À mi-parcours, la Fête des Vignerons évolue encore

EvénementMartin Reich, responsable de la sonorisation, et les chefs de chœurs témoignent des progrès apportés au spectacle et à la compréhension des chants.

Dans l’arène, 400 micros captent le son direct des chanteurs et des musiciens, dont les perchistes qui bougent avec les chœurs.

Dans l’arène, 400 micros captent le son direct des chanteurs et des musiciens, dont les perchistes qui bougent avec les chœurs. Image: Odile Meylan

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«Lors des dernières représentations, les 30 et 31 juillet, on a vraiment eu un son de qualité. Les principaux problèmes sont stabilisés et je peux dire aujourd’hui qu’on diffuse ce qui était écrit dans la partition et ce qui est chanté et joué par les interprètes.» Au matin du 1er août, Martin Reich ne cache pas les difficultés rencontrées pour retransmettre le son dans les arènes, et que son travail, même s’il est largement abouti, ne s’arrêtera qu’au soir du 11 août. Mais on revient de loin! Le créateur de l’environnement sonore de la Fête des Vignerons, et à ce titre responsable de la sonorisation de l’arène, a été la cible d’une véritable polémique sur l’intelligibilité des textes chantés, même avant la première. Ce n’était pourtant pas – et de loin – son seul défi. Ses explications et les propos de plusieurs chefs de chœurs engagés dans le spectacle témoignent heureusement des progrès importants apportés depuis le 18 juillet, tant du point de vue technique que musical.

La perception, une affaire personnelle

L’intelligibilité est-elle une chimère? «Quand je vais écouter 500 chanteurs dans une église, je ne m’attends pas à tout comprendre», fait remarquer Martin Reich. Cette perception est de toute manière très aléatoire et sujette à la subjectivité. Dès l’instant où on a lu une fois le texte d’un couplet, on aura l’impression de saisir les mots chantés. La perception change aussi selon l’écriture musicale (rythmes, polyphonie, etc.), la qualité et la précision de la diction des interprètes, la position des micros, l’emplacement des auditeurs et l’attention qu’ils accordent à la musique. «L’impact visuel et chorégraphique est tel qu’on en oublie d’écouter», relève à juste titre le chef de chœur David Noir. Cela n’empêche pas d’avoir mis beaucoup d’énergie sur cet aspect: «Il y a eu des discussions, des accusations et c’est sûr que l’équipe ne se sentait pas bien face à cela, confie Martin Reich. Mais nos ingénieurs du son ont vraiment travaillé sur les prémix des chœurs pour améliorer la compréhension et les balances en général, dans la limite de la physique du son.»

Des conditions qui changent d’un jour à l’autre

Les solutions à ce problème, si c’en est vraiment un, ne sont pas légion. Martin Reich: «À partir du moment où Daniele Finzi Pasca avait refusé les surtitrages (les écrans sont dédiés aux images; souvent cachés par des acteurs-figurants, ils n’auraient pas pu offrir un confort de lecture. Et les poèmes sont édités), on aurait pu équiper tous les spectateurs de casques audio, avec head tracking pour garantir la provenance du son quand on tourne la tête.» La technologie existe, mais ne peut être implémentée à cette échelle. «La solution dans 20 ans?» sourit le Zurichois.


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Un des plus grands défis de Martin Reich a été la spatialisation des chœurs sur les différentes scènes et les mouvements du son d’une scène à l’autre. «En théorie et sur le logiciel de simulation, c’était simple, détaille l’ingénieur du son. Mais cela nous a pris des heures pour le mettre en route et pour que cela soit agréable et logique pour le public.» La prouesse est d’autant plus grande que l’emplacement des choristes a changé par rapport aux maquettes. Dans deux tableaux, ces changements rendent la captation impossible par les perchistes, compensée par un léger soutien d’une bande-son préenregistrée par les choristes.

Martin Reich le dit et le redit. C’est un spectacle vivant qui doit faire face à des imprévus constants. Sans oublier que les interprètes ne sont pas toujours dans les meilleures conditions. «La qualité est toujours meilleure après une bonne nuit sans spectacle, s’amuse le technicien. Mais quand il fait 35 °C dans les arènes, les choristes chantent deux fois moins fort qu’en soirée!»

Le défi des chœurs et des chefs

Les efforts consentis pour la qualité de la retransmission des chœurs font sens. «Avec 16 tableaux sur 19, ils sont vraiment le poumon du spectacle, note le chef, Renaud Bouvier. Et en parallèle aux améliorations techniques, les chœurs progressent et gagnent en assurance. On est encore en phase ascendante!» Cette évolution réjouissante est partagée par tous. «C’est un vrai marathon, commente Céline Grandjean, adjointe de la cheffe de chœur principale, et je suis époustouflée par les choristes, leur résistance vocale. Mes craintes d’épuisement étaient infondées.»

«C’est un vrai marathon, et je suis époustouflée par les choristes, leur résistance vocale»

Il y a aussi un échange constant entre l’équipe de la régie son et Timothée Haller, par ailleurs chef attitré des solistes vocaux et des ados choristes-percussionnistes, qui porte ses fruits. «Comme nous avons en permanence nos deux oreillettes pour diriger, nous perdons clairement la vision globale de l’extérieur, poursuit Céline Grandjean. Timothée remplace nos oreilles et nous pouvons effectuer grâce à lui un travail de détail, de resserrement. Nos choristes ne sont pas lâchés dans la nature maintenant que ça roule.» Timothée Haller souligne en particulier le «bond gigantesque» effectué récemment par les chœurs d’enfants dirigés par David Noir.

Pourquoi pas plus tôt?

Tant mieux si le spectacle se bonifie jusqu’à la dernière. On se demande cependant pourquoi ces difficultés bien réelles n’ont pas pu être résolues en amont, avant la première. Il est avéré que l’équipe des ingénieurs du son a frisé le surmenage pendant les répétitions, ce qui laisse supposer un sous-effectif. Martin Reich confirme: «Si c’était à refaire, j’aurais pris deux équipes. Une pendant les répétitions et une autre qui aurait travaillé durant la nuit sur les fichiers enregistrés des répétitions. L’autre solution aurait été de disposer des arènes plus tôt. Mais dans les deux cas, ce n’était pas possible pour des raisons budgétaires.» Des problèmes d’étanchéité pour les câblages et d’infrastructure pour équiper tous les acteurs de leurs micros et oreillettes ont aussi fait perdre beaucoup de temps à l’équipe son. Les journées de spectacle sont désormais plus tranquilles pour eux. «Mon but jusqu’à la fin reste de coller à l’environnement acoustique pour que le public ne perçoive plus la technologie», conclut Martin Reich.

Créé: 02.08.2019, 21h53

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