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La force tranquille de l’alpage

Les vaches seront 30 en 2019, contre 42 en 1999. Figurantes emblématiques de la Fête des Vignerons, elles devront répondre à des critères stricts. Les explications de Raoul Colliard.

Philippe Genoud (à g.) et Raoul Colliard, deux compères aux liens indéfectibles avec la Fête.
Philippe Genoud (à g.) et Raoul Colliard, deux compères aux liens indéfectibles avec la Fête.
ODILE MEYLAN

Pour bien saisir toute la noblesse du rôle des vaches dans le décor pastoral de la Fête des Vignerons, il faut prendre un peu de hauteur, jusqu’à la Buvette de Saletta, au-dessus des Paccots, à 1499 m. Dans ce décor de poya dominé par la Dent-de-Lys, le panorama vaut à lui seul le déplacement. D’un côté, le clocher de Châtel-Saint-Denis, puis, bien plus loin, Mézières et Savigny. De l’autre, le regard fuit jusqu’au lac, Morges, Saint-Sulpice et Lausanne.

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Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons

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Autour d’un café, on retrouve Raoul Colliard, l’emblématique patron, 76 ans, brezon chevillé au corps. C’est lui qui, en 1985, a créé ce lieu très couru de la région – notamment pour sa fondue –, au milieu de pâturages qu’il côtoie depuis sept décennies. «Ici, pas un jour ne passe sans qu’on ne parle de la Fête des Vignerons», précise-t-il d’entrée.

Mieux que personne, il sait raconter le lien indélébile qui unit la Veveyse fribourgeoise et la Fête. L’écouter, c’est s’immerger dans le quotidien des agriculteurs et éleveurs qui descendaient travailler comme brantards (ndlr: de brante, la hotte) dans les vignes du bord du lac. «Il faut dire qu’on avait le physique. Et puis tout vigneron avait des vaches à placer dans nos alpages. Et nous, on livrait du fumier. A force, les liens commerciaux sont devenus des liens d’amitié.»

La lignée Colliard illustre à elle seule cette histoire. Le grand-père Robert a chanté le Ranz des vaches durant la Fête de 1927 (à écouter ci-dessous), avant d’être maître-armailli en 1955. En 1977, Joseph, le papa, a suivi le mouvement.

Raoul Colliard n’a pas dérogé à la règle en 1999. Maître-armailli et président de la Société des armaillis de la Fête, il engage les fromagers, veille à la traite du matin, à la bonne tenue des écuries au jardin Doret et à la toilette quotidienne des vaches. A lui aussi de coordonner la saynète de la poya et de conduire le cortège.

«En 1999, il nous fallait vingt vaches tachetées et le double s’est présenté»

On ne s’élève toutefois pas aisément au rang de vache digne de parader dans les rues de Vevey et dans l’arène. La sélection s’avérera sévère lors du casting organisé le printemps précédant la Fête. «Lors de celui de 1999 au Mont-sur-Lausanne, il nous fallait une vingtaine de vaches tachetées rouges et le double s’est présenté. Il y a eu forcément des mécontents.»

Les places seront d’autant plus chères cette fois: au nombre de 42 en 1999 (photo ci-dessous), elles ne seront qu’une trentaine en 2019. «Cela devient de plus en plus dur de trouver des agriculteurs qui peuvent se libérer sur une aussi longue période (ndlr: du 18 juillet au 11 août). Ce sont des semaines d’intense travail, notamment pour les foins. C’est très compliqué s’il faut remonter pour s’occuper de ses bêtes le soir après le spectacle.»

Mais quels sont les critères? Les heureuses élues doivent en premier lieu être représentatives de leur race: un beau gabarit, un joli manteau – les motifs de la peau – et de belles cornes. «Mais ce n’est pas facile, les cornes sont souvent retirées pour éviter les blessures. Si on veut être sûrs d’en avoir, il faut se tourner vers les vaches simmentals. En 1999, nous avions des holsteins, des rouges et des noires, et des simmentals justement.»

Qualité numéro 1: la docilité

Au-delà des attributs physiques, la principale qualité des lauréates sera leur aptitude à demeurer calmes. «Il ne faut pas qu’elles soient «sur l’œil», comme on dit. Elles devront en outre être habituées aux chenailles (ndlr: sonnailles ou grosses cloches). Cela ne s’improvise pas au dernier moment! J’en veux pour preuve un certain cortège aussi mémorable que calamiteux», se souvient Raoul Colliard dans un sourire.

Des vénérables sonnailles, Philippe Genoud en possède quelques-unes sur la façade principale de son chalet tricentenaire, un peu plus bas sur la route des Paccots (photo ci-dessous). L’une date de 1927, année de Fête. Comme Raoul Colliard, il est issu d’une dynastie intimement liée au rendez-vous veveysan. Lui-même a vécu trois éditions.

Responsable des vaches holsteins rouges en 1999, le joyeux armailli reçoit ses invités avec une soupe de chalet aux épinards sauvages, de la crème double, de la tarte au vin cuit et un bon bol de café à la pomme, comme il se doit. «Les vaches, elles sont tranquilles si on s’en occupe bien, assure-t-il avec le regard tendre de l’éleveur attaché à ses bêtes. Le bâton, c’est pour soutenir mes jambes de 78 ans, pas pour elles. Les plus vieilles sont les plus sages, elles sont comme nous, avec l’âge elles se calment.» Dans son écurie, Nikitaet Vestaen sont la preuve vivante. Même à la pose photo, elles démontrent une zénitude qui surprend leur propriétaire.

Verra-t-on les deux compères armaillis à l’œuvre sur la place du Marché de Vevey durant l’été 2019? «Je suis à disposition de l’organisation, mais je préfère attendre un peu pour me décider, admet Raoul Colliard. A 76 ans, deux ans, c’est long.» Philippe Genoud est plus catégorique: «Non, je n’en serai pas. J’ai beau avoir remis le domaine à mon fils, je me lève encore à 4h45 chaque matin pour me coucher à 21h. Je ne voudrais pas m’endormir sur mon tracteur.»

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