«Le pari de ce lieu, un peu foetal, est réussi»

L'abbé au bout du fil François Margot a suivi toute la construction des arènes. Confidences.

Image: CHANTAL DERVEY

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Il y a d’abord eu ce petit dessin tracé par Daniele Finzi Pasca avec son épouse Julie, puis sa mise en forme par Jean Rabasse et son développement final par le scénographe de la Fête des Vignerons, Hugo Gargiulo. Abbé-président, François Margot s’est retrouvé aux premières loges de l’évolution du concept de l’arène qui allait accueillir 5500 acteurs-figurants et 20'000 spectateurs par représentation. Mais c’est en voisin qu’il a pu suivre la course contre la montre du chantier qui a fait sortir ce nid de terre.

Elle aura duré quatre mois! «Bien sûr, c’est un chantier qui demande des compétences que je n’ai pas, je l’ai donc vu grandir comme un immense jeu de mécano dont la mécanique m’échappait un peu. Et si je me suis intéressé aux enjeux techniques, à l’ingénierie, au travail qui était réalisé par l’ensemble des forces sur place, j’ai surtout pu profiter de regarder grandir cette structure un peu comme un champignon qui pousserait dans un bois. Très serré autour de la place du Marché comme l’arborisation dense d’une forêt, l’environnement est similaire. À la vue de cette masse qui apparaissait, de ce lieu scénique qui a atterri là un peu comme une soucoupe volante, face au montage de cette arène, j’ai vécu simultanément cet émerveillement et cette forme d’interrogation.»

«Lorsqu’on se retrouve à l’intérieur de cette prouesse technique, c’est fou! Ce qui de l’extérieur semblait gigantesque devient tout d’un coup très intimiste

En tête du cortège de ceux qui ont déjà pu – avec les acteurs-figurants – prendre possession de cet espace dédié au spectacle 2019, François Margot a vécu le même paradoxe. «Lorsqu’on finit par pénétrer dans ce lieu, lorsqu’on se retrouve à l’intérieur de cette prouesse technique, c’est fou! Ce qui de l’extérieur semblait gigantesque devient tout d’un coup très intimiste. Ne serait-ce que pour calculer le temps que le petit cortège de la Confrérie des Vignerons mettra pour atteindre sa destination et s’asseoir lors des spectacles, je me suis évidemment baladé à plusieurs reprises entre les gradins, puis sur les différentes scènes, les chemins de déambulation comme encore sur la couronne intermédiaire. On s’y sent très bien! Et… même l’arène vide. Ce qui permet d’imaginer que ce sera encore mieux une fois qu’elle aura fait le plein d’acteurs-figurants et de spectateurs. Ces derniers bénéficieront de plusieurs points de vue et les comédiens, les musiciens, les chanteurs, tout le monde se sentira à l’aise, j’en suis persuadé. D’ailleurs, on le vérifie déjà maintenant alors que les répétitions ont commencé. Le pari de ce nid, un lieu un peu foetal, est réussi. Et s’ajoute à l’apport de la technique au spectacle.»

Le Léman à discrétion... hors de l'arène

Aux alentours et à moins de grimper dans les gradins les plus élevés, le paysage – cette toile de fond naturelle qui s’est parfois ajoutée au décor – n’interfère pas. «Ce n’est pas nouveau! Il faut oser regarder l’histoire de la Fête des Vignerons et on constatera alors nombre d’arènes qui n’étaient pas ouvertes sur le lac. Même lors de l’édition de 1955, la construction, fermée comme celle de cette année, n’était pas tournée dans ce sens. Il faut attendre 1977 pour une ouverture partielle, mais il est vrai que les gradins ne l’ont jamais été autant qu’en 1999. Le choix a donc été autre cette fois. Les Terrasses de la Confrérie comme les autres agencements du bord du lac permettent d’admirer le magnifique paysage. Mais une fois à l’intérieur de l’arène, le regard n’est pas appelé à divaguer ailleurs. À taille humaine, en plus de son côté foetal, le lieu est exclusif, consacré uniquement au spectacle, au jeu, au théâtre.»

Les références sont celles des constructions romaines, de l’Antiquité. «Il n’y avait pas à réinventer la roue sur ce point, mais si on considère la sobriété de cette structure, elle s’inscrit dans notre siècle, tout comme d’ailleurs l’augmentation du nombre de scènes par rapport à la scénographie romaine. Une astuce qui permet de faire pénétrer le jeu parmi les spectateurs et là, cette volonté de proximité, gage d’émotion, correspond bien à l’esprit XXIe siècle. Les feux de la rampe sont éteints, il n’y a plus de ségrégation entre ceux qui jouent et ceux qui regardent.»


Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons

Créé: 26.06.2019, 18h32

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