Gautier, Cooper ou Madame Dussane, tous s’extasient

HistoireDes plumes de renom venues d’ailleurs louent les exploits répétés des Veveysans dans l’accomplissement des Fêtes.

Le char de Bacchus dans les rues de Vevey en 1865, l’année où Théophile Gautier couvre la Fête.

Le char de Bacchus dans les rues de Vevey en 1865, l’année où Théophile Gautier couvre la Fête. Image: DR

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La plume la plus éminente est sans conteste celle de Théophile Gautier qui, en 1865, fait le journaliste à Vevey pour le «Moniteur universel» . «La grande bacchanale qui précède le défilé est un vrai chef-d’œuvre chorégraphique, écrit-il. Elle n’est composée que de faunes, de satyres et de bacchantes, vêtus de peaux de panthère, de pagnes, de feuillages et coiffés de pampre. Ils dansent et bondissent comme s’ils avaient sous les pieds la peau de bouc gonflée des anciennes fêtes de Bacchus.»


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La même année, l’écrivain genevois Vernes-Prescott, qui a vu les représentations de 1819, 1833, 1851 et 1865, nous dévoile le pourtour des estrades. «Voyons (…) ce que deviennent les trente mille spectateurs qui ont voulu jouir du spectacle et n’ont pu trouver place dans les arènes. (…) Sur le toit en terrasse d’une maison, il y a autant de spectateurs que l’on compte de tuiles sur le toit voisin. Celui de la maison Gétaz est occupé par une dame russe qui l’a payé 500 francs. À l’extrémité de la place, la jolie campanille de la Grenette est peuplée (sic) d’hommes et de femmes coiffés par les cloches. À droite, le toit du poids public est également surchargé de curieux, pendant qu’à gauche une estrade élevée par un vaste café semble plier sous le poids des habitués. Les escaliers, les colonnes de l’édifice ont littéralement disparu sous les vagues du peuple qui les submergent, et que peut seul contenir un triple cordon de carabiniers. À notre droite, les toits sont sillonnés de têtes qui prennent le frais entre les tuiles qu’on a soulevées.»

Et de préciser plus loin que cette deuxième représentation de 1865 fut suivie d’une troisième non prévue «où toutes les places seraient à 3 francs». L’échelle des prix des deux premières variait entre 1 et 40.

Dans le premier tiers du même siècle, soit en 1839 paraît «Le bourreau de Berne» ou «L’Abbaye des vignerons» de James Fenimore Cooper (1789-1851). Au treizième chapitre, l’Américain se glisse sur les bancs de l’estrade. « Les gradins commencèrent à se remplir des privilégiés, parmi lesquels beaucoup appartenaient à la haute aristocratie du canton; d’autres étaient des fonctionnaires trop élevés en dignité pour jouer d’autre rôle que celui de spectateurs complaisants. On y voyait des seigneurs de France et d’Italie, quelques voyageurs d’Angleterre (…), tous ceux des territoires voisins qui avaient du temps à perdre et de l’argent à dépenser, et qui par leur rang ou par leurs places avaient droit aux distinctions, ainsi que les femmes et les enfants des fonctionnaires de la ville qui étaient engagés comme acteurs dans la représentation.»

Ces étrangers s’extasient devant spectacle et cortèges. Ce qui est aussi le cas, en 1955, de Béatrix Dussane (1888-1969), grande dame de la Comédie-Française: «Nous avons vu un chef-d’œuvre scénique de notre temps fleurir en se nourrissant d’une sève peut-être millénaire, et une population assumer la charge et le soin de sa propre fête.» Elle ne rate pas un des moments les plus attendus. «On entend des voix «hucher» avec entrain… et voilà que débouchent, sur la même arène où Renault (Ndrl: Michel, danseur étoile de l’Opéra de Paris) dansait tout à l’heure, les herculéens armaillis de la Gruyère, conduisant leur cortège de trente bêtes laitières, triées parmi les plus belles, certaines portant au front leur personnel bouquet de victoire. Leurs cloches tintent à plein maintenant, couvrant presque la musique sur laquelle les couples continuent de danser, au centre de la piste. Enfin leurs bouviers leur font monter la rampe où ils les rangent côte à côte en une sorte de haie d’honneur. Au centre, le meilleur ténor des fêtes de Gruyère entonne à pleine voix le nostalgique Ranz des vaches.»

Créé: 06.04.2018, 13h54

Tiré de la «République illustrée» en 1889, en haut, le char de Bacchus et, en bas, la valse du Lauterbach. (Image: CONFRÉRIE DES VIGNERONS)

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