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Boudés par Finzi Pasca, les Cent-Suisses ont dû se mettre en scène

La troupe historique, trop militaire pour le directeur artistique, n’avait pas de chorégraphie un mois et demi avant la Fête. Son commandant l’a inventée.

Daniele Finzi Pasca n’ayant pas imaginé de chorégraphie pour eux, les 69 Cent-Suisses de la Fête des Vignerons ont évolué pendant 5 minutes 30 selon celle créée par leur commandant, Stéphane Krebs.
Daniele Finzi Pasca n’ayant pas imaginé de chorégraphie pour eux, les 69 Cent-Suisses de la Fête des Vignerons ont évolué pendant 5 minutes 30 selon celle créée par leur commandant, Stéphane Krebs.
KEYSTONE

Les 5 minutes 30 des Cent-Suisses dans l’arène de la Fête des Vignerons 2019 auraient pu se transformer en longues minutes de solitude! Mais elles ont fait tourner les têtes en même temps que la roue du pressoir, une chorégraphie signée Stéphane Krebs, leur commandant, et pas Daniele Finzi Pasca.

Alors que l’année Fête des Vignerons s’achève, que les boutiques FEVI soldent la grande partie de leur stock et dans l’attente des vérités du bilan financier, il en est d’autres qui sont bonnes à exposer. C’est ce que s’est dit le commandant, sans rancune ni arrière-goût d’inimitié ou de colère, en même temps qu’il publiait vendredi sur la page Facebook de la troupe une «confidence secrète»: «Dans la continuité du documentaire «Ora et Labora» diffusé par la TSR (ndlr: ou la révélation des tensions entre l’abbé-président et le directeur artistique), saviez-vous que la chorégraphie des Cent-Suisses avait été créée par son commandant? C’est également lui qui a imaginé en urgence, quinze jours avant la première représentation, l’animation du LED floor pour cette même chorégraphie.» Si l’info est vite devenue virale, la magie de la Fête étant toujours vivace, elle a généré davantage de vivats pour la prestation des 69 Cent-Suisses que des cris d’orfraie.

L’incompatibilité entre un créateur, objecteur de conscience, et le corps militaire des Cent-Suisses avait fuité au-delà des bâches de halle de répétition. Comme l’intention première de Daniele Finzi Pasca de faire entrer la modernité en faisant de ce corps historique une troupe mixte. Par contre, sa vacance chorégraphique pendant ces 5 minutes 30 est restée invisible aux yeux des 335'000 spectateurs et surtout méconnue de la grande majorité. Même si la mèche avait été allumée en une seule phrase le 24 juillet, jour où Stéphane Krebs remettait la médaille d’honneur des Cent-Suisses au directeur artistique. Il confiait alors à «24 heures»: «C’est moi qui ai fait notre chorégraphie». Vendredi, sur Facebook, il ajoutait… «dans l’urgence absolue et en un week-end».

«Daniele m’a dit: Vous rentrerez sur scène par la rampe et à la fin vous devrez être dans ce secteur pour le Couronnement. Tu fais toi-même la chorégraphie, elle doit durer 5 minutes 30»Stéphane Krebs, commandant des Cent-Suisses de la Fête des Vignerons 2019

Il leur restait alors un mois et demi avant le début des représentations le 18 juillet dans l’arène veveysanne. Stéphane Krebs frissonne encore en pensant à la toute première des avant-premières publiques. «On était juste juste dans le coup! C’est le 24 mai que Daniele m’a convoqué chez lui et m’a dit: «Vous rentrerez sur scène par la rampe et à la fin vous devrez être dans ce secteur pour le Couronnement. Tu fais toi-même la chorégraphie.» Le commandant a pris son week-end, il s’est basé sur ses expériences dans les milieux militaires et hippiques. «J’ai commencé à dessiner, en m’appuyant sur mes références. C’est un peu le même principe de coordination des mouvements de groupe, le même type de chorégraphie. Et j’ai aussi essayé de trouver quelque chose de plus original avec la figure de la roue du pressoir. C’était à la fois une opportunité incroyable mais aussi, avec si peu de latitude, un énorme risque. On aurait pu s’enliser dans quelque chose d’impossible!»

Difficile équilibre

Casquette rouge, survêt rouge, un manche de râteau pour s’exercer au port de la hallebarde, les 69 Cent-Suisses étaient en mode répétition dès juin 2018, à peine la confirmation de leur participation acquise. «On s’est d’abord exercé et on a continué en attendant. On se disait que quoi qu’il arrive, on devait être prêts, réactifs et qu’on devait tenir. Alors on se donnait des challenges, minutant nos mouvements. Mais après quelques rares rencontres avec la direction artistique et faute de vraies nouvelles, le doute s’est installé mi-mars, admet Stéphane Krebs. Allait-on vraiment être sollicités?»

L’abbé-président assume: «C’est bien que cela se sache, c’est juste et d’autant plus vrai que dans l’arène, sur les plus de 5000 acteurs-figurants, les Cent-Suisses étaient les seuls à ne pas recevoir dans leur oreillette les ordres d’en haut, mais bien de leur commandant!»

La parole davantage libérée que pendant la Fête, François Margot pousse plus loin encore. «Bien sûr… on peut dire qui paie, commande! Sauf que la donne de ce genre de projet est différente de la marche d’une grande entreprise. On sort des hiérarchies habituelles, la priorité de ce genre de projet étant de pouvoir sortir un spectacle le jour J. L’exercice d’équilibrisme est permanent, il fallait faire le poing dans sa poche et arriver au bout. Loyal à l’égard du projet auquel il croyait, Stéphane Krebs a fait cette chorégraphie sans se poser de question. Était-ce juste, pas juste? Il l’a fait, poursuit l’abbé-président, comme d’entente avec Daniele Finzi Pasca, j’ai fait celle du Couronnement, ce temps du spectacle à des années-lumière de l’ésotérisme à la Chagall qu’il privilégie.»

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