Sous l’arène, un monde qui tourne rond

Fête des VigneronsPlus de 6000 personnes gravitent dans les coulisses. Un condensé de bonne humeur et de tranches de vie. Immersion.

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Un peu comme dans un village de quelques milliers d’âmes, tout le monde se salue sous l’arène. La sécurité. Les techniciens. Les acteurs-figurants. Les sanitaires. Et comme dans le métro londonien, tout ce monde circule à droite dans un calme surprenant. Côté sud – on parle comme ça sous l’arène, en points cardinaux – les petits chevaux sont alignés, prêts au départ. Deux habilleuses les passent en revue, une trousse de parfaite couturière comme boîte à outils: «Les Cent pour Cent ont sept minutes pour se transformer en cavaliers, ils y arrivent désormais en cinq!»

Tout d’un coup une Libellule prend l’arrondi de l’arène pour un anneau de course, ce jour-là, un poil fâchée avec la montre. Pour Emi Vauthey, le spectacle va bientôt «décoller» à quelque dix-sept mètres au-dessus du plancher LED, il lui reste quinze minutes et… le temps de claquer des bises. La Lausannoise enfile son harnais, le geste précis mais limite détaché. «Je viens de déjeuner, je vais essayer de le garder. Sans rire, c’est une sensation assez drôle là-haut qui se mêle à la concentration.» Le top départ donné, deux manipulateurs vont gérer son plan de vol manuellement. «C’est ça qui est cool!» lance Jean-Claude Blaser, le concepteur blonaysan de cette «machine de vol» qu’il a l’habitude de diriger au Stade de France, à Paris, lors des prologues des matches de rugby.

La Libellule est partie dans sa danse aérienne mais ça ne se bouscule pas encore sur la scène nord, où les croisements sont parfois dignes du carrefour de l’Étoile à Paris. Mais les choristes commencent à s’agglutiner devant leur vestiaire improvisé. «L’un de nous a pris une visseuse un jour, et maintenant on peut suspendre nos sacs. C’est bien pratique», glisse Jean-Marc Gerber, venu de Penthaz pour «vivre cette jolie expérience au niveau du chant et cette aventure».

Le monde tourne vraiment rond autour de l’arène circulaire et les coulisses bruissent de ces instantanés de vie. La pause yoga ou… tricot. Le coin sieste ou… jeux de cartes. Il y a même un marié qui s’échauffe, à croire qu’une noce par jour, ce n’est pas si facile! Sival de Oliveira abonde dans un large sourire mais il a une bonne excuse. Il doit amener de la fantaisie dans le tableau avec sa capoeira alors lui n’a pas le temps pour l’atelier graffiti ou peinture.

Un petit musée

Les parois blanches ne le sont plus, toutes ont servi de livre d’or noirci de signatures, de support aux dessins humoristiques, petites annonces et autres déclarations d’amour. Ou encore à la créativité d’acteurs-figurants. «Entre nos différents passages, on allait boire des verres ou manger des glaces mais un jour on a pris un feutre», racontent Véronique Volckaert et Rebecca Simonetti devant leur portrait de Daniele Finzi Pasca. Version Arcimboldo, tout ce qui fait le spectacle sert de chevelure au metteur en scène. «Chaque jour, on rajoute un élément. On vient de représenter les couturières avec une épingle à nourrice! Daniele? Oui… il a vu la fresque, il nous a fait un signe le pouce levé.» Un Maître-Tailleur pose lui toute sa main sur la fresque. «C’est mon porte-bonheur avant d’entrer en scène.»

Côté sud, massés sous les structures métalliques, les Cent pour Cent piaffent. C’est l’heure pour Jonathan, 9 ans, et Thomas, 6 ans et demi, de se dresser sur la pointe des pieds pour voir l’écran de contrôle. «Il y a notre papa. On aime bien aussi les gymnastes, ils sont forts. Et on aime les Enfants protecteurs, c’est nous.» Là, c’est le tour des petits chevaux soignés par les régisseurs juste avant leur entrée. «On leur chante tous les jours une chanson différente dans l’oreillette, le Petit cheval blanc, Stewbal, etc.» Et si trois petits chevaux sont restés dans leur boxe, le détail n’a pas échappé à Céline Blanc et Barbara Dauphin, deux Étourneaux en balade. «On adore les voir partir au galop. Sinon on va, on vient. On porte, on court avec en moyenne 6 km par jour au compteur. Mais c’est féerique!»

Une galerie très people

Ces tranches de vie, Jean-François Franceschini, l’un des six vignerons couronnés, n’en manque pas une miette. «Je viens à Vevey dès que je peux. Là on a eu la pluie – c’était pas bien pour la Fête – mais pour nous, c’était du pain bénit. Et on a aussi fini de sulfater, alors on est un peu plus tranquille. J’adore cette ambiance des coulisses, je resterais bien là tout le temps. Bon… je suis bien aussi dans mes vignes!»

Le vigneron n’est pas le seul à tourner sous l’arène, en spectateur. On croise la costumière Giovanna Buzzi, admirative de la passion des acteurs-figurants pour la Fête: «C’est fou comme ils tiennent à leur costume!» Il y a aussi Nina Perrenoud, l’une des Petite Julie, toujours suivie d’un chaperon. Elle avale vite un «petit quelque chose pour se donner de l’énergie». Avant de – vite – se prêter au jeu des photos, comme d’ailleurs Daniele Finzi Pasca. Ce jour-là, il y a encore Valentin Villard, l’un des trois compositeurs. «On recroise des amis que l’on s’est faits pendant les répétitions, c’est un vrai plaisir.» Les Armaillis patientent avec leurs vaches, l’un d’eux le reconnaît: «Je vous ai vu à la télé.»

Créé: 07.08.2019, 06h54

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