Les costumes leur susurrent l’idée d’un spectacle scénique

PortraitsL’atelier couture tourne à plein régime pour les retouches et le cap des 4000 essayages sur 5500 a été franchi fin avril. Rencontre avec les passionnés qui l’animent.

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S’il fallait deviner son rôle, facile, juste derrière le bataillon de porte-habits, Verena Gimmel est au premier rang des 34 couturières et couturiers. Au front même! On vient lui emprunter son marteau, pour «roiller» sur un biais récalcitrant, on vient aussi lui demander des conseils, c’est elle qui répartit les différentes retouches à faire. Déjà très riche, son itinéraire professionnel l’a baladée des plateaux de cinéma («La Révolution française» de Robert Enrico en 1989, «Pirates» de Roman Polanski en 1986) aux coulisses de la Scala dans le rôle de responsable des costumes masculins, du Théâtre Kléber-Méleau à Lausanne pendant quinze ans aux ateliers du Théâtre de Carouge.

Mais l’Yverdonnoise ne voulait pas passer à côté de l’expérience de la Fête des Vignerons. Les mains occupées sur les retouches à faire sur un jupon, elle se souvient de toutes les étapes franchies – la postulation, le questionnaire, la convocation – jusqu’à l’entrée dans le vif du sujet. «Comme il avait été dit que les costumes seraient réalisés en Italie, au départ, on ne savait pas s’il y aurait du travail pour des couturières d’ici. Il y en a! Et même s’il est assez répétitif, on s’y plaît. Si on fait ce métier, c’est parce qu’on aime le spectacle.»

Depuis sa table de couture dans la zone industrielle de Saint-Légier, Verena Gimmel essaie de deviner les mouvements du spectacle. Il y a cette alternance entre les coupes historiques et d’autres plus modernes dont les robes de la Noce. Il y a également les frous-frous des Effeuilleuses en symboles bien trouvés, les amplitudes empruntées au tai-chi pour évoquer les gestes de la taille. «Bien sûr que les costumes ont un langage, ils nous parlent d’une Fête très chorégraphique. On apprend aussi beaucoup des acteurs-figurants qui viennent aux essayages et qui partagent avec nous leurs expériences des répétitions. Dans les éditions précédentes, la prépondérance allait au récit, là il n’y a pas de rôles principaux, on va vers quelque chose de très scénique, de plus diversifié: voilà ce que nous disent les costumes.»

«Il y a une belle continuité»

Les grosses productions, l’envers des spectacles d’envergure, même si elle n’a que… 35 ans, Ludiwine Rais, connaît! La Fête est donc venue à elle. Et elle à la Fête avec une expérience acquise aussi bien au Béjart Ballet Lausanne qu’au Cirque du Soleil. Avec, en plus, un sourire et un aplomb prêts à désarmer toutes les crises comme les problèmes. Mais si la Lausannoise s’attendait à l’ampleur de la tâche, la découverte est venue d’ailleurs.

«C’est impressionnant de voir et de constater à quel point la Fête est dans le cœur des gens, que ce soit des bénévoles ou des acteurs-figurants, il y a un attachement incroyable. On le vérifie avec ces familles qui, du grand-père au petit-fils, viennent essayer leur costume ensemble, on le voit encore avec des grands-parents qui ne participent pas à celle de 2019 mais demandent s’ils peuvent venir assister aux essayages de leurs petits-enfants. Un peu comme si cette Fête leur appartenait, et ça rend les choses encore plus touchantes.» L’attachement aux costumes, inscrit dans l’ADN de la Fête, participe de cette même émotion pour Ludiwine Rais: «Les gens veulent voir la version 2019 des Armaillis ou des Cent-Suisses. Pour ma part, j’ai visionné les spectacles de 1977, de 1999, j’ai parcouru des archives pour pouvoir comprendre un élément ou un autre des costumes de 2019 et je trouve qu’il y a une très belle continuité.»

