Une liturgie viticole et visuelle, succès musical collectif

CritiqueLe spectacle de la 12e Fête des Vignerons a été officiellement dévoilé mardi soir face à une arène quasi pleine.

La Libellule virevolte avec les larmes qui coulent des ceps au moment de la taille de printemps. Images: CHANTAL DERVEY

La Libellule virevolte avec les larmes qui coulent des ceps au moment de la taille de printemps. Images: CHANTAL DERVEY

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Imprégner les spectateurs d’émotions et de visions fortes, célébrer la vigne et la beauté de la nature, du Léman aux prairies fribourgeoises, en grimpant les terrasses de Lavaux. Le pari est réussi, même s’il y a trop de tableaux. Trop de figurants, parfois. Un trop-plein voulu comme un élan de générosité mais au fil duquel le plaisir de certains spectateurs s’émousse.

Le spectacle de la 12e Fête des Vignerons a été officiellement dévoilé mardi soir face à une arène quasi pleine. Il s’agissait d’une avant-première, parce que le «grand soir» est prévu ce jeudi avec, en cours de représentation, le Couronnement. Mais pour l’équipe artistique emmenée par Daniele Finzi Pasca, le rendez-vous constituait clairement une vraie première. Celle où la pression est au maximum. Celle où l’énergie de tous les techniciens et artistes (figurants, amateurs et professionnels) se fédère comme jamais auparavant. Celle qui se joue quand on sait que les dés sont jetés et que les changements ne seront qu’ajustements.

Un spectacle total

Mardi, le public a donc pu découvrir un spectacle total, clairement trop long mais réellement envoûtant. Il a été imaginé par le Tessinois et feu son épouse, Julie Hamelin Finzi. Créée par les fidèles du metteur en scène et défendue avec passion par 900 choristes, 240 instrumentistes et 5500 acteurs-figurants, cette édition 2019 a été écrite par les librettistes du cru Stéphane Blok et Blaise Hofmann. Et mise en musique par la complice de Finzi Pasca, Maria Bonzanigo, étroitement secondée par les Vaudois Jérôme Berney et Valentin Villard.

Durant tout le spectacle, les Étourneaux assurent les changements de décors.

Au programme durant 2h45, une vingtaine de tableaux chantés et dansés, subtilement imprégnés d’imagerie folklorique et tous très applaudis. Le démarrage de la célébration est explosif, avec caissettes de vendanges et cuves transformées en percussions, avec Fourmis travailleuses, Étourneaux danseurs et Sauterelles chantantes qui envahissent arène et gradins. Sans oublier l’incroyable parterre de LED qui enivrera toute la soirée. Le ton est donné. Chaque moment qui suit célèbre les travailleurs de la terre et de la vigne, raconte l’évolution de la société (vigneronne, mais pas seulement) ou constitue une déclaration d’amour à la vie, à l’amitié, à la région… Entre tradition et modernité, avec réalisme ou onirisme.

La petite Julie, entraînée dans une Fête classée à l’UNESCO.

Les rêves éthyliques d’Arlevin, héros de l’édition de 1999, se sont totalement évaporés. En 2019, le public est emmené dans l’imaginaire de la petite Julie. L’Alice au tablier bleu se retrouve promenée dans un pays merveilleux par son grand-père (le comédien Michel Voïta) et quelques fameux personnages plus ou moins inscrits dans la mythologie de la Fête – les trois Docteurs, la Messagère, le Cent-Suisse d’antan, l’Armailli d’antan, la Libellule qui fend avec grâce les airs, suspendue à ses filins. Finzi Pasca est aux commandes: il y a du clownesque, de l’illusion, de la tendresse.

Les femmes ont une part importante dans le spectacle de la Fête des Vignerons 2019, notamment dans la troupe des Cent pour Cent créée pour l’occasion.

Cartes à jouer, petits chevaux, tracassets, larmes, bourgeons, Marins ou Effeuilleuses envahiront la scène. Chaque rencontre offre une découverte d’un coin de pays, évoque une saison ou une tâche qui permet au raisin de préparer le futur nectar, égrène une coutume ou le quotidien des vignerons. Avec, en filigrane, des messages très simples pour armer Julie de valeurs universelles.

On aurait aimé plus de moments intimistes, à l’image de cette danse très poétique qui emmène Julie et son grand-père à travers l’univers. Reste que les réglages des chorégraphies et les mouvements de foule sont bluffants. Tout comme lorsque les chœurs – amateurs, rappelons-le! – se trouvent à l’unisson. Les dialogues, aussi, auraient pu être plus fréquents. Parce que sitôt que les poèmes de Blok et d’Hofmann sont chantés, les paroles deviennent souvent incompréhensibles. Avec leurs textes très impressionnistes, une écriture parfois hachée, parfois lyrique, les deux auteurs sont pourtant au diapason pour magnifier le labeur et l’âme vigneronne. Mais l’on s’y perd un peu. Car la débauche sonore et visuelle ne baisse jamais son régime. Dès le dixième tableau, le déroulé accuse même de grosses lenteurs.

D’un côté à l’autre de l’arène, onze ténors se répondent et chantent «Le Ranz des vaches». REUTERS/DENIS BALIBOUSE

Puis vient le chant archaïque tant attendu, ce vibrant «Ranz des vaches» déployé par onze ténors et repris par les enfants. Le témoin se transmet entre les générations dans une majesté harmonieuse signée Maria Bonzanigo. Frissons. Le célèbre refrain trottera longtemps dans la tête. Comme les nombreuses autres mélodies et thèmes du spectacle. La musique (très contemporaine) avait créé la polémique en 1999. Elle est sans doute l’une des plus grandes réussites de l’édition 2019. Flirtant avec la musique de film, lorgnant vers la guinguette quand il le faut, frisant l’atonalité pour surprendre ou jouant de ruptures rythmiques pour élever l’exigence artistique, les compositeurs ont eu l’intelligence de toujours tisser leurs partitions autour d’airs populaires et joyeux. Tous les trois ont des styles très différents. Pourtant, on finit par ne plus savoir qui a écrit telle ou telle partie. Au service du public veveysan, des chanteurs et musiciens volontaires, ils ont choisi de fusionner leurs talents. Comme une preuve ultime que la réussite artistique de cette Fête des Vignerons 2019 est, à tous les niveaux, totalement collective.

Créé: 18.07.2019, 14h15

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