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Et si la Confrérie, pour 2040, travaillait un peu du chapeau?

C’est en croisant quatre chapeaux portés par quatre dames de la troupe de la Saint-Martin, Sylvie, Mai-Britt, Georgette et Valérie, que j’ai eu une idée qui changera l’avenir de la Fête des Vignerons, j’en suis convaincu en toute immodestie.

Mais d’abord, je m’arrête sur les prénoms de deux des passantes. Mai-Britt, veillant à ce que je l’orthographie avec exactitude, m’a dit qu’il est d’origine nordique. C’est joli, un peu de Nord dans l’été veveysan. Georgette, elle, m’a dit qu’elle n’aime pas trop son prénom. Je l’ai rassurée. Moi je l’adore. Quand j’étudiais vaguement le journalisme dans une école française, en plein dans mes 20 ans et chargé de tous les doutes qui vont avec cet âge, la vraie patronne des lieux était la concierge. Georgette. Une femme de la soixantaine, tablier bleu à fleurs blanches, gauloise bleue sans filtre au bec, balai à la main et seau à ses pieds, qui parlait aux étudiants comme Renaud parle dans ses chansons. L’accent, le mot, l’air de ne pas y toucher et des vérités sur tout et rien. Merveilleuse. En plus, tous les samedis soir, parce qu’elle savait que nous risquions de faire les zouaves et de frôler la dérive, Georgette la Bretonne invitait une poignée de galopins dont j’avais la chance de faire partie à manger ses moules au persil avec frites maison. Alors, Georgette, je vous en prie, aimez votre prénom, il est celui d’une sainte femme déguisée en concierge!

J’en viens à mon idée: les acteurs et les spectateurs de cette Fête des Vignerons sont habités, ces jours-ci, par deux soucis majeurs: la fin de la célébration, qu’ils voient s’approcher et dont ils craignent qu’elle provoque de vraies déprimes parmi eux, et la météo. Pour ce qui est de la fin de la Fête, je pense que les souvenirs devraient arranger ça et éviter la morosité et tous ces maux de l’âme et du cœur qui guettent chacun quand l’euphorie d’un groupe, d’une famille, d’un collectif hors norme fait ses bagages.

Pour la météo, j’ai une solution, et elle m’est venue de la contemplation des chapeaux de cette fête, qui sont d’une variété et d’une élégance remarquables. Pour que la pluie et la chaleur ne viennent pas perturber la Fête de 2040 – j’ai aussi fixé la date, pour éviter du travail à la Confrérie –, je suis certain qu’il faut bâtir un toit au-dessus de l’arène. Un beau toit dessiné par un artiste qui devra s’inspirer d’un des chapeaux de 2019. Il aura un choix de roi. Et il faudra bien le rémunérer, car son travail devra être admiré, loué, encensé, tout en protégeant du soleil, de la pluie, de l’orage, de la mousson si le changement climatique s’est encore accentué. Je le vois déjà, ce bijou: il sera vaste comme un chapeau de paysanne vaudoise, ou joyeux comme un canotier de la Saint-Martin, ou velouté comme un chapeau de Cent-Suisses, ou dodu comme un capet d’armailli. Il sera ce qu’il sera, mais il sera.

On me dira que couvrir l’enceinte de la Fête, à l’instar des stades de football ou de tennis, coûterait très cher. Mais j’imagine une arène plus modeste, toujours bien remplie, puisque les annulations et les reports ne seraient plus à craindre, et un toit que je devise – je n’y connais rien, ça aide – à 4 millions sur un budget de 100 millions. Pas la fin du monde, ou bien? Je l’imagine déjà, ce toit, évitant aux visiteurs l’angoisse d’une interruption, et couvrant avec bienveillance les chants, les poèmes, les voix, les costumes, les enthousiasmes des milliers de bénévoles de 2040 qui penseront à leurs frères figurants de 2019 qui suèrent tant et plus et durent jouer parfois deux spectacles par jour. Ils se demanderont, émus: «Mais comment ont-ils fait, alors, pour tenir le coup?»

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