Les premiers costumes ont défilé, que la Fête commence

CréationDeuxième étape après la présentation de quelques croquis l’été dernier, 27 prototypes ont été soumis à l’aval de quelques privilégiés. Ils seront dévoilés publiquement une fois tous les détails arrêtés.

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L’intensité d’un instant fondateur, presque volé au processus créatif, la conscience d’être à une étape clé accélérant le rythme de préparation de la Fête, elles étaient là. Absolues! Laissant seul le silence poser la solennité du moment: les 27 premiers costumes 2019 se sont émancipés de la feuille de croquis, ils habillent vignerons, dignitaires, bannerets, Cent-Suisses et Suissesses, enfants ou encore chanteurs pour un défilé ultraconfidentiel, un soir de novembre à Vevey. L’assistance en oublie jusqu’aux apartés, le souffle suspendu.

«Il y avait ce quelque chose de spécialement émouvant dans l’atmosphère, je confirme, raconte Sabine Carruzzo, secrétaire générale de la Confrérie. Peut-être ne le sait-on pas mais, pour certains, l’élaboration de la prochaine édition est en cours depuis six ans déjà! Alors, après la présentation des arènes, celle du projet de synopsis, avec ces costumes on touche à quelque chose de très concret. J’ai adoré le brin d’humour pour les armaillis, apprécié l’élégance des Cent-Suissesses, ri avec les fourmis chanteuses et leur immense abdomen et me réjouis de voir voler les sansonnets. C’est bourré de petites astuces comme leurs ailes dissimulées dans un sac à dos. On a hâte de voir la suite et, en même temps, on y était déjà un petit peu.» Présidente de la commission des costumes, Monique Pugin abonde: «Les auteurs étaient là, c’était intense, on a pu voir qu’eux-mêmes y croyaient encore davantage.» Tous ont vécu la magie de ce basculement, l’envie de la fixer pour la retenir. Daniele Finzi Pasca, créateur et metteur en scène de la Fête, et Giovanna Buzzi foncent les premiers – téléphone en mode photo – se mêler au final improvisé du défilé célébrant, en fait, un début.

Humour et poésie
«L’abbé-président avait dit: pas de photos. Mais c’était impossible», confie la costumière. Pendant une petite trentaine de minutes accrochées à l’éternité, la Romaine – Oscar de la mode 2017 et doigt d’or des spectacles du Tessinois depuis 2006, JO de Turin et Sotchi compris – avait couvé ses créations partant à la conquête des premiers regards. L’ensemble des auteurs, la direction administrative, nombre de membres du Conseil de la Confrérie dont Jean-Marc Narbel. «Je n’ai fait qu’une remarque à l’observation des semelles des chaussures quant à leur confort dans la durée, l’abbé-président m’a répondu qu’il allait faire le test. Sinon, c’était un moment privilégié, ces costumes sont magnifiques, colorés, vivants, on sent une certaine influence de la commedia dell’arte.»

Énergique, communicative, l’humour pour langage, Giovanna Buzzi a incité les fourmis chanteuses à sortir leurs ailes, les chevaux à galoper, les gymnastes à faire des acrobaties et les enfants coccinelles à prendre leur envol. Même les effeuilleuses, dans le rôle pour l’occasion comme tous les autres modèles, n’ont pas hésité une seconde à montrer l’envers froufroutant de leur costume… de danseuses de cancan. Et s’il fallait une preuve de l’énergie galvanisante du moment, elle était là! Plus de gêne, que du bonheur.

«Une chose, c’est d’imaginer ces costumes, de les dessiner, une autre est de les voir s’animer et se mettre en mouvement»

«Une chose, c’est d’imaginer ces costumes, de les dessiner, une autre est de les voir s’animer et se mettre en mouvement. Avec l’équipe couture, nous avons travaillé durant un mois sans relâche pour voir ça. Sachant qu’on touche à une tradition que chacun ressent dans ses tripes. Ce n’est donc pas son poids mais plutôt cet amour fébrile qui m’a impressionnée.» Conservés dans les armoires familiales, les costumes en sont l’une des marques visibles, Giovanna Buzzi le sait, mais la créatrice, qui a déjà cousu sa fantaisie sur les plus belles pages lyriques de la Scala au Mariinsky de Saint-Pétersbourg, n’a pas cillé. La preuve, ses premiers traits de crayon ont été pour les icônes de la Fête. «Il faut autant d’éclat que de confort, ces costumes doivent accompagner le mouvement. L’envie était aussi de croiser tradition et vision poétique, elle s’incarne dans ces petites touches qui font la différence. Avec, par exemple pour les armaillis, une vache de couleur rouge qui n’est jamais la même d’un costume à l’autre ou alors la forme du chapeau qui change pour chaque conseiller de la Confrérie. C’est ça l’idée! On la retrouvera dans plusieurs groupes, il y aura des variations sur un même thème.»

Ce soir de novembre, l’approbation est venue d’un silence auréolé d’enthousiasme avant la libération collective d’une salve d’applaudissements. «J’ai aimé, tout simplement. Ces costumes sont extrêmement bien travaillés. Est-ce que je suis neutre? Je ne sais pas, confie Conrad Briguet, membre du Conseil. Mais une chose est sûre, on sent gentiment la Fête arriver.» (24 heures)

Créé: 19.01.2018, 16h36

Eclairage

«Ce n’est pas de la cachotterie»

La pression était forte, ils étaient nombreux à vouloir vivre le premier défilé des costumes. Mais François Margot, combattant les jugements hâtifs comme les méprises, s’est fait sa loi: l’abbé-président n’ouvrira le vestiaire qu’une fois l’ensemble des costumes déterminés jusque dans les détails les plus infimes. Une mesure, il l’affirme, qui n’a rien à voir avec la culture du secret. «Ce n’est pas de la cachotterie mais une vraie mesure de protection à l’égard des auteurs. Comme nous sommes encore dans un processus de création, de concertation, je m’interdis de montrer quelque chose d’aussi important qu’un costume qui participe à la teneur et couleurs d’une Fête alors qu’il est encore susceptible d’être modifié. Quand on sait l’attachement des acteurs à leur costume, c’est aussi une question de respect.» Mais, parole d’abbé, la délivrance est pour bientôt! «D’ici mars-avril, des choses seront fixées et pourront ensuite être dévoilées peu à peu. Aboutissement fort après avoir vu des croquis, le défilé de novembre a évidemment été créateur. Dans une vraie affirmation personnelle, Giovanna Buzzi n’a pas eu peur de s’attaquer à une symbolique ou une fibre historique, elle a étudié nombre de planches, de gravures, de dessins pour ensuite laisser parler son imagination dans une vraie volonté d’homogénéité. Mais, à l’écoute, elle sait aussi trouver le juste équilibre entre les besoins concrets et l’esthétique et c’est tout dire… À l’issue de la présentation, certains m’ont dit: «On a vu la Fête, on pourrait presque mourir demain.»

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