La vigne dans le sang et dans le texte

Fête des VigneronsEn même temps qu’il vit sa première Fête, Blaise Hofmann, l’un des auteurs du texte, fait aussi ses premières expériences de vigneron sur la parcelle familiale.

Enfant dans les caves familiales, c’est moi qui étais chargé de nettoyer l’intérieur des tonneaux.

Enfant dans les caves familiales, c’est moi qui étais chargé de nettoyer l’intérieur des tonneaux. Image: CHANTAL DERVEY

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Le 18 juillet 2019, jour de première, Blaise Hofmann n’y pense pas trop, la Fête lui ayant déjà offert plusieurs vertiges. Sa nomination. La maquette des arènes. La découverte des costumes. Les premières répétitions des chœurs. Et… avec la tendance à l’impatience que l’auteur avoue, il vaut mieux! «Le temps, lent, long, c’est aussi celui qui sublime les choses, non? Et je suis conscient que ça va passer vite, très vite, puis on se tournera vers autre chose.»

Des parades, en aventurier des routes de l’expérience et des terres lointaines avec une vision d’une planète devenue «toute petite», le quadragénaire en a d’autres. Par exemple, ce rire. Ardent. Le timbre hédoniste et à la fois défensif lorsqu’il prend le temps de la bonne réponse ou qu’il ne souhaite pas lever le voile sur ce qu’il juge trop intime. Et sans doute pour les mêmes raisons, il y a ces silences, aussi denses que son regard. Mais plus que tout, c’est ce goût du moment présent qui transparaît cumulé à une certaine hâte de vivre le suivant. L’auteur, le romancier – sa bibliographie compte déjà huit titres – est là, tout entier, à vibrer en évoquant la Fête des Vignerons, ce «rêve d’écrivain» qui se concrétise. «Mais attention, je n’ai rien fait pour, c’était un rêve très secret. Très cohérent aussi, l’événement réunissant plusieurs pans de ma personnalité, cet attachement viscéral aux racines, à la famille. Tout comme la passion pour un patrimoine naturel et artistique.»

«Depuis cette année, je reprends lentement le domaine de mon père, avec tout ce que cela dit de la confiance et de son impact sentimental. Nous allons mettre en bouteilles notre vin pour la première fois»

Le texte désormais rendu, résultat d’un travail d’enquête, la déclaration d’amour n’est plus virtuelle. «C’est ma méthode, en plus d’avoir dévoré toute la littérature autour de la vigne, de l’événement et de sa région, pas mal d’archives aussi, j’ai mené des entretiens avec des vignerons pour parler de la viticulture au XXIe siècle. On n’est pas dans un travail imaginatif mais de maturation, certains tableaux ont d’ailleurs pris deux ans pour mûrir. Et rien à voir avec une censure, je la craignais un peu c’est vrai, mais elle n’a pas eu lieu. Sans être dans le déni de tradition, on a mis certaines choses entre parenthèses, on en a ressuscité plein d’autres. Nous avons eu une sacrée liberté!»

Jusque dans la répartition de l’écriture des tableaux avec le second librettiste, Stéphane Blok. «On a cru qu’on allait se chamailler, même pas. On s’est aperçu après seulement que j’ai écrit presque tous ceux qui évoquent la vigne. D’ailleurs, quand la Confrérie m’a engagé, elle ne savait pas non plus que j’étais, aussi, fils de vigneron.» La préoccupation première de l’enfant de Villars-sous-Yens, dans ces derniers jours de septembre.

Elle couve 7000 m2 de ceps familiaux alternant gamay et chasselas, une joyeuse bande de petites mains – y compris des auteurs de la Fête, Stéphane Blok justement, les compositeurs Jérôme Berney et Valentin Villard – en plus d’une jolie ambition. «Depuis cette année, je reprends lentement le domaine de mon père, avec tout ce que cela dit de la confiance, de son impact sentimental. Et nous allons avoir notre bouteille, au lieu de joindre notre récolte à un groupement de vignerons, ce sera donc la première fois que mon père boira vraiment son vin.»

Avant, en janvier, il y a eu la taille, le temps de la véritable transmission. «C’était sa chasse gardée et là, il m’a emmené. Un moment très fort! Entremêlant à la fois cette projection intime dans l’avenir et mon histoire présente avec la Fête pour laquelle j’avais déjà écrit le tableau de la taille. Pour nous citadins – je le dis, j’ai vécu douze ans à Lausanne avant le retour en campagne à Reverolle – on en a que pour les vendanges, mais dans le calendrier de la vigne, ce travail-là importe beaucoup plus. C’est le moment où le vigneron prend le temps de rendre visite à chaque cep.»

D’étape en étape

Les sentiments passent, soutenus, à travers les mots, ils rendent presque la question superflue. Cette urgence de «foutre le camp»? Le vivre ailleurs. Avec pour adresse l’Algérie, la Russie, l’Égypte – ou en d’autres temps – l’Iran, la Syrie? Le bourlingueur qui se sent «bien partout», le chroniqueur, l’auteur de récits de voyages connaît la valeur des étapes qui additionnent plutôt que de diviser. «Cet été, on a monté avec cinq amis une buvette éphémère à Morges, La Coquette, un mélange de culture et de lien social. J’ai 40 ans cette année, j’aime cette région, je continuerai à voyager mais avec des racines. Le meilleur moyen de se dépayser, c’est de se repayser. De savoir où est sa terre, c’est aussi de ça que parle la Fête des Vignerons, d’un ancrage à la région tout en maintenant un lien fondamental avec le cosmos.» Blaise Hofmann est devenu papa.

Une autre étape. «C’était le bon moment, trop dispersé, je n’aurais pas pu l’être avant, j’aurais eu le sentiment de sacrifier quelque chose, là c’est aussi naturel que fort d’émotions. Le prochain voyage, ce sera avec Virginie, son amoureuse, Eve, 2 ans, et Alice, 1 an. Longtemps. Mais très vite après la Fête.


Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons

Créé: 12.10.2018, 16h11

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