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«Dresser une tente en ville? Combien de paperasserie…»

La surenchère administrative a eu raison du temps des bénévoles, la Confrérie des Vignerons doit s’appuyer sur une solide structure professionnelle.

Frédéric Hohl, directeur exécutif de la Fête des Vignerons
Frédéric Hohl, directeur exécutif de la Fête des Vignerons
PATRICK MARTIN

Un bureau d’un côté, un autre de l’autre, il y a une année encore, la pièce semblait trop grande! Luxueuse, on ne peut pas vraiment dire, le décorateur d’intérieur n’ayant pas passé par les locaux industriels désaffectés qui servent de place de travail aux têtes dirigeantes de la Fête des Vignerons. Aujourd’hui, les rangs se sont resserrés, les espaces aussi, et la «Guinguette» passe pour une véritable ruche du petit matin à fort tard le soir, les allées et venues filtrées par une sonnette pour qui veut accéder au saint des saints. C’est là que le corps professionnel de l’événement – une première dans son histoire – œuvre, aux côtés du directeur exécutif, Frédéric Hohl. Interview.

Des professionnels à tous ses étages, des chiffres à la communication, cette Fête aurait-elle vendu son âme?

Il est vrai que la structure 2019 pourrait paraître prétentieuse, sauf que, tous les jours, tout le temps, on se rappelle qu’il s’agit d’une fête et que sa réussite mérite ce savant mélange d’humilité et de sérieux, autant que le bon équilibre entre l’engagement que lui offrent ses bénévoles et l’expérience qu’apportent les professionnels. Voilà ce qui fait qu’elle ne perdra jamais son âme, parce qu’aucune volonté bénévole n’a été refusée, que les commissions font un travail incroyable et que nous veillons à n’apporter un soutien que là où il est nécessaire. D’ailleurs, on commence à voir que certains groupes sont déjà devenus leurs propres patrons, avec leur logo, leur casquette, c’est leur Fête.

Dans quels domaines votre équipe doit-elle alors faire la différence?

Déjà, il faut savoir qu’en 1999, un certain nombre de mandats avaient été attribués à l’extérieur. Aujourd’hui, avec l’intégration des salariés – pour un montant équivalent à 2,5% des 100 millions du budget – on est dans une autre logique, plus assumée, plus en phase avec la Fête. On travaille mais surtout on fait partie de cette famille qui, avec le poids et la complexification des exigences des procédures publiques, ne pourrait plus se reposer entièrement sur une économie bénévole. Vous voulez dresser une tente en ville? En 1977, le cas était réglé à la bonne franquette; vingt-deux ans plus tard, il fallait demander une autorisation; désormais, on est presque dans une logique de mise à l’enquête. Il faut des autorisations pour tout, des justifications pour tout, en temps et lieu. Ça n’a donc rien à voir avec la volonté de nos interlocuteurs, mais avec cette lourdeur administrative d’autant plus que l’événement a lieu en ville, dans une cité qui d’une édition à une autre se densifie. Un exemple? Les trois parcelles qui servaient à la logistique en 1999 sont aujourd’hui occupées par des immeubles. Pareil pour les toilettes, on veut bien en mettre le plus possible, mais où? Sans compter que pour chaque lot, il faut une demande, donc quelqu’un qui gère. C’est devenu très difficile! Ce n’est pas pour rien que nombre de jeunes organisations abdiquent.

Vous avez aussi dû mettre en place un secrétariat pour traiter des cas… plus privés!

Avant, disons en 1977 ou en 1999 encore, un acteur-figurant recevait une lettre lui confirmant son rôle et voilà, on en restait là. Aujourd’hui, le téléphone portable a changé beaucoup de nos habitudes et de nos comportements. Ce qui fait qu’à la moindre question, on s’en saisit, on envoie des mails. Que ce soit l’envie de changer de rôle pour être dans la même troupe qu’un proche, ou de dire son inquiétude par rapport aux jours de répétition parce qu’on a autre chose de planifié ou même de manifester une réserve sur la couleur des lacets de ses chaussures. Véridique! Alors quand on imagine la multiplication de ces remarques à l’aune des 5500 participants, on peut vite être sous l’eau.

Y a-t-il un juste ratio de la professionnalisation d’un événement comme la Fête?

Disons qu’il y a une règle quasi universelle pour que ça fonctionne et elle dit: 1 collaborateur par million inscrit au budget. On devrait donc être 100! Mais en raison de cette forte tradition, on aboutit à un autre calcul: nous sommes une trentaine, appuyés par plusieurs dizaines de miliciens. Avec, pour beaucoup, la crainte de mal faire; l’événement étant devenu tellement gigantesque, personne n’a envie de se tromper et de gâcher la Fête, c’est devenu parfois kafkaïen! Des petits soucis qui parfois font oublier que cette Fête, c’est avant tout quelque chose d’extraordinaire qui se prépare. Mais quand on arrive à s’échapper du bureau pour assister à une répétition, cette magie est là, elle nous le rappelle.

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Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons

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