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Lucien Brunner, 104 ans et bientôt cinq Fêtes

Parmi les bergers de 1927, dans les chœurs de 1955, le Boéland se réjouit d’être dans le public en 2019.

Lucien Brunner: «La Fête était si marquante, c’est pour ça que je me souviens de tous les noms.»
Lucien Brunner: «La Fête était si marquante, c’est pour ça que je me souviens de tous les noms.»
FLORIAN CELLA

En 1977? Lucien Brunner n’était déjà plus des acteurs-figurants, l’âge était passé. Si, pour le Boéland, la réponse tient de l’évidence, face à lui, quelque peu déconcerté, on s’en remet à la calculette. À la quatrième Fête du XXe siècle, l’un des piliers de l’entreprise d’horticulture Brunner Frères avait déjà 62 ans, donc presque l’âge de la retraite. Qu’il précise tout de suite ne pas avoir prise dans les temps, ayant travaillé encore quinze ans après la date limite. «Bénévolement, mais c’était un peu normal dans une société familiale.» Les compteurs ainsi mis à l’heure, l’homme qui sort noms et prénoms de sa mémoire plus vite que son ombre, est dans sa 104e année. La nature et sa force avec lui, l’élégance pour le dire sans fanfaronner et l’humour, en fidèle compagnon de vie.

«J’ai été conçu avant la Première Guerre mondiale! Faites le calcul, je suis né le 9 janvier 1915, elle a été déclarée le 28 juillet 1914. Je ne suis donc pas tout nickel, il y a quelques dégâts.» Vérification faite sur la terrasse-belvédère sur le Léman de sa maison, le temps n’a laissé que très peu d’empreintes et surtout pas entamé le plaisir de l’échange. Si vif qu’il faut parfois oser interrompre ce flux de souvenirs pour aller chercher les détails.

Mais s’il est une Fête des Vignerons sur laquelle Lucien Brunner aime revenir, c’est celle de 1927. Sa première! Il avait 12 ans (à gauche sur la photo ci-dessus). Se faufilait dans les cachettes de la Salle del Castillo pour voir en répétition le chef Carlo Hemmerling «très jeune, si mince, presque adolescent».

On passera rapidement sur sa troupe – celle de Bergers «assez sages, on n’était pas des sauvages» – un peu plus longuement sur la mission confiée par ses parents. «Comme on intervenait très tôt dans le déroulé et même en allant manger et boire une limonade à la cantine, on avait encore du temps dans l’arène avant la fin du spectacle, ils m’avaient chargé d’aller faire signer la partition de Gustave Doret. Ça m’a bien pris deux ou trois jours pour obtenir tous les autographes. J’ai eu Bacchus, le soliste du «Ranz des vaches», le chevrier aussi.

Aujourd’hui, enchaîne-t-il, on cause beaucoup du «Lyoba», et du fait qu’ils seront plusieurs pour l’interpréter en 2019, mais à cette époque, la vraie émotion venait avec le «Petit chevrier», interprété par un vrai bouèbe de l’alpage.» (voir la vidéo ci-dessous entre 2:07 et 3:15)

L’émotion avant tout

À l’inverse de ces souvenirs d’une Fête «éblouissante, marquante», souvenirs à la fois si vibrants et si proches, s’y rendre en 1927 depuis le bourg voisin relevait presque… de l’aventure. «C’était loin, je ne connaissais d’ailleurs pas beaucoup de gens de Vevey et j’avais peu de camarades de classe qui l’ont faite. On s’y rendait à pied. À l’époque, seules trois voitures circulaient à La Tour-de-Peilz, ou peut-être, quatre. Celles des médecins et de deux entrepreneurs.»

Très sensible à la musique, on l’aura compris, Lucien Brunner franchit le pas en 1955 et intègre le grand chœur de la Fête avec son épouse alors que sa fille, dans la troupe des Arbres de mai, reprendra la tradition familiale de chasseur d’autographes. «C’était aussi une belle édition, flamboyante, magnifique, pleine de couleurs. Et la fin! Quel beau final avec cette farandole (ndlr: à écouter ci-dessous) emportant tout le monde. On aurait pu croire qu’à chaque fois ça allait être le désordre, mais non, c’était très bien organisé, jusqu’à la sortie sur les quais. Là où il nous arrivait de croiser des spectateurs, encore des larmes de bonheur dans les yeux.» Mais, sans avoir à le lui faire dire, Lucien Brunner ne démord pas, son verdict revient en boucle: «La plus belle reste celle de 1927.»

La modernité venue avec 1977 et 1999, «les machines, les hélicoptères, oui… pourquoi pas, avant c’étaient les bœufs et les chevaux qui tiraient les chars.» Le commentaire à peine fini, une légère moue suit. Assez parlante! «Ça ne me gêne pas qu’il y ait des choses nouvelles. D’une façon générale, ça m’intéresse même. Mais, réplique-t-il, j’aime bien que l’émotion prenne le dessus sur la mécanique et la technologie. Les jeunes générations ont peut-être un sentiment différent. Mais… à mon âge! D’ailleurs, la preuve, si je peux vous dire que l’ambiance en ville de Vevey était extraordinaire en 1999, j’ai de la peine à parler du spectacle, je ne m’en souviens pas. Je crois qu’il faut vraiment de l’émotion pour que cela accroche les gens.»

L’espoir de revivre une vraie émotion est donc tourné vers 2019. «Je vis au jour le jour, je ne fais plus de projet à long terme. Mais être dans les arènes l’année prochaine, c’est un projet, oui. Bon, ce n’est pas un très très long terme.» L’éclat de rire résonne. Lucien Brunner n’a pas oublié de découper la page du journal indiquant la marche à suivre pour réserver sa place…

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Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons

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