Dändliker, inspecteur cantonal de la faune

Beaucoup d’oiseaux rares ont d’ailleurs été observés ces derniers temps sur les côtes bretonnes, poursuit Gottlieb Dändliker. «Et il y a deux semaines, un chevalier grivelé, un petit oiseau lui aussi américain et rarissime chez nous, a été repéré dans le parc Barton, sur la Rive droite.»

Le bec, atout de séduction

Si les macreuses se reproduisent aux mois d’avril et de mai, le jeu de la séduction, lui, commence sur les lieux d’hivernage de l’espèce. C’est-à-dire maintenant. Ensuite, le couple nouvellement formé retourne ensemble sur ses sites de nidification.

En plongée pour aller chercher sa subsistance.

Chez le mâle, l’atout principal réside dans le bec. «Tout s’est en effet focalisé sur lui, explique Gottlieb Dändliker. Il est très coloré, un mélange d’orange vif, de noir et de blanc. Il est là pour plaire aux femelles, pour les attirer, alors que le reste du corps est noir.»

Amateur de mollusques

Malgré cet appendice chatoyant, le canard qui s’est égaré chez nous risque de se sentir rapidement bien seul… «Il pourrait être capable de rentrer chez lui plus tard dans la saison, ou de s’envoler vers le nord de l’Europe, estime Gottlieb Dändliker. Mais c’est néanmoins une chance qu’il ait trouvé le Léman.»

Principalement carnivore et grand amateur de mollusques, crustacés et insectes lacustres, cet oiseau mesurant en moyenne 55 cm pour un poids avoisinant 1 kilo trouvera en effet de quoi se nourrir. Sur l’une des photos que nous avons reçues, on le voit en train de déguster une moule quagga, dont l’espèce ne cesse de proliférer dans le Léman.