À 23 ans, elle incarne la mémoire de 2019

InterviewDes liens à Lavaux comme à Lugano, Estelle Bersier assure la continuité entre la Fête des Vignerons et Daniele Finzi Pasca en même temps qu’elle vit un rêve éveillé.

Estelle Bersier, assistante de Daniele Finzi Pasca pour la Fête des Vignerons est en contact permanent avec le créateur de l’événement pour être au plus près de ce qui se dit et se fait à Vevey.

Estelle Bersier, assistante de Daniele Finzi Pasca pour la Fête des Vignerons est en contact permanent avec le créateur de l’événement pour être au plus près de ce qui se dit et se fait à Vevey. Image: CHANTAL DERVEY

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«Daniele»… il y a la récurrence du prénom dans son discours, légitime pour une assistante. Mais il y a aussi la façon dont ces lettres se nouent dans sa bouche comme autant de notes fusionnelles. Admiratives. Les yeux, les oreilles mais aussi l’esprit de Daniele Finzi Pasca lorsque le créateur et metteur en scène de la Fête des Vignerons 2019 n’est pas à Vevey, c’est elle. Estelle Bersier, 23 ans.


Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons


Des racines familiales à Bourg-en-Lavaux, d’autres à Lugano, la magie de l’univers des créateurs tessinois dans ses souvenirs d’adolescente, celle de la Fête des Vignerons transmise par une grand-maman prête à vivre sa quatrième. Sans parler de la conscience de ne pas pouvoir «passer à côté» de ces deux temps forts de sa jeune existence, réunis en 2019.

– C’est donc là que tout a débuté, une surprise, en plus…
– Les choses se sont mises en place progressivement, mais comme je n’avais jamais perdu contact avec Daniele Finzi Pasca après avoir travaillé pour lui alors qu’il présentait «La Verità» à Lausanne (Ndrl: 2013) j’ai tenté ma chance comme «petite main». Sa réponse est venue avec la nécessité d’avoir un lien permanent entre la Direction artistique et la Fête des Vignerons: «Tu es bilingue, la Fête c’est ta région, tu me connais, on peut faire quelque chose.» Dans la foulée, il m’a demandé d’être présente le 1er décembre 2016 à Vevey, c’était sans discussion! Lui ne pouvait être là mais Maria Bonzanigo (la compositrice principale) était à mes côtés, refusant tous deux de m’en dire plus, retranchés derrière le sceau du secret.

– C’était le jour J, hautement symbolique?
– Oui, celui de l’inscription de la Fête des Vignerons sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Mais au milieu de cette excitation passionnée, j’en ai vraiment pris conscience avec les alertes de «24 heures» tombant sur mon téléphone portable. Daniele voulait que je vive cet événement en tant que jeune, pour pouvoir le transmettre plus tard, pour constituer cette mémoire vivante des Fêtes qui suivront, c’est essentiel pour lui. Il faut que j’apprenne de 2019, que j’engrange cette magie pour inciter les futures générations à la poursuivre.

– Une base de travail, des fondamentaux, mais quel est votre rôle?
– Au départ, Daniele m’a demandé de m’imprégner des gens, de leurs désirs, et de me faire accepter dans cet univers pour en comprendre l’essence. Lui a le sien, il faut qu’ils se fondent, pas qu’ils s’entrechoquent. Et moi, j’ai découvert cet amour de la terre réglé par le temps, cet extraordinaire échange de savoir-faire entre les vignerons. Un milieu vers lequel je ne serais peut-être pas allée spontanément et, pour les prochaines éditions, je pourrai peut-être en inciter d’autres à faire ce même chemin.

– Donc… une gentille espionne?
– Quand il est à Vevey, je suis son assistante, lorsqu’il n’y est pas, je fais le trait d’union entre les besoins de l’équipe exécutive et ceux de l’artistique, je suis ses yeux, ses oreilles et concrètement, on échange beaucoup. Il faut aussi que je puisse lui dire s’il y a des modifications à faire, si les gens de la région ne se reconnaissent pas dans une image ou une autre qu’il a créée. C’est très très important pour lui d’avoir ces infos. On peut imaginer qu’à un moment les chœurs sont habillés d’une certaine façon, que la cohérence y est avec un spectacle porté par la rêverie mais plus avec la réalité de la vigne et c’est alors qu’il faut agir. C’est là que Daniele a besoin que je puisse lui dire ces choses afin de respecter au mieux, la tradition, la Fête, les envies des uns et des autres.

– Une sacrée responsabilité?
– J’essaie de ne pas trop y penser! Et si je bénéficie d’un appui inconditionnel de Daniele et des auteurs, j’ai dû faire ma place à Vevey. Je ne dirai pas que c’était difficile, juste qu’il y a eu un petit temps d’adaptation, le fait d’être née peu avant la dernière Fête ne jouant pas en ma faveur. Mais une fois les bras ouverts, je ne me suis jamais sentie seule, on est une équipe.

– Sauf qu’en ce qui concerne Daniele Finzi Pasca et ses proches, c’est une équipe qui tourne aux quatre coins de la planète avec ses spectacles. Un stress supplémentaire lorsqu’il faut établir le contact?
– Ça m’arrive de prier très fort pour que Daniele me réponde lorsqu’une décision doit être prise à la minute. Comme j’aimerais avoir sa petite voix au téléphone qui me conforte dans ce que je pense être juste, mais je dois aussi me débrouiller sans. C’est un apprentissage comme celui de faire des erreurs! Je dois, aussi, apprendre à me faire confiance: Daniele, je le connais bien et on vit avec cette énergie démultipliée tout autour du monde, on fait avec, la distance n’est pas un problème. D’autant que, gérer, plusieurs projets à la fois, fait partie de la dynamique de création et du travail de la Compagnia Finzi Pasca. C’est peut-être davantage pour l’organisation de la Fête, que cette façon de fonctionner est nouvelle.

– L’administratif et l’artistique n’étant pas toujours faits pour s’entendre, comment concilier les intérêts divergents?
– Il est vrai que je suis souvent entre ces deux pôles, mon rôle est d’essayer de comprendre au mieux les besoins de chacun pour faciliter la prise de décision. Parfois, ça se complique, on a envie de faire plaisir à tout le monde, mais je défendrai toujours l’artistique, j’en fais partie, restant à ma place, c’est-à-dire que je n’ai jamais essayé de m’en mêler.

– À 23 ans, c’est un rêve éveillé que vous vivez…
– Complètement! Et dans le même temps, c’est fou d’être face à la réalité d’une échéance. La Fête, c’est 2019, donc demain. Après, c’est l’inconnu. Mais peu importe, l’énergie collective qu’elle génère dépasse tout, fondant un autre rêve: celui d’être de la suivante, pour l’activer, pour transmettre cette même énergie, pour l’insuffler. (24 heures)

Créé: 31.05.2018, 21h15

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