Le libre penseur se veut friche artistique

PortraitStéphane Blok, poète et musicien de la Fête des Vignerons, aime laisser de la place au hasard et à la diversité dans un monde trop standardisé.

Stéphane Blok, musicien et poète: «Je ne travaille pas vraiment, mais je ne suis jamais en vacances. C’est comme lors de mes marches en nature: je réfléchis, j’observe, j’interroge. C’est du travail, je ne dissocie pas. Ça donne du sens à ma vie».

Stéphane Blok, musicien et poète: «Je ne travaille pas vraiment, mais je ne suis jamais en vacances. C’est comme lors de mes marches en nature: je réfléchis, j’observe, j’interroge. C’est du travail, je ne dissocie pas. Ça donne du sens à ma vie». Image: Vanessa Cardoso

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Passer un moment avec Stéphane Blok, c’est la garantie d’instants de quiétude. Il est comme ses textes, le poète de la Fête des Vignerons: planant avec son physique de poids léger et sa chevelure bouclée et virevoltante. En accord avec le monde et la nature qu’il aime tant évoquer. Un peu hors du temps, et pourtant plus que jamais en prise avec sa terre.

Justement, il se réjouit de parcourir l’exposition de Gilles Clément, paysagiste de renom, à Lausanne jardins. «Il travaille sur l’incertitude et ses vertus. Sans la contrainte de l’homme, la nature s’exprime mieux. Il faut laisser une part au hasard. C’est une belle métaphore pour l’art.» Et son propre parcours tous azimuts semble avoir suivi ce credo. «Mais il y a une ligne cohérente. Comme dans un dégradé d’arc-en-ciel: de l’extérieur cela paraît diffus, mais tout est clair.»

«J'ai eu la chance de rencontrer des monstres»

Le Lausannois, 48 ans en juillet, a fait ses gammes comme musicien de rue. «Une parenthèse. Pour les voyages, la vie de bohème». C’est néanmoins l’époque des premières scènes, avant l’École de jazz de Lausanne et des premières chansons. «Ça a vite marché. J’ai eu la chance de connaître un milieu de la musique à l’ancienne, où l’on pouvait beaucoup jouer.» Arrivent les premiers albums sous le label parisien Boucheries Productions (catégorie pop rock «Chantons sous la truie»). Puis les musiques pour le théâtre et les textes pour les chœurs mixtes. Plus tard, le film «Ixième: journal d’un prisonnier», coécrit avec Pierre-Yves Borgeaud et qui reçoit le Léopard d’or section vidéo au Festival de Locarno en 2003. «Mais j’ai surtout eu la chance de rencontrer des monstres.» Léon Francioli en tête. Stéphane Blok travaille du reste toujours dans le local du maître contrebassiste qui l’a tant inspiré. «Il m’a permis de confirmer beaucoup de choses. C’était un musicien sublime, un libertaire.»

C’est dans ces mêmes locaux du centre Pôle Sud que l’équipe des poètes et compositeurs de la Fête des Vignerons s’est souvent retrouvée ces quatre dernières années pour travailler. «Une avancée frontale, collective», mais aussi et surtout en duo avec son alter ego poète Blaise Hofmann. Quatre ans, presque un cycle de vie. «Dès le premier courrier, je me suis mis au travail. Je ne peux pas le faire dans l’empressement. J’ai eu besoin de me balader dans les vignes, de lire, rencontrer des gens. Il reste toujours des choses à faire, mais la partie créatrice est terminée.»

Place désormais à la magie des répétitions. «C’est magnifique de voir ces 5500 acteurs-figurants en action. Un des moments très forts reste toutefois celui des inscriptions: il y avait, alignés, le jeune tatoué, le vieux barbu, la fillette, la grand-­maman, etc. Ils savent que c’est quelque chose d’impersonnel, qu’ils seront noyés dans la masse, mais ils sont là, tous différents. Cette fête existe parce qu’ils l’ont rêvée.»

Lausannois avant tout

Stéphane Blok se dit «Lausannois avant d’être Vaudois». «J’ai grandi dans l’ouest de la capitale, avec sa grande mixité. La chance de ma vie.» La question des à-côtés lui paraît plus inopportune, tant tout son être est sous-tendu par son art. «Je ne travaille pas vraiment, mais je ne suis jamais en vacances. C’est comme lors de mes marches en nature: je réfléchis, j’observe, j’interroge. C’est du travail, je ne dissocie pas. Ça donne du sens à ma vie.»

À sa «monovie» même, selon son terme, avec son rythme immuable: «À moins de croiser un joli marché aux poissons, plaisante-t-il. Sinon, je viens au local tous les jours, parfois très tôt, 5h30. Je n’ouvre pas un ordi, pas un écran. Je profite de ce moment d’éveil à la création. Mon amoureuse dit que je fais mes sciences. Plus tard vient le moment de l’impolitesse et de l’impertinence, vers 16 heures. Un autre, plus punky, vers 22 heures, pour boire un verre ou deux.»

Il y a aussi les amis et la famille. Avec Fiamma – son «amoureuse» de comédienne –, le poète-musicien couve la petite Meret, 3 ans, qui regarde papa jouer de la guitare sur la photo au mur. Une prédestinée de la musique? «Je ne sais pas. Moi, je ne sais faire que ça, et je ne ferai que ça, alors que je n’ai eu aucun artiste dans ma famille. Mais est-ce un vrai métier?» ironise-t-il.

Car l’art est sous pression, comme la nature, regrette-t-il. La faute au star-system, à l’économie de marché, aux logiques capitalistes. «Mais je n’ai aucun message. Je ne suis pas un engagé. Je fais de l’art qui ne sert à rien, c’est ce qui en fait quelque chose d’essentiel. La culture est un bien commun, il ne faut pas en faire du hamburger-frites. Nous devons créer de la diversité. Et on en manque. Comme dans la nature quand elle est sous pression. Dans ce sens, j’espère être une friche.»


Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons

Créé: 26.06.2019, 16h37

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