Le regard de la professionnelle brille. Elle admire aussi l’apport des dernières techniques de couture en plus de l’implication de Giovanna Buzzi: «Je fais partie des chanceuses qui ont pu aller à Rome, à la découverte de son atelier, et lorsqu’elle n’est pas à Vevey, on se parle plusieurs fois par semaine au téléphone. Elle a amené sa modernité, par exemple la coupe kimono des maîtres tailleurs, ce n’est pas commun de voir ça dans un spectacle ancré ici. Et cette modernité est encore dans son choix des tissus, dont elle a pour certains – notamment les Bourgeons et les Choristes – dessiné jusqu’aux motifs à imprimer. C’est incroyable d’aller aussi loin dans la création.»

«C'est fou comme première expérience»

Ils travaillent en binôme «très sympa», couvant la gestion des flux entre les essayages et les retouches; ils parlent donc d’une même voix. Leur carrière encore naissante après des expériences professionnelles en atelier et dans la vente pour l’un. Dans des maisons de couture avec des créations sur mesure pour l’autre. Alexis Kyriacou et Carla Crausaz vivent cette première incursion dans le monde du costume au contact d’une star du milieu, Giovanna Buzzi, Metropolitan Fashion Award 2017, autrement dit Oscar de la mode 2017! «C’est assez peu commun de vivre ça, glisse Carla Crausaz, 29 ans. Elle a un sacré parcours! Et un caractère fort. Mais on apprend beaucoup, on apprend aussi à être flexible.»

«On a eu six mois pour s’imprégner de tout aux côtés d’une personnalité, ajoute Alexis Kyriacou, 23 ans. C’est fou comme première expérience dans ce domaine, on a vu défiler des milliers de costumes avec la charge de travail qui va avec quant à l’organisation des retouches.» L’aventure se poursuivra-t-elle pendant la Fête? Ni l’un, ni l’autre ne s’en inquiètent. Certains contrats seront prolongés afin d’assurer l’exploitation d’un atelier couture sous les gradins. Mais ils savent déjà le bénéfice à tirer d’une expérience où tout se fait en grand. «Elle ouvre des portes dans le milieu du spectacle… On travaille, on voit passer de nouvelles techniques, que ce soit en rapport avec les machines ou les tissus. C’est très riche et tout aussi prenant sur le plan humain. Il y a ces bénévoles qui viennent presque tous les jours ici ou ces figurants qui nous racontent leurs liens avec la Fête et là on se rend compte de son importance», note l’un.

Et l’autre de reprendre, enthousiaste par rapport à la modernité de la collection Fête des Vignerons 2019: «Il y a beaucoup de vie, d’euphorie et dans le même temps, d’intérêt pour la nature. Ces costumes sont très en phase avec leur temps, ce qui se vérifie jusque dans le choix des matériaux, plus simples à porter, plus légers, même s’il fera chaud pour certains!»


Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons

Créé: 06.05.2019, 16h44

Les costumes en chiffres

5700


costumes ont été créés et fabriqués pour cette édition de la Fête des Vignerons, sachant que certains parmi les 5500 acteurs-figurants ont un double rôle, notamment des Vignerons comme des membres du Conseil de la Confrérie des Vignerons qui se sont inscrits dans une troupe.





650


costumes ont pu être distribués fin avril aux acteurs-figurants après avoir passé toutes les étapes: essayage, retouches, étiquetage de toutes les pièces avec nom et prénom, pose d’un QR Code assigné à une personne, validation finale.




575


costumes ont été créés pour la Noce, soit la troupe la plus importante, suivie par celle des Choristes, comptant
465 membres.





240


bénévoles se relaient dans les locaux de Saint-Légier pour assurer tout ce qui touche aux costumes, de la réception des vêtements à leur tri, en passant par l’organisation logistique et les essayages. À leurs côtés, une trentaine de couturiers et couturières professionnels pour assurer les retouches.




120


essayages journaliers ont lieu en moyenne dans les locaux de Saint-Légier où sont stockés les costumes. Effectués en présence d’une couturière, d’un membre de
la Commission des costumes, chacun d’eux dure environ une trentaine de minutes. Ces essayages ont débuté en janvier, ce qui a permis de passer le cap des 4000 fin avril.




50


La pointure la plus grande. Elle chaussera un Armailli. À l’opposé, le plus petit pied taille du 22 pour un jeune acteur-figurant de 4 ans.




9


le nombre de pièces du costume porté par les 360 Effeuilleuses. Il s’agit de l’un des costumes les plus riches dans le dressing de la Fête des Vignerons 2019.

